Pétrole à Anticosti: pas rentable, selon un expert

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Selon un expert, seulement de 1 à2 % des quelque 46 milliards de barils présents dans l'île sont récupérables.

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(Montréal) Non seulement n'a-t-on jamais extrait la moindre goutte de pétrole dans l'île d'Anticosti, mais même si on y trouvait des hydrocarbures récupérables, il y a fort à parier qu'il ne serait pas du tout rentable de les exploiter, selon l'ingénieur-géologue Marc Durand.

Dans un mémoire présenté mercredi à la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, qui siège à Montréal cette semaine, M. Durand a souligné que seulement de 1 à 2 % des quelque 46 milliards de barils présents dans l'île sont récupérables.

À 100 $ le baril, cela fait quand même, théoriquement, un pactole d'environ 50 milliards $, «mais cela ne compte pas les dépenses, rappelleM. Durand, et il faudra forer [et fracturer hydrauliquement] environ 12 000 puits pour extraire tout ce pétrole-là. Sur le continent, chaque puits coûte entre 5 et 8 millions $, mais à Anticosti, avec l'éloignement, on peut présumer d'un coût d'à peu près 10 millions $.» Si bien, calcule M. Durand, qu'il faudrait investir 120 milliards $ (soit 12 000 puits à 10 millions $ pièce) pour extraire une marchandise ne valant que50 milliards $. «Même en rognant sur les coûts de puits et sur leur nombre, il est difficile de voir [comment cette exploitation peut générer de la richesse]», a écrit M. Durand dans son mémoire.

Il y a en outre de fortes chances que l'éventuel pétrole d'Anticosti s'accompagne de fortes quantités de gaz naturel, mais «personne ne sera intéressé à l'exploiter, dit-il, parce qu'il faudrait construire un long gazoduc ou installer un port méthanier à Anticosti. Et ensuite, il faudrait aller essayer de vendre ce gaz-là à des endroits qui sont déjà bien branchés sur les réseaux de distribution [et où le gaz naturel anticostien ne serait peut-être pas compétitif].»

Comme un million de voitures

Selon toute vraisemblance, d'éventuels exploitants pétroliers dans l'île choisiraient de brûler ce gaz naturel, comme le font les compagnies qui extraient le pétrole du schiste de Bakken, au Dakota du Nord. Or le petit peu que l'on sait sur la géologie d'Anticosti suggère qu'il y ait beaucoup plus de gaz là-bas qu'au Dakota, si bien que les quantités qu'il faudrait brûler pour pomper tout le pétrole de l'île émettraient chaque année autant de gaz à effet de serre que 1 à 1,5 million de voitures.

L'ingénieur-géologue à la retraite, qui a fait carrière en recherche à l'UQAM, s'est par ailleurs dit très étonné de voir que le gouvernement du Québec s'apprête, dans un projet de règlement, à permettre de faire de la fracturation hydraulique à400 mètres de profondeur sous la nappe phréatique. D'après une étude américaine que M. Durand a citée mercredi, fondée sur l'observation de plusieurs milliers de puits de gaz de schiste, les fissures que l'industrie ouvre dans le roc en y injectant des millions de litres d'eau pressurisée peuvent s'étendre sur 550 mètres - bien qu'elles parcourent généralement moins de 200 à 300 mètres. Selon lui, il faudrait compter au moins 1000 mètres de séparation.

Cependant, dit-il, la formation géologique visée par l'industrie à Anticosti n'est pas très profonde, si bien qu'une norme de 1000 mètres interdirait toute fracturation sur environ 80 % de l'île...

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Réduire les gaz à effet de serre... avec le gaz naturel?

Ce n'est pas demain la veille que des «dix-roues tout électriques» parcourront nos routes, ce qui pose un gros problème pour la réduction des gaz à effet de serre (GES), car les camions lourds représentent le tiers des émissions du secteur des transports au Québec. Mais le gaz naturel pourrait aider, a plaidé mercredi la présidente de Gaz Métro, Sophie Brochu, car il émet 25 % moins de GES que le diesel. Juste en convertissant 10 % du parc québécois de camions lourds, on retrancherait 160 000 tonnes de GES, calcule-t-elle.

Plusieurs entreprises ont commencé la conversion, mais elles auront peut-être besoin d'un coup de pouce de l'État, car ces moteurs coûtent plus cher à l'achat que les autres, dit Mme Brochu.

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