Le ministre Blais prône un rapprochement entre l'école et les entreprises

«Il faut offrir au jeune la possibilité d'établir... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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«Il faut offrir au jeune la possibilité d'établir ce premier contact afin qu'il puisse se faire une première idée sur la nature du boulot qui pourrait éventuellement l'intéresser», estime le député de Charlesbourg et ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Jadis, le taux de chômage constituait l'un des principaux indicateurs de la performance économique d'une région, d'une province ou d'un pays. Cette époque est révolue, tranche le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais. «L'enjeu, maintenant, c'est de voir comment nous pourrons assurer l'adéquation entre la formation et l'emploi», explique-t-il en entrevue au Soleil.

D'un côté, il y a des chômeurs fraîchement sortis de l'école qui ne parviennent pas à se dénicher un gagne-pain. De l'autre, il y a des entreprises qui refusent des contrats, car elles n'ont pas la main-d'oeuvre nécessaire pour les réaliser.

Pour y arriver, le ministre veut prendre exemple sur l'Allemagne qui s'est dotée d'un système d'éducation dans lequel les jeunes font l'alternance entre la formation en milieu scolaire et les stages en entreprise. 

Il plaide également en faveur d'une participation accrue des entreprises à l'élaboration des programmes de formation. «Est-ce que l'on peut leur donner un peu plus de pouvoir? Elles peuvent apporter une influence positive.»

François Blais ne suggère pas une «réforme radicale» du système d'éducation. Il estime, par contre, que le Québec doit s'inspirer du système allemand où la formation professionnelle et technique se fait dans les entreprises. «Ça va requérir un changement de vision. Je travaille avec des collègues là-dessus. Le ministre de l'Éducation [Yves Bolduc] est très impliqué dans le dossier lui aussi.»

Stages en entreprise

Pour le député-ministre de Charlesbourg, les stages en entreprise devraient s'insérer assez tôt - «dès le secondaire» - dans le cheminement de l'élève pour lui permettre de voir ce qui se fait dans une usine, dans un hôpital ou dans une firme d'ingénierie.

«Il faut offrir au jeune la possibilité d'établir ce premier contact afin qu'il puisse se faire une première idée sur la nature du boulot qui pourrait éventuellement l'intéresser. Aime-t-il ça ou non?» explique François Blais qui, à l'époque où il était doyen de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval, a augmenté le nombre de stages offerts aux étudiants. «Des étudiants en sciences politiques sont allés vivre des expériences à l'Assemblée nationale ou dans la fonction publique. Pour plusieurs, l'exercice a été révélateur.»

Père de cinq enfants, il raconte que certains d'entre eux ont eu de la difficulté à trouver leur voie. «Quand je regarde, aujourd'hui, où ils sont rendus, je me dis que ça aurait pu être plus rapide s'ils avaient pu effectuer des stages chez des employeurs. Trop de jeunes ne sont pas suffisamment informés quand vient le temps de choisir leur programme de formation.»

Inciter les plus âgés à continuer à travailler

Au Québec, il y aura 1,3 million de postes à pourvoir d'ici 2022. Avec un taux de chômage qui devrait afficher 5,7 % à ce moment-là, selon les prévisions d'Emploi-Québec, le Québec aura besoin de tous ceux qui sont en mesure de travailler pour pourvoir tous ces postes.

«Le chômage ne sera pas un aussi grand problème que ça pouvait être le cas, il y a quelques années, alors qu'entre 12 ou 13 % de la population était à la recherche d'un emploi. Ça pourrait continuer d'être difficile pour certaines régions, comme la Gaspésie mais, encore là, il y aura des progrès», avance le ministre Blais en rappelant que les perspectives pour les jeunes seront «très intéressantes» en raison des départs à la retraite d'un grand nombre de travailleurs.

À ce sujet, il reconnaît qu'il faudra inciter les travailleurs expérimentés à demeurer un peu plus longtemps au boulot. «Nous, les Québécois, nous sommes portés à prendre notre retraite un peu plus tôt qu'ailleurs au pays.»

Évidemment, personne ne peut attacher un vétéran à son bureau.

«Ce que recherchent les travailleurs expérimentés, ce n'est pas de l'argent, mais du temps. Pour plusieurs, le travail à temps partiel est une option séduisante. Il faut que les employeurs acceptent cette réalité. Et les syndicats aussi, eux qui considèrent souvent le boulot à temps partiel comme une forme d'appauvrissement.»

Évidemment, l'État a le pouvoir de faire en sorte qu'un travailleur qui décide de lever les feutres un peu trop tôt soit un brin pénalisé et que celui qui repousse son départ voit sa rente bonifiée.

«C'est un levier que nous avons. Est-ce qu'on l'utilisera? Il n'y a pas d'intention nette de la part du gouvernement à ce sujet. Il faut être prudent.»

À ses premières armes en politique, François Blais est engagé, comme ses collègues ministres, dans une délicate opération de redressement des finances publiques.

«Je comprends que la situation n'est pas facile compte tenu des enjeux financiers auxquels nous sommes confrontés, mais j'aime bien le brassage d'idées qui est en cours.»

Cette situation, signale-t-il, les pays scandinaves sociodémocrates l'ont vécue au cours des années 90.

«Ils ont su faire preuve de responsabilité au plan budgétaire. Ils ont trouvé de nouvelles façons de financer les programmes sociaux. À nous d'être audacieux tout en protégeant les clientèles les plus vulnérables.»

Des options à promouvoir

Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, reconnaît que les métiers découlant des formations professionnelle et technique ne sont pas assez promus auprès des jeunes.

«Ce n'est pas suffisant, c'est clair. Il y a des emplois extraordinaires, bien payés, qui sont mal connus», mentionne le ministre Blais en entrevue au Soleil, soulignant qu'il s'agit là d'un véritable enjeu. «Dans la façon dont on voit l'éducation, ces emplois-là ont souvent été pensés pour des gens qui réussissaient moins bien. [...] Il faut bien sûr changer cette approche-là. Il y a des jeunes brillants, allumés, qui ont un intérêt davantage pour les choses plus concrètes, pratiques», et qui sont prêts à intégrer plus rapidement le marché du travail, indique le ministre de l'Emploi. Il y a donc un travail à faire pour «revaloriser ces métiers-là».

Et le rôle des parents dans le choix de carrière des jeunes? «C'est sûr que, socialement, on a peut-être un petit problème. On veut tous que nos enfants réussissent le mieux [possible] et on pense que la seule voie pour eux est celle des études prolongées, universitaires. On découvre aujourd'hui que ce n'est pas le cas», signale François Blais.

Les études démontrent que l'environnement immédiat des jeunes - dont font partie les parents - a un impact direct sur le choix de carrière des futurs travailleurs, ajoute le ministre. «Le travail [qu'on a à faire], c'est de rentrer dans leur environnement immédiat, que ces jeunes aient la chance de rencontrer des employeurs, des personnes qui vivent des expériences de travail.» Et cela, plus tôt que tard.

En permettant aux jeunes d'avoir un aperçu concret de différents métiers et professions, cela leur évitera probablement bien des questionnements et remises en question, croit le ministre.

Avec la collaboration spéciale de Raphaëlle Plante

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