Présence féminine chez Alcoa: un exemple à suivre

Dans l'ordre, l'ingénieure Patricia Gagnon, l'opératrice de four... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Dans l'ordre, l'ingénieure Patricia Gagnon, l'opératrice de four à cuve Sylvie Hamelin, l'ingénieure Marie-Hélène Martin et le président d'Alcoa Canada Martin Brière devant l'aluminerie de Deschambault.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Lorsqu'il se pointe au siège social de la maison-mère à New York en compagnie de ses homologues des régions de l'Asie, de l'Australie, de l'Amérique du Sud et de l'Europe, le président d'Alcoa Canada, Martin Brière, doit rendre compte au grand patron Klaus Kleinfeld des derniers résultats obtenus par les mesures prises pour accroître la présence des femmes dans les alumineries de Baie-Comeau, de Bécancour et de Deschambault ainsi qu'à l'usine de tiges de Bécancour.

«L'intégration des femmes au sein d'une compagnie évoluant dans une industrie dominée par les hommes comme la nôtre, notre président y tient. C'est une valeur d'entreprise. Des objectifs précis sont fixés à chacun d'entre nous», explique Martin Brière. L'évaluation et la rémunération des hauts dirigeants d'Alcoa sont d'ailleurs déterminées, en partie, par l'atteinte des résultats en matière de diversité qui est l'apanage, non seulement des professionnels des ressources humaines, mais aussi des grands patrons.

À l'échelle mondiale, le producteur d'aluminium - l'un des trois grands en compagnie de Russal et de Rio Tinto Alcan avec ses 61 000 employés répartis dans 31 pays - livre la marchandise. En effet, malgré une baisse de 30 % de ses effectifs entre 2008 et 2012, la représentation féminine au sein des postes exécutifs est passée de 15,8 % à 18,8 % et celle au sein des professionnels et des directeurs d'usine de 22,6 % à 25,1 %.

Jadis sous la barre des 10 %, la représentation des femmes parmi les équipes d'ingénieurs dans la famille des 3000 salariés d'Alcoa Canada atteignait 16 % à la fin de 2011. Pas moins de 27 % des ingénieurs âgés de 45 ans et moins étaient des femmes. Et la présence de ces dernières au sein des comités de direction était en progression. Elle avait franchi le seuil des 20 % l'an dernier. À l'aluminerie de Bécancour, c'est une femme, Nicole Coutu, qui occupe le siège de pdg.

Retraites et embauches

La performance d'Alcoa n'a pas échappé à l'oeil de Catalyst, un organisme voué au développement des opportunités de carrière pour les femmes dans le milieu des affaires. Il vient de lui décerner un prix pour récompenser ses efforts en matière de promotion du rôle des femmes. Coca Cola et Unilever ont aussi droit à cet honneur cette année.

«Le mérite d'Alcoa, c'est d'avoir abattu des barrières en mettant en place, notamment par l'entremise de mesures strictes de diversité, des opportunités de carrière pour les femmes au sein d'une société à forte dominance masculine, et ce, dans le contexte économique peu favorable à des embauches», commente la directrice générale de Catalyst Canada, Alex Johnston. Ce n'était pas la première fois qu'Alcoa se distinguait de la sorte. En décembre 2010, l'aluminerie de Deschambault recevait le Prix Hélène-Vandal attribué par le Comité sectoriel de main-d'oeuvre de la métallurgie du Québec à l'entreprise qui avait réussi à se montrer la plus attrayante auprès des femmes, notamment par l'adoption d'horaires flexibles et par la diversité des défis proposés. Dès son ouverture, en 1992, l'aluminerie portneuvoise pouvait compter sur 13 % de femmes aux opérations, comparativement à 3,7 %, à l'époque, pour l'industrie métallurgique québécoise.

Martin Brière signale qu'il cherche à accroître de 1 % à 2 % par année la présence des femmes dans son organisation.

À son avis, les prochaines années seront propices à l'embauche d'un plus grand contingent de femmes. «D'ici cinq ans, nous estimons qu'entre 30 % et 40 % de l'ensemble de nos employés partiront à la retraite. Il va donc y avoir une explosion du nombre d'embauches.»

Il faut des femmes!

Encore faut-il qu'il y ait des femmes qui veulent travailler dans le monde masculin de l'aluminium! Les candidates ne courent pas les rues.

Sur les campus, les futurs ingénieurs - hommes et femmes - font l'objet de convoitise de la part des employeurs. Les filles, en particulier, sont dans la mire d'Alcoa. En général, leur intérêt pour la métallurgie est plutôt mitigé. «Nous venons tout juste d'embaucher cinq ingénieurs fraîchement sortis de l'université, dont une fille, Particia Gagnon», affirme fièrement M. Brière.

Alcoa recrute également par le biais de la Chaire de recherche industrielle CRSNG/Alcoa sur la modélisation avancée des cuves d'électrolyse et l'efficacité énergétique de l'Université Laval.

C'est là qu'Alcoa a recruté Marie-Hélène Martin, une diplômée en génie chimique, qui après avoir travaillé au sein de trois entreprises, est retournée sur les bancs de l'université pour faire sa maîtrise. Elle est employée par Alcoa depuis 2011 et veut gravir les échelons. «Les ouvertures sont plus grandes aujourd'hui qu'auparavant», affirme celle qui trouve «inspirant» de voir une femme, Jacinthe Côté, à la tête d'une société de la trempe de Rio Tinto Alcan.

Des Patricia Gagnon et des Marie-Hélène Martin, Alcoa veut en cloner. Depuis quelques années, la compagnie cherche à faire ouvrir les yeux des jeunes filles sur les carrières dans le monde de l'aluminium.

Elle participe, entre autres, à l'événement provincial Les filles et les sciences et s'implique dans le programme Osez les femmes! qui encourage les étudiantes à choisir des métiers non traditionnels.

Avec des collègues, Sylvie Hamelin, une opératrice de four à cuve à Deschambault, se transforme, à l'occasion, en «cybermentor» sur le site Academos pour faire connaître son métier à des jeunes de 14 à 30 ans qui se cherchent une voie d'avenir.

*****

Un marathon qui s'éternise

L'accession des femmes à des postes de haute direction dans les grandes entreprises canadiennes prend davantage l'allure d'un marathon que d'un sprint.

Comme il le fait tous les deux ans, le groupe Catalyst a mesuré, en 2012, la présence des femmes dans les hautes sphères des compagnies canadiennes.

Selon les résultats dévoilés, il y a quelques semaines, 18,1 % des 2012 postes de cadres supérieurs répertoriés étaient occupés par des femmes. Ce pourcentage était de 17,7 % en 2010.

«Il n'y a eu que très peu de progrès», a constaté la directrice générale de Catalyst Canada, Alex Johnston, au cours d'une entrevue accordée au Soleil à quelques jours de la Journée internationale des femmes, le 8 mars.

C'est au sein des sociétés de la couronne ou d'État (27 %) que les femmes étaient les plus présentes dans les postes de cadres supérieurs. Leur taux de représentativité dans les entreprises privées et les sociétés cotées en bourse était respectivement de 20,6 % et de 15 %.

Et les femmes n'occupaient que 6,2 % des postes de cadres supérieurs les mieux rémunérés dans les entreprises inscrites à la bourse.

Tandis que près du tiers (31,5 %) des sociétés comptaient 25 % ou plus de cadres supérieures, il n'en reste pas moins, fait remarquer l'enquête Catalyst 2012, qu'un tiers (29,8 %) d'entre elles n'avaient aucune femme-cadre supérieure dans leur rang. Et dans le cas des sociétés cotées en bourse, c'est plus du tiers (35,9 %) d'entre elles qui ne misaient sur aucune femme-cadre supérieure au sein de leur organisation.

Parmi les grandes entreprises affichant un taux supérieur à 25 % de femmes parmi leur équipe de cadres supérieurs, mentionnons Indigo Books & Music (66,7 %), Reitmans (51,3 %), Transcontinental (43,8 %), La Capitale (40 %), la Société des alcools (36,4 %), Hydro-Québec (33,3 %), Loto-Québec (28,6 %), CGI (27,8 %) et Jean Coutu (25 %).

À l'autre bout du spectre, ces sociétés ne comptaient aucune femme, en 2012, au sein de leur équipe de cadres supérieurs selon Catalyst : Bombardier, Dollorama, Industrielle Alliance et le Fonds de solidarité FTQ.

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