Québec, le parent pauvre du capital de risque

Vue du port de Québec et du bassin... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Vue du port de Québec et du bassin Louise

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(Québec) Regardez bien le graphique circulaire illustrant la répartition par région des billets verts investis dans le marché québécois du capital de risque en 2013.

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Infographie Le Soleil

La part de la région de Québec dans les 588 millions $ dépliés l'an dernier par les fonds d'investissement québécois, canadien et étranger ne représente qu'un maigre 4 %. Une part de marché équivalente à celle de la région de Sherbrooke et à des années-lumière de celle de Montréal. En espèces sonnantes et trébuchantes, c'est un peu de 15 millions $ qui ont été investis en capital de risque dans des entreprises de la région de Québec l'an dernier.

«On doit se demander comment on peut en être rendu là dans une région, une ville qui vise depuis des années la diversification économique par l'innovation technologique, et où le nombre élevé de chercheurs et de centres de recherche per capita est quasi unique en Occident. [...] Gênant!»

Ce commentaire remonte à novembre 2006. Le pdg de la Fondation de l'entrepreneurship de l'époque avait pris la plume pour livrer ses états d'âme au Soleil. Son nom: Régis Labeaume.

«Quelqu'un doit prendre les devants et imposer l'organisation des actions en fonction d'un système régional d'innovation», recommandait l'actuel maire de la ville de Québec qui planche sur un projet de création d'un accélérateur d'entreprises technologiques dans Saint-Roch. En plus d'abriter les jeunes pousses technologiques dans un incubateur, le projet prévoit un accompagnement de haut niveau offert par des entrepreneurs chevronnés et un soutien financier adéquat. Le Mouvement Desjardins, par l'entremise du fonds Desjardins Innovatech, est l'un des partenaires du projet de la Ville de Québec avec Québec International.

Le marché du capital d'investissement à Québec a commencé à traîner la patte à partir du moment où la défunte Société Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches a cessé de faire du développement économique pour se concentrer sur la gestion du rendement de ses placements. Innovatech a fini par rendre les armes. En octobre 2012, à la suite d'une décision gouvernementale, ses actifs - évalués à plus de 20millions $ - étaient transférés dans une nouvelle société de capital mixte public-privé géré par Desjardins (lire l'autre texte).

Un autre levier financier important, le Centre québécois de valorisation des biotechnologies (CQVB), tombait au combat, le 31 juillet, après avoir encaissé une réduction de 74 % de la contribution financière du ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations à son financement au cours des deux dernières années.

En voie d'extinction

«Essentiel pour déterminer la validité et la viabilité commerciale d'une découverte, le capital de risque est disparu à Québec», tranche Jacques Desmeules, qui a été à la tête, notamment, d'Innovatech et du Groupe d'action pour l'avancement technologique et industriel de la région de Québec (GATIQ). «Actuellement, ce qu'une jeune entreprise peut trouver sur le marché, c'est un peu d'aide pour le soutien au démarrage. Pas plus.»

Le Dr Fernand Labrie, qui a été longtemps président du conseil d'administration d'Innovatech Québec, déplore que l'écosystème qui s'était développé à Québec dans le marché du capital d'investissement se soit écroulé.

«La façon de s'enrichir collectivement, c'est d'exporter nos découvertes. C'est d'aller chercher de l'argent à l'extérieur. Ce n'est pas en se passant de l'argent entre nous autres. Pour ce faire, il faut découvrir et commercialiser des produits que les gens à travers le monde vont acheter parce qu'ils n'en trouvent pas dans leur cour. Et c'est par la recherche que l'on fait ces découvertes», explique M. Labrie.

«Entre le moment de la découverte et celui de son application dans la vie de tous les jours, le chemin de la valorisation est long et il est difficile de trouver le financement, notamment pour la phase d'amorçage», ajoute Sophie D'Amours, vice-rectrice à la recherche et la création de l'Université Laval qui plaide en faveur de l'émergence d'un nouveau modèle de soutien à l'innovation.

Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches avait vu le jour en 1994 afin de soutenir les initiatives permettant d'accroître la capacité technologique dans la région. La société a injecté 182 millions $ dans plus de 150 entreprises. Près de 75% des investissements ont été réalisés lors des phases d'amorçage et de démarrage des compagnies naissantes. Innovatech a contribué à la création de 4000 emplois.

«Innovatech faisait du véritable capital de risque», rappelle Jacques Desmeules. «Nous investissions là où personne ne voulait le faire afin de susciter l'émergence de nouvelles entreprises à partir des travaux réalisés dans les centres de recherche et les universités, des investissements risqués et offrant peu de garanties. Quand Innovatech décidait d'y aller avec son capital patient, le privé suivait.»

Pour chaque dollar investi par Innovatech, les investisseurs privés mettaient 2,20 $ sur la table.

«Avant de penser attirer des fonds d'investissements américains, il faut démontrer que notre produit fonctionne, mentionne Fernand Labrie. D'où le nécessaire investissement au moment de la phase d'amorçable de l'entreprise. C'est ce que faisait le CQVB. C'est que fait, encore aujourd'hui, Anges Québec et Amorchem. À mon avis, c'est nettement insuffisant.»

Québec boudée?

Un constat que fait également le pdg du Réseau Capital, Jack Chadirdjian. «Nous le répétons sans cesse au gouvernement. Il manque des fonds pour aider les entrepreneurs qui ont trouvé une idée brillante et qui veulent la commercialiser.» Il se dit d'ailleurs préoccupé par le désengagement de l'État dans le capital de risque. «Il y a un danger. Le gouvernement a un rôle à jouer dans l'écosystème du capital d'investissement. Cet écosystème fonctionne bien en raison du partenariat entre le public et le privé. Si l'un des partenaires commence à retirer ses billes, l'écosystème s'en trouvera fragilisé.»

Par ailleurs, ce dernier ne croit pas que les fonds américains et étrangers boudent la région de Québec, et ce, même si peu d'entre eux y ont un pied-à-terre. «Ils gardent l'oeil sur la capitale à la recherche de la perle rare.»

Et voilà Desjardins Innovatech!

Avec une capitalisation de 110 millions $, Desjardins Innovatech est en quelque sorte l'héritier de la regrettée Société Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches.

Discret depuis le transfert, en 2012, des actifs d'Innovatech dans cette nouvelle société de capital de risque, Desjardins Innovatech vient de réaliser ses premiers investissements dans quelques entreprises de la région de Québec. Certaines en démarrage, comme Laserax et Gullivert Technologies. D'autres, plus matures, comme Hortau et Handyem. Des investissements totalisant près de 6 millions $.

«Ce que nous voulons, c'est de développer des entreprises innovantes qui vont durer au Québec et qui vont créer du développement économique et des emplois au Québec», informe Gérald St-Aubin, vice-président aux investissements stratégiques et aux relations avec les commanditaires chez Capital régional et coopératif Desjardins.

Desjardins Innovatech veut se démarquer de ce qui font déjà sur le terrain les CLD, le Fonds de solidarité FTQ, FondAction, Investissement Québec ou la Caisse et dépôt et placement du Québec.

«Nous ne nous concentrons pas seulement sur les entreprises du secteur des technologies de l'information, mais aux entreprises innovantes au sens large. Les entreprises manufacturières ne seront pas oubliées», explique M. St-Aubin.

«Nous allons aussi accompagner les entreprises dès le départ et, s'il le faut, jusqu'à ce qu'elles deviennent publiques. Pas question d'habiller la mariée pour qu'elle soit la plus séduisante possible pour ensuite la perdre aux mains d'un prétendant américain, asiatique ou européen!»

****

Les stades de développement d'une entreprise

>> L'amorçage ou le prédémarrage

Cette étape suit la validation du concept ou du dépôt d'un brevet.

>> Le financement est destiné à la recherche, à l'évaluation et au développement d'un concept initial.

>> Le démarrage

Pour les entreprises technologiques et scientifiques, le financement sert au développement du produit ou à la validation d'une technologie. Pour les entreprises plus traditionnelles, le financement est consacré au démarrage de l'activité commerciale ou industrielle.

>> Le postdémarrage

À cette étape, l'entreprise a déjà achevé le développement de son produit, mais elle ne génère pas encore de profits significatifs. Dans le cas d'une société biotechnologique, le financement est destiné à réaliser les études cliniques.

>> Le développement ou la croissance

L'entreprise a un produit viable, un marché développé et de bons clients. Elle enregistre une croissance soutenue de ses revenus et dégage non seulement des profits, mais également des flux de trésorerie positifs. Le financement sert alors à accroître la capacité de production et la force de vente, à concevoir de nouveaux produits ou encore à réaliser des acquisitions.

Source: Réseau Capital

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