Menace de fermeture des alumineries: «Ce n'est pas du bluff», dit un expert

Alcoa a indiqué vouloir fermer ses trois usines... (Photo fournie par Alcoa)

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Alcoa a indiqué vouloir fermer ses trois usines au Québec et licencier ses 3300 employés. Ci-dessus: l'aluminerie de Deschambault.

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Pierre Couture
Le Soleil

(Québec) Les tarifs d'Hydro-Québec offerts aux grandes alumineries ne sont plus concurrentiels à l'échelle planétaire. Ce qui pourrait accélérer le nombre de menaces de fermetures au cours des prochaines années.

«Le Québec pourrait réellement voir des alumineries quitter. Ce n'est pas du bluff», croit le professeur spécialiste des questions énergétiques aux Hautes Études commerciales (HEC) Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

Mardi, la multinationale américaine Alcoa a indiqué vouloir fermer ses trois usines au Québec et licencier ses 3300 employés si le gouvernement Marois continuait de faire la sourde oreille à sa demande de réduction de tarif d'électricité.

Alcoa, qui paie en ce moment un peu moins de 3 ¢ pour chaque kilowattheure consommé dans ses alumineries au Québec, verra son tarif passé le 1er janvier 2015 à 4,4 ¢ le kilowattheure. Alcoa soutient que cette hausse résultera d'une facture supplémentaire annuelle de 220 millions $.

Selon le professeur Pineault, les nouvelles ententes signées récemment par Hydro-Québec avec les grandes alumineries ne sont plus avantageuses pour ces dernières, en raison de la baisse du prix de l'aluminium sur les marchés mondiaux.

Dans le cas d'Alcoa, l'entente en vigueur en 2015 avait pourtant été négociée de bonne foi avec l'ancien gouvernement libéral en 2008 lors de conditions favorables du marché de l'aluminium.

Depuis, tout a changé. Le prix de la tonne d'aluminium s'est notamment effondré, passant de 2750 $US en 2011 à 1850 $US. Le dollar canadien a aussi pris de l'altitude, passant de 94 ¢ en 2008 à près de 96 ¢.

Selon une analyse de l'agence Bloomberg, 25 % de la production mondiale est déficitaire lorsque le prix de l'aluminium baisse sous la barre des 2350 $US la tonne. Cette proportion grimpe à 50 % lorsque le prix est inférieur à 2000 $US la tonne.

Prix de l'électricité en baisse

La baisse des prix de l'électricité dans certains pays joue aussi dans l'équation. Aux États-Unis, par exemple, en raison de l'abondance du gaz naturel issu des schistes, certains producteurs d'électricité offrent en ce moment des tarifs sous la barre des 3 ¢ le kilowattheure aux alumineries.

«En Arabie Saoudite, Alcoa a obtenu des contrats d'approvisionnement en électricité lui permettant de produire des lingots d'aluminium pour aussi peu que 2 ¢ le kilowattheure», fait valoir M. Pineau.

Le professeur Pineau croit que le gouvernement Marois devra signer de nouvelles ententes avec les grandes alumineries pour les inclure dans sa nouvelle politique industrielle.

«Le gouvernement du Québec envoie en ce moment des signaux contradictoires aux industriels. Si on veut faire des rabais, on doit les offrir à tout le monde sans exclure une industrie au détriment d'une autre», a souligné le professeur estimant que les critiques des grands consommateurs d'électricité étaient légitimes.

À la croisée des chemins

Peu surpris par la réaction d'Alcoa qui menace de plier bagage du Québec si elle n'obtient pas de meilleurs tarifs d'électricité, l'analyste en énergie Jean-François Blain soutient de son côté que le Québec est maintenant à la croisée des chemins avec l'industrie de l'aluminium.

«Ce qui est au coeur de cet enjeu, c'est de savoir si le Québec accepte de nouveau ce type de chantage perpétuel de la part des alumineries. Est-ce que l'on veut se sortir de cette dynamique d'investissement mono-industriel dans les régions du Québec?» se demande-t-il.

D'après les calculs de M. Blain, la signature d'une nouvelle entente avec Alcoa (reconduction du tarif à 3 ¢ plutôt qu'à 4,4 ¢) pourrait se traduire par une nouvelle subvention directe annuelle de 53 000 $ par emploi à la multinationale. «La valeur des privilèges accordés à l'industrie de l'aluminium est incroyable. Cela dépasse l'entendement», a-t-il noté.

Il faut dire que les ententes dites «à partage de risques» (contrats secrets) signées entre Hydro-Québec et les grandes alumineries dans les années 80 n'ont jamais été à l'avantage de la société d'État.

À l'origine de ces ententes libellées en dollars américains et signées en 1987, Hydro-Québec offrait des tarifs très bas aux alumineries. Avec le temps, les prix devaient toutefois rejoindre le tarif industriel régulier d'Hydro-Québec, le tarif L. Ce qui n'a pas été le cas.

Ainsi, après 24 ans d'existence, ces contrats n'ont jamais été rentables pour Hydro-Québec. Depuis 1987, la société d'État a déclaré des manques à gagner cumulés de plus de 3 milliards $.

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