CO2 Solutions: de l'air frais pour les sables bitumineux

Des membres de l'équipe de direction de CO2... (Photo Le Soleil, Steve Deschênes)

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Des membres de l'équipe de direction de CO2 Solutions. De gauche à droite, Louis Fradette, vice-président principal, Ingénierie des procédés et chef des technologies, Sylvie Fradette, vice-présidente Recherche et développement, et Glenn Kelly, président et chef de la direction.

Photo Le Soleil, Steve Deschênes

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(Québec) CO2 Solutions a trouvé sa planche de salut du côté des sables bitumineux de l'Alberta. À constater l'intérêt des pétrolières - BP, Chevron, Eni, Petrobas, Shell, Suncor et Statoil pour ne pas les nommer - pour la technologie enzymatique mise au point par l'entreprise de Québec pour la capture et la réutilisation du dioxyde de carbone (CO2), il y a tout lieu de se demander si CO2 Solutions n'est pas le sauveur qui permettra d'enlever une épine au pied d'une industrie souvent clouée au pilori pour ses pratiques peu respectueuses de la protection de l'environnement.

L'industrie pétrolière et gazière n'est pas la plus grande émettrice de CO2 sur la planète. À ce palmarès, les secteurs de la production d'énergie - notamment les centrales thermiques au charbon - et des cimenteries lui dament le pion.

Des 14 milliards de tonnes de CO2 produites par les sources industrielles, les centrales thermiques, les cimenteries, les alumineries ainsi que les opérations de production de pétrole et de gaz génèrent à elles seules la moitié de toutes les émissions mondiales. Dans le cas de l'industrie pétrolière et gazière, les 768 sites répertoriés produisent 873 millions de tonnes de CO2.

Les experts s'entendent pour affirmer que la production non conventionnelle d'hydrocarbures provenant des sables bitumineux laissait une «empreinte carbonique» plus élevée par rapport à la production traditionnelle de pétrole.

Pour recueillir le bitume qui enveloppe les grains de sable, la technique d'exploitation la mieux connue est celle de l'extraction minière à l'aide de gros camions de 365 tonnes et de grues gigantesques. L'extirpation du bitume se fait à partir d'un procédé à l'eau chaude.

Pour les dépôts enfouis plus profondément dans le sol, l'extraction in situ est utilisée. Deux puits sont forés. À partir d'une technique de drainage par gravité, de la vapeur est injectée dans le puits du dessus pour faire s'écouler le bitume qui sera ensuite récupéré dans le puits du dessous. Et comme l'explique Glenn Kelly, président et chef de la direction de CO2 Solutions, cette technique requiert la combustion de gaz naturel pour produire la vapeur.

«Les sables bitumineux représentent la source d'émission de CO2 ayant la plus forte croissance au Canada», affirme M. Kelly en ajoutant que le coût des technologies traditionnelles de capture et de stockage du CO2 était jugé prohibitif par les pétrolières. Une facture pouvant atteindre entre 100 à 175 $ la tonne. CO2 Solutions propose une solution qui permettrait de réduire de 30 % à 40 % le coût global du procédé de capture et de séquestration des émissions de carbone.

Pendant que les autres grands émetteurs de CO2 attendent que les gouvernements les obligent, par voie réglementaire, à réduire leurs rejets, l'industrie pétrolière albertaine sait qu'elle devra produire un pétrole «plus propre que propre» si elle veut vendre son or noir sur certains marchés qui ont adopté un système de plafonnement et échange. «Pour elle, ce n'est pas seulement une question de se conformer à une réglementation, mais une réelle préoccupation économique», avance Glenn Kelly qui a été président et chef des opérations de Rabaska de 2004 à 2008 avant de joindre les rangs de CO2 Solutions.

Changement de cap

Avec sa technologie mise au monde dans les laboratoires de l'Université Laval et basée sur l'utilisation d'une enzyme présente dans les organismes vivants - l'anhydride carbonique - pour la capture du dioxyde de carbone, CO2 Solutions a commencé à faire écarquiller les yeux des pétrolières il y a deux ou trois ans à peine.

À l'époque, l'entreprise qui compte aujourd'hui une vingtaine d'employés avait mis tous ses oeufs dans le même panier, celui des centrales électriques au charbon, les championnes toutes catégories des émissions de CO2. C'était à l'époque du Protocole de Kyoto.

Or, les bottines n'ont jamais suivi les babines. Si la réglementation pour limiter les rejets de CO2 dans l'atmosphère commence à peine à se montrer le bout du nez, notamment au Québec, en Californie et en Australie, c'est nettement insuffisant pour mettre au pas les grands pollueurs que sont les centrales électriques au charbon.

«Cette industrie ne bougera pas tant et aussi longtemps qu'elle ne sera pas soumise à une réglementation avec des dents», affirme Glenn Kelly en justifiant la raison pour laquelle la compagnie cotée à la Bourse de Toronto (TSX de croissance : CST, 0,08 $) avait mis en veilleuse ses projets avec les centrales thermiques pour exploiter le secteur du pétrole pour lequel les opportunités semblent plus intéressantes à court terme.

Projet pilote de 7,5 M$

Depuis l'automne dernier, CO2 Solutions reçoit des signes que l'application potentielle de sa technologie de capture du carbone pour la gestion environnementale des sables bitumineux suscite l'intérêt.

Il y a d'abord eu le Climate Change and Emissions Corporation de l'Alberta, un organisme indépendant ayant le mandat d'élargir les connaissances sur les changements climatiques et de développer de nouvelles technologies propres, qui lui a accordé une subvention d'un demi-million de dollars pour financer un projet qui testera sa technologie.

Puis ce fut au tour du gouvernement fédéral de lui annoncer un coup de pouce de 4,7 millions $. Et, pour couronner le tout, le CO2 Capture Project, un partenariat regroupant BP, Chevron, Eni, Petrobas, Shell et Suncor, signait une entente avec la compagnie de Québec pour avoir accès à toutes les donnés scientifiques de sa technologie en matière de capture et de séquestration du CO2 à l'échelle industrielle.

Mardi, c'était au tour de la pétrolière norvégienne Statoil - la première au monde à mettre en oeuvre la capture et la séquestration sur une base commerciale - d'annoncer qu'elle s'associait à CO2 Solutions.

Tout ça prendra la forme d'un projet pilote de 7,5 millions $ qui s'étirera sur une période de trois ans.

Cette année, un laboratoire sera construit aux Pays-Bas chez l'un des partenaires d'affaires de CO2 Solutions pour mettre à l'épreuve la technologie. Si tout va bien, il est prévu, en 2014, que l'une des pétrolières albertaines implantera la technologie de CO2 Solutions à l'une de ses installations pour en faire une validation techno-économique. Et encore là, si tout baigne dans l'huile, un essai à grande échelle et un déploiement commercial sont dans la mire pour 2015.

«En avant de notre temps»

«Nous avons toujours eu l'impression, chez CO2 Solutions, d'être en avant de notre temps», fait remarquer Glenn Kelly.

«Dès la fondation de l'entreprise en 1997, nous nous sommes acharnés à développer une technologie pour laquelle il n'y avait pas une très forte demande. Les temps ont changé. Jamais auparavant n'a-t-on autant entendu parler de la part d'un président américain de changements climatiques et de réduction de CO2 comme le fait Barack Obama depuis quelques semaines.»

C'est 30 millions $ que CO2 Solutions a investis pour mettre au point la technologie enzymatique qui a notamment été mise à l'essai à l'aluminerie Alcoa de Deschambault et à l'incinérateur de la ville de Québec.

Au fil des ans, l'entreprise s'est constitué un portefeuille enviable regroupant 32 brevets. Une cinquantaine d'autres sont en instance d'acceptation. «Ces brevets sont d'une importance capitale et nous permettent d'avoir une longueur d'avance sur tous nos compétiteurs. Ils représentent aussi notre plus belle carte de visite.»

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