Le CRIQ vient en aide aux producteurs de tequila au Mexique

Gerardo Buelna montrant un modèle réduit du système... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Gerardo Buelna montrant un modèle réduit du système de biofiltration que le CRIQ exportera au Mexique.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) À la fin de l'entrevue, Gerardo Buelna glisse à l'oreille du Soleil: «Vous voulez acheter de la vraie tequila mexicaine? Assurez-vous qu'il est inscrit 100 % agave - c'est le nom de la plante à partir de laquelle la boisson alcoolisée est produite - sur la bouteille et que le mot reposado apparaît sur l'étiquette. Reposado veut dire que le produit a vieilli pendant 5 ou 10 ans dans des barils de chêne. Méfiez-vous. Il y a beaucoup de tequila synthétique sur le marché.»

La tequila est produite à partir d'une plante... (Photo tirée d'une présentation du CRIQ) - image 1.0

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La tequila est produite à partir d'une plante - l'agave tequilina - qui ressemble à un cactus.

Photo tirée d'une présentation du CRIQ

Vous l'aurez deviné. Gerardo Buelna est d'origine mexicaine. L'eau-de-vie produite principalement dans l'État de Jalisco n'a pas de secret pour le scientifique du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ). Avec ses collaborateurs au Québec et à l'Institut mexicain des technologies de l'eau (IMTA), l'ingénieur chimiste spécialisé en biotechnologie environnementale met ses connaissances au service des producteurs de tequila pour qu'ils deviennent des entrepreneurs citoyens respectueux de la nature.

En effet, le CRIQ vient de signer une entente avec l'IMTA et le ministère de l'Innovation, de la Science et de la Technologie de l'État de Jalisco pour procéder à l'implantation d'une technologie québécoise de biofiltration efficace et peu coûteuse des rejets liquides et gazeux pour traiter les eaux usées d'un important fabricant de tequila ainsi que d'une mégaporcherie.

Du même coup, le CRIQ intensifie sa présence dans ce pays de 120 millions d'habitants.

Toujours en collaboration avec l'IMTA, le CRIQ a d'abord implanté, en 2007, une vitrine technologique pour démontrer le fonctionnement de son procédé de biofiltration des eaux d'origine domestique dans une école. «Les eaux usées sont recueillies dans une fosse septique. Elles sont ensuite pompées dans les biofiltres. Une fois les déchets éliminés, l'eau décontaminée est utilisée pour arroser les végétaux», explique Gerardo Buelna.

Vitrine de démonstration

La vitrine technologique de démonstration a attiré beaucoup de curieux. «Nous espérons que le gouvernement de l'État de Jalisco va décider, un jour, de doter toutes les écoles d'un système de traitement similaire», dit souhaiter M. Buelna, qui coordonne à la recherche du secteur de la valorisation des matières au CRIQ.

D'abord et avant tout un centre de recherche consacré à l'amélioration de la compétitivité des entreprises québécoises en leur offrant l'accès à des technologies de pointe, le CRIQ n'est pas un spécialiste de la commercialisation, explique Laurent Côté, vice-président à la recherche, à l'innovation et à la recherche. C'est pourquoi il a recours - au Québec et à l'étranger - à des commercialisateurs pour assurer la mise en marché de ses produits en retour du versement de redevances.

Le commercialisateur du système de biofiltration du CRIQ au Mexique a récemment déniché un premier client, soit un hôpital à Guanajuato. Ce premier système commercial est en opération depuis le mois de mai.

«Cinq autres projets potentiels ont été identifiés. C'est prometteur», affirme Gerardo Buelna. La technologie de biofiltration du CRIQ soulève notamment de l'intérêt en Chine, indique le pdg du CRIQ, Denis Hardy.

Le CRIQ n'oblige pas les entreprises et ses commercialisateurs à lui verser des redevances élevées. «Nous ne cherchons pas à les étouffer», précise Laurent Côté. «Ce que l'on vise, c'est que les entreprises québécoises puissent bénéficier rapidement des retombées de la recherche pratico-pratique que nous réalisons dans nos laboratoires», ajoute Denis Hardy.

La faute aux vinasses

La tequila est produite à partir d'une plante - l'agave tequilina - qui ressemble à un cactus. Une fois récolté, l'agave est dépouillé de ses feuilles. On n'en garde que le coeur qui sera cuit. Son jus sera distillé.

Au terme de l'opération, les producteurs se retrouvent avec un sérieux problème environnemental sur les bras.

Les rejets, aussi appelés les vinasses, sont très acides et renferment des concentrations élevées de soufre et de phosphore. Les technologies de décontamination traditionnelles étant trop coûteuses et la réglementation peu contraignante, les producteurs, notamment les plus petits, choisissent alors de déverser leurs rejets directement dans les cours d'eau.

Pour mettre fin à cette pratique, le CRIQ a proposé aux autorités de l'État de Jalisco le recours à son procédé de biofiltration qui a été breveté en 1992 et qui a fait ses preuves pour le traitement des rejets liquides et gazeux. De passage au Québec, au printemps dernier, le ministre de l'Innovation, de la Science et de la Technologie de l'État de Jalisco a été conquis par la technologie du CRIQ. Elle répondait à la priorité de son gouvernement d'aider les entreprises du secteur agroalimentaire à poursuivre leur croissance tout en améliorant leur performance environnementale.

Aucun produit chimique

Au Québec, ce procédé n'utilisant aucun produit chimique - seulement des éléments organiques comme la tourbe, l'écorce et les copeaux de bois - a déjà été implanté auprès de 25 clients municipaux et industriels, dont l'usine d'équarrissage Sanimax à Lévis. Durant l'été, sept biofiltres traitent pas moins d'un demi-million de mètres cubes d'air chaque heure. «Nous avons réussi à déloger une technologie allemande», mentionne Laurent Côté en signalant que les problèmes d'odeurs nauséabondes de Sanimax sont maintenant de l'histoire ancienne.

Gerardo Buelna explique que les vinasses seront d'abord dirigées vers un digesteur anaérobie. Il s'opérera alors un processus de décomposition biologique contrôlé qui se fera sans présence d'oxygène et qui générera à la fois du biogaz convertible en énergie pour alimenter l'usine en électricité et du digestat, une boue pouvant être utilisée pour le compostage.

Du digesteur anaérobie sortira, également, un liquide fortement contaminé. C'est à cette étape que la technologie du CRIQ entrera en scène. Agissant comme une éponge, le support organique composé de végétaux indigènes reteindra les contaminants qui seront ensuite dévorés par les bio-organismes se trouvant dans le milieu filtrant. L'effluent traité pourra ensuite être utilisé pour l'irrigation des champs des producteurs.

C'est à compter de l'été prochain que la technologie de biofiltration du CRIQ fera son entrée chez les producteurs de tequila et dans les porcheries de l'État de Jalisco.

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