2013, année de la reprise économique?

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Julian Beltrame
La Presse Canadienne
Ottawa

Près de quatre ans après le début de la prétendue reprise économique, 2013 pourrait être l'année où le Canada laisse finalement derrière lui l'héritage de la Grande Récession.

Cela ne semble pourtant pas si évident, d'après les données économiques qui circulent.

À quelques exceptions près, la plupart des économistes s'attendent à ce que l'année qui s'en vient ne soit pas bien meilleure que 2012, qui a vu les piliers de l'expansion mondiale tomber comme des dominos.

«Il semble en fait que l'économie canadienne sera capable de garder la tête haute en faisant du surplace, en attendant que passent les vents contraires externes», estime Arlene Kish, de la firme IRS Global Insight.

De son côté, l'économiste en chef de la Banque CIBC, Avery Shenfeld, récemment récompensé pour avoir fait les prévisions économiques les plus précises des deux dernières années, croit que la période de calme plat pour l'économie canadienne prendra plutôt fin en 2014.

Les Canadiens peuvent espérer que M. Shenfeld ne remportera pas le prix de la précision l'an prochain, puisqu'il s'attend aujourd'hui à ce que le produit intérieur brut du pays ne progresse que de 1,7 pour cent l'an prochain, ce qui ferait de 2013 une troisième année consécutive de perte de vitesse économique pour le Canada.

Attention aux nids-de-poule

L'économie canadienne s'est hissée hors de la Grande Récession en 2010 avec un rebond de 3,2 pour cent. Depuis, les chiffres n'ont cessé de reculer - 2,6 pour cent en 2011, environ 2,0 pour cent en 2012 et maintenant, d'après les prévisions des analystes, environ 1,8 pour cent pour 2013.

Alors où se trouvent les bonnes nouvelles dans tout ça?

Eh bien, même les analystes les plus pessimistes du secteur privé affirment que l'économie canadienne commencera, dans la deuxième moitié de 2013, à ressembler à ce que tout le monde attend d'elle depuis plusieurs années.

Pour les plus optimistes, une solide croissance et une forte création d'emplois se présenteront encore plus tôt.

«Je crois que c'est certainement possible», observe Doug Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal, à condition que le Canada et le monde réussissent à éviter les nids-de-poule.

Plan budgétaire américain

Le premier trou se trouve juste au bout de la rue. Le Congrès américain et la Maison-Blanche doivent s'entendre sur un plan budgétaire qui leur permettra d'éviter un «précipice fiscal» qui pourrait saboter l'économie dès le début de la nouvelle année.

Puis vient l'Europe, qui restera un risque majeur pendant encore des années.

«Ultimement, pour vraiment mettre les choses en marche, nous aurons besoin d'une économie américaine en bien meilleure santé et je crois que les choses commencent à s'arranger aux États-Unis», poursuit M. Porter.

«Leur secteur immobilier passe le cap, les ventes d'automobiles sont presque revenues à la normale (...) et si tout cela se confirme, alors c'est un gros élément positif pour l'économie canadienne.»

Des optimistes

La Banque Royale, du côté de ceux qui voient le verre à moitié plein, s'attend à ce que les décideurs évitent les précipices - fiscaux et autres - et à ce que cela se traduise par une performance mondiale plus forte. Et selon elle, l'élan ainsi gagné pourrait porter ses fruits très rapidement.

Selon la Royale, l'économie canadienne prendra de la vitesse dans chacun des trois premiers trimestre de 2013, commençant par un gain de 2,4 pour cent au premier pour atteindre 3,4 pour cent au troisième, pendant les mois d'été. Dans l'ensemble, elle voit une croissance moyenne de 2,4 pour cent pour l'année, essentiellement à cause de la faiblesse à la fin du quatrième trimestre de 2012, et elle prédit que la croissance grimpera à 2,8 pour cent en 2014.

L'économiste en chef de la Royale, Craig Wright, ne considère pas qu'il s'agisse d'une croissance particulièrement forte, compte tenu que les reprises génèrent typiquement des progressions atteignant jusqu'à cinq ou six pour cent. Mais en comparaison avec les quelques dernières années, cela constitue un progrès intéressant.

Si l'économie ne sera pas plus robuste, précise M. Wright, c'est parce que même si les exportations donnent un coup de pouce pendant que l'économie mondiale se raffermit, tout ce qui est national est en hibernation pour un bon moment.

Les ménages canadiens ont dépensé plus qu'ils ne le pouvaient ces dernières années, explique-t-il, alors leur contribution devrait s'amoindrir pour la suite des choses, surtout avec un marché de l'habitation qui ralentit.

Des négociations «cruciales»

L'économiste en chef de la Banque TD, Craig Alexander, croit que les négociations sur le «précipice fiscal» sont cruciales pour la suite des choses. Si les républicains et les démocrates réussissent à s'entendre sur un nouveau plan budgétaire, environ quatre points de pourcentage en relance - au chapitre des dépenses et des réductions d'impôts - resteront en place pour une autre année.

Mais l'importance d'une entente politique va au-delà de l'aide directe aux entreprises et aux travailleurs, note-t-il.

Certains ont fait valoir que le manque de confiance et la peur avaient à eux seuls convaincu les entreprises de laisser des milliers de milliards de dollars dormir dans leurs coffres - ce que le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a appelé de «l'argent mort» -, ce qui pourrait avoir empêché la mise en place d'un nouveau cycle de croissance.

«Si on avait un accord bipartisan, il pourrait y avoir une croissance économique remarquablement forte aux États-Unis puisque cela augmenterait la confiance des entreprises», poursuit M. Alexander.

D'un autre côté, si les deux partis n'arrivaient pas à s'entendre, même le plus pessimiste des analystes serait gêné de la jovialité de ses prévisions.

Pour donner un aperçu de ce qui pourrait se produire, des analystes rappellent le crash boursier qui s'est produit à l'été 2011, lorsque les républicains ont menacé d'empêcher toute expansion de la dette américaine. Les répercussions du «précipice fiscal» seraient bien plus terrifiantes et elles dureraient plus longtemps, affirment-ils.

C'est une des raisons pour lesquelles le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, se dit «relativement optimiste» de voir une résolution empêchant le plongeon dans le précipice. «Je crois que les gens réalisent vraiment le sérieux de la situation.»

Une reprise décevante

À peine le Canada émergeait-il du marasme de la Grande Dépression que les économistes avertissaient que cette reprise serait différente, ce qui avait poussé M. Shenfeld, de la CIBC, à parler de «Grande Déception».

Leur raisonnement tenait compte du fait que la crise américaine de 2008-2009 n'avait pas été causée par un épuisement ou par des hausses de taux d'intérêt visant à limiter l'inflation, ce qui signifiait qu'il n'était pas possible de réduire les taux pour déclencher une reprise - ou du moins, que cela ne fonctionnerait pas beaucoup.

La crise trouvait plutôt son explication dans des années de dépenses excessives, surtout effectuées à l'aide d'argent emprunté, une situation qui ne pourrait pas être renversée avant des années d'épargne.

Cette situation ne prévalait pas vraiment au Canada, mais en tant que partenaire commercial, le pays en a payé le prix lorsque ses consommateurs étrangers ont cessé d'acheter les biens qu'il produisait. Ils ne se sont toujours pas remis à les acheter. Les exportations se sont en fait contractées au cours de la dernière année et dans l'ensemble, elles sont toujours inférieures à leur niveau de 2007.

Mais les économistes observent des signes de changement à ce chapitre, particulièrement au sud de la frontière, où les ménages ont significativement réduit leur dette. En outre, la Chine, qui a traversé une année particulièrement tranquille cette année, devrait connaître une performance plus solide en 2013.

À moins d'un important revers, ces deux sources de croissance externe aideront l'économie canadienne à reprendre son envol. La grande question reste: cela se produira-t-il en 2013?

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