Manque de personnel: les salons de coiffure et d'esthétique au désespoir

La directrice du Centre de formation professionnelle de... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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La directrice du Centre de formation professionnelle de Limoilou de la commission scolaire de la Capitale, Louise Vaillancourt, pose en compagnie des élèves Maude Cajolet, Rebecca Fortin et Brigitte Alain.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) La difficulté de pourvoir des postes dans un environnement économique frisant le plein emploi, comme c'est le cas à Québec, n'épargne personne. Le Soleil s'est intéressé aux difficultés éprouvées par les employeurs de deux domaines où le manque de relève se fait de plus en plus sentir : le travail de bureau d'un côté, la coiffure et l'esthétique de l'autre.

Propriétaire de l'Institut Geisha, dans le secteur Charny, à Lévis, Sylvie Lachance a dû mettre la clé sous la porte de son autre commerce à Québec, car elle n'arrivait pas à trouver le nombre suffisant d'esthéticiennes pour en rentabiliser les activités. «C'était pourtant un emplacement de choix, au coin de l'avenue Maguire et du chemin Saint-Louis, mais le manque de personnel me causait tellement de tracasseries que j'ai tout simplement décidé de fermer boutique.»

Au Carrefour Charlesbourg, le copropriétaire du Salon Darbourg, Richard Létourneau, se demande s'il ne devrait pas réduire la surface de son établissement tellement la difficulté de dénicher des coiffeuses est grande. Son commerce compte 25 chaises. «C'est tout un défi de trouver suffisamment de personnel pour être en mesure d'offrir des services aux clients sept jours par semaine. Il faut faire de miracles avec les horaires, car les filles, en général, ne veulent pas travailler plus de 32 heures par semaine.»

L'automne dernier, un salon de coiffure de Québec faisait appel à ses clients dans l'espoir de trouver une perle rare. Si la candidate proposée par un client était embauchée et demeurait au moins trois mois en poste, le salon s'engageait alors à remettre un chèque-cadeau de 500$ à l'entremetteur d'occasion.

Des témoignages comme ceux de Sylvie Lachance et de Richard Létourneau, Louise Vaillancourt en entend tous les jours.

«Il y a présentement un éclatement sans précédent des besoins en matière de main-d'oeuvre tant du côté de la coiffure que de l'esthétique», rend compte la directrice du Centre de formation professionnelle de Limoilou de la commission scolaire de la Capitale. Cet établissement est le plus important de centre de formation dans le secteur des soins esthétiques au Québec. Bon an, mal an, il montre les rudiments du métier à plus de 350 coiffeuses, esthéticiennes, cosméticiennes-conseils et autres spécialistes de l'épilation et des soins du corps. Le taux de placement des finissantes dépasse 95 %.

La plupart des filles se font offrir un emploi durant leur formation. «Certaines subissent des pressions des employeurs pour qu'elles abandonnent leur programme de formation et joignent le marché du travail le plus tôt possible. Les offres qu'elles reçoivent sont généralement très alléchantes. Nous, c'est clair, nous prônons la diplomation de nos élèves», insiste Louise Vaillancourt qui dit recevoir entre 40 et 60 offres d'emploi pour ses élèves toutes les deux semaines de différents employeurs.

«Croissance phénoménale» des besoins des employeurs

Selon elle, ce n'est pas autant le manque d'inscriptions dans les programmes de coiffure d'esthétique ou d'épilation à l'électricité - comme ça peut être le cas, par exemple, en soudure ou en techniques d'usinage - qui pose un problème que celui de la «croissance phénoménale» des besoins des employeurs.

«Vous n'avez qu'à constater le nombre de spas et de centres de soins qui ont poussé, ces dernières années, un peu partout dans la région pour comprendre le contexte actuel de rareté de personnel. De nos jours, les gens sont préoccupés par leur santé. Ils veulent rester jeunes. Ils veulent être bien dans leur peau. Ils aiment se faire dorloter. Et ça, l'industrie l'a compris. Et il y a tous ces nouveaux soins qui sont offerts et tous ces nouveaux appareils au laser, par exemple, qui font leur apparition sur le marché. Tout ça contribue à créer de nouveaux besoins en matière de main-d'oeuvre.»

Louise Vaillancourt signale que la coiffure et l'esthétique sont deux métiers pour lesquels le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport impose un contingentement.

«Il fut un temps où l'on formait plus de coiffeuses et d'esthéticiennes que le marché pouvait en prendre. Cette époque est révolue», affirme-t-elle en exprimant le voeu que le programme de formation en esthétique soit «rafraîchi» pour tenir compte des transformations qui ont marqué la pratique de cette discipline au cours de dernières années, notamment en raison de l'utilisation du laser.

Salaires et conciliation travail-famille

Confrontés à la dure réalité du recrutement et de la rétention des travailleurs, les employeurs ont changé d'attitude à l'égard de leurs employés, fait remarquer Louise Vaillancourt. «Ils sont plus à l'écoute de leurs besoins en matière de conciliation entre le travail et la vie familiale, notamment dans le cas des nouvelles mamans, et offrent aussi de meilleures conditions salariales afin de pouvoir être en mesure de garder leur personnel.»

Sylvie Lachance et Richard Létourneau confirment au Soleil que, dans la mesure du possible, ils tentent effectivement de traiter leur personnel aux petits oignons. «Par contre, nous devons tenir compte que nous avons un commerce à faire rouler et à rentabiliser et qu'en matière salariale, notamment, nous ne pouvons pas donner ce que nous n'avons pas!» rappelle le copropriétaire du Salon Darbourg du Carrefour Charlesbourg.

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