Les jeunes ont accès trop facilement au crédit

Le constat : les jeunes ne comprennent pas...

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Le constat : les jeunes ne comprennent pas les conséquences bien tangibles des taches quasi indélébiles qui s'accumulent sur leur dossier de crédit.

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(Québec) Des jeunes se lancent dans la vie adulte sur un faux départ. Une agence de recouvrement aux trousses, ils ne peuvent louer d'appartement et se font refuser leur première demande de prêt à la caisse pop pour cause de mauvaise cote de crédit.

«Les jeunes baignent dans les offres de la société de consommation», lance Francine Hamel, consultante budgétaire à l'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) de Québec. «L'accès au crédit, c'est la plaie. Dès que les jeunes utilisent le crédit, ils sont déjà dans le trouble, ils dépensent déjà plus qu'ils gagnent.»

Le manque de connaissances en matière de finances personnelles, elle le constate. «On a vu dans les dernières années que, effectivement, c'est un manque dans la population en général et chez les jeunes en particulier.» Elle se rend périodiquement dans les classes pour pallier les défunts cours obligatoires d'économie disparus en 2009. Le constat : les jeunes ne comprennent pas les conséquences bien tangibles des taches quasi indélébiles qui s'accumulent sur leur dossier de crédit. Les factures impayées du cellulaire peuvent faire mal. De plus en plus de proprios demandent une preuve que le jeune a une bonne cote de crédit avant de signer un bail, dit-elle. Tout comme les institutions bancaires avant d'avancer des fonds pour un achat important telle une voiture ou une première maison.

«Les gens ne font pas, pour la plupart, de budget. Ça s'est perdu parce qu'on travaille avec de l'argent virtuel», observe Francine Hamel. Compte bancaire sur le Web, cartes de débit, crédit à profusion, les Québécois délaissent de plus en plus l'argent comptant... et perdent leur capacité à soupeser la valeur de leurs avoirs.

«Les jeunes consomment rapidement sans avoir de revenus avant», acquiesce Simon Gagné, responsable du volet éducation financière auprès de la clientèle jeunesse de Desjardins dans la grande région de Québec. Son équipe compte six employés des caisses qui fréquentent les établissements scolaires pour enseigner les rudiments budgétaires.

Pas un prétexte

Il certifie que ces visites ne sont pas un prétexte à la vente de produits Desjardins. En fait, ils n'auraient pas le droit de faire de la publicité aux jeunes. Pourquoi investir dans ce projet alors? Pour inculquer les «bonnes pratiques», leur apprendre qu'ils ont un dossier de crédit... «[Sinon], on reçoit les membres dans nos bureaux et on doit faire cette éducation des fois quand il est déjà trop tard.» Mieux vaut que la clientèle se présente avec des finances saines.

«Il y a vraiment un besoin d'éducation financière», constate également Marie-Andrée Villeneuve, correspondante jeunesse à la caisse populaire de Charlesbourg. Au cours d'un récent passage du jeune député péquiste Léo Bureau-Blouin dans la région, elle l'a d'ailleurs interpellé dans l'espoir que son gouvernement réintroduise des cours d'économie familiale obligatoires au secondaire.

Les jeunes doivent apprendre à soigner leur «réputation financière», prône-t-elle. La réputation se perd vite et il faut attendre longtemps avant de la rebâtir.

Yanik Delaney est bien d'accord. Voilà pourquoi il n'a pas attendu que le ministère de l'Éducation se secoue les puces. Professeur d'histoire au LaSalle Community Comprehensive High School de Montréal, il a trouvé un programme d'enseignement en finances personnelles gratuit. Au Québec, l'Autorité des marchés financiers offre des ressources. Mais c'est à Ottawa qu'il a déniché le produit qui lui convenait, à l'Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC), un bras de l'État peu connu.

«Je voyais que les jeunes manquaient de notions au niveau de l'économie», explique-t-il. Plusieurs ne savent même pas quoi faire avec une paie. «On doit les exposer à ça.»

Le sujet serait tabou dans les familles. L'école doit donc prendre le dossier en main, selon lui. «Comme "éducateur", ça fait partie de notre mission.» Pour l'heure, faute de cours dans le cursus régulier des écoles québécoises, les institutions financières occupent le terrain, note-t-il. «C'est bien, mais ça peut être un peu biaisé.»

Malgré toute sa bonne volonté, Yanik Delaney, ne peut toutefois présenter l'entièreté du programme La Zone de l'ACFC à ses élèves. Il doit faire des pirouettes pour l'intégrer à ses cours. «Malheureusement, on ne peut pas entrer beaucoup dans le vif du sujet.» Pourtant, les jeunes seraient intéressés : «Ils sont curieux par rapport à ça. Ça ne passe pas dans le beurre.»

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