Entrevue avec Clément Gignac: l'économiste a fait ses classes

Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef... (Photos Le Soleil, Erick Labbé)

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Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef de l'Industrielle Alliance. Il a d'abord été ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, puis titulaire des Ressources naturelles et de la Faune dans le gouvernement de Jean Charest de 2009 à 2012.

Photos Le Soleil, Erick Labbé

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Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) «J'aurais peut-être trouvé le temps long dans l'opposition, mais par respect pour les électeurs de Taschereau et pour éviter les coûts d'une élection partielle aux contribuables, j'aurais complété mon mandat de député.»

 

 

 

 

À l'occasion des élections générales du 4 septembre, Clément Gignac avait pris un risque. Tenter de déloger Agnès Maltais. Mal lui en prit. La péquiste l'a défait avec une majorité de 4227 voix. Et dire que M. Gignac aurait pu être réélu haut la main dans la circonscription montréalaise de Marguerite-Bourgeoys où il avait triomphé, lors de l'élection partielle du 22 juin 2009, récoltant 72 % des suffrages.

Cette fois, Clément Gignac avait décidé de se présenter à Québec où il a élu domicile il y a quelques années. En entrevue, il raconte au Soleil qu'il n'aurait même pas été sur les rangs si Jean Charest n'avait pas été à la barre du Parti libéral lors du dernier scrutin général. Il n'était pas question pour lui de laisser tomber celui qui l'avait attiré dans l'arène politique trois ans plus tôt.

Le verdict électoral a voulu que Clément Gignac morde la poussière. Six semaines plus tard, il attrapait la perche lancée par l'Industrielle Alliance qui le recrutait pour devenir vice-président principal et économiste en chef de la compagnie d'assurances de Québec qui gère un actif de plus de 75 milliards $.

Avec un peu de recul, l'économiste avoue qu'il aurait été «malheureux» sur les banquettes de l'opposition. «Je ne suis pas un politicien de carrière et je ne suis pas beaucoup porté sur la partisanerie», confie-t-il.

Candeur à l'Assemblée

Dans le feu de l'action à l'Assemblée nationale, sa candeur tranchait. Les députés de l'opposition l'aimaient bien parce qu'il avait l'habitude de ne pas esquiver leurs questions. Cette préoccupation de ne pas triturer la vérité pour répondre à des considérations partisanes lui a valu, à l'occasion, de petites remontrances de la part des apparatchiks libéraux.

«Un jour, un député péquiste me posait une question sur des compressions de l'ordre de 1 million $ dans un programme de formation de travailleurs forestiers. Il a été surpris - et mes collègues aussi - quand je lui ai répondu que les coupes n'étaient pas de 1, mais de 2 millions $. Rapidement, on m'a fait savoir que l'on ne fournissait pas de telles munitions à nos adversaires!»

Celui qui fut économiste en chef de la Banque Nationale avant d'accepter un poste de conseiller spécial au ministère des Finances à Ottawa n'avait jamais pensé, un jour, faire de la politique.

Quand Jean Charest l'a invité à faire le saut au moment du départ de Monique Jérôme-Forget, il a longuement réfléchi. «Ma conjointe m'a dit : "À 75 ans, penses-tu que tu vas avoir des regrets de ne pas avoir répondu à l'appel du premier ministre du Québec?"» La décision était prise. Il allait faire de la politique. Il allait avoir l'opportunité d'être au coeur des décisions.

Clément Gignac parle d'une «expérience de vie» qui lui a permis de voir d'un oeil différent le travail des élus du peuple.

«À titre d'économiste, je vais être plus indulgent à leur égard. J'ai été en mesure de saisir l'ampleur des contraintes qui sont imposées aux politiciens venant des groupes de pression et des médias. La majorité silencieuse, elle, on ne l'entend pas, mais les élus doivent toujours en prendre compte.»

«Avant mon arrivée en politique, j'étais le commentateur qui regardait un match de hockey du haut de la passerelle. Sur la glace, c'est une autre affaire», explique Clément Gignac. «La rondelle se déplace pas mal plus vite que je l'imaginais. À moins de t'appeler Bobby Orr ou Wayne Gretzky, ne pense pas partir de l'arrière de ton but pour aller marquer dans le filet adverse. Il faut que tu apprennes à faire des passes et à en recevoir. Et il faut que tu acceptes, parfois, de laisser ta place lors d'une attaque à cinq. Rester assis sur le banc, ça travaille l'ego!»

Tout au long de son parcours de politicien, Clément Gignac a fait de la création de la richesse son cheval de bataille. Et pour y arriver, il mettait l'accent sur l'exploitation des ressources naturelles, l'amélioration de la productivité des entreprises et l'augmentation de la participation des 55 ans et plus au marché du travail.

Indépendant... économiquement

Pour lui, il est inconcevable que le Québec doive dépendre des 8 milliards $ provenant des autres provinces, par l'entremise des transferts de péréquation, pour assurer la pérennité des programmes sociaux, d'autant plus que cet argent provient des recettes récoltées par les autres provinces grâce à l'exploitation de leurs ressources naturelles.

«Je ne crois pas à la souveraineté politique du Québec, car nous, nous vivons tous dans un grand village global. Je crois, cependant, à un Québec indépendant au plan économique et financier qui serait en mesure d'afficher un niveau de vie comparable ou supérieur à la moyenne canadienne.»

La succession de Mark Carney? Non merci!

«Mes nouveaux collègues de travail m'ont demandé s'il valait la peine que je défasse mes boîtes!»

Clément Gignac venait à peine d'intégrer ses nouvelles fonctions de vice-président principal et d'économiste en chef de l'Industrielle Alliance que The Globe and Mail l'identifiait comme l'un des successeurs éventuels de Mark Carney au poste de gouverneur de la Banque du Canada.

«C'est flatteur de voir son nom circuler de la sorte, mais non, je n'irai pas à la Banque du Canada. De toute façon, ma conjointe ne me suivrait pas à Ottawa! Et comme je tiens beaucoup à celle qui partage ma vie depuis bientôt 40 ans, je vais rester à Québec», explique au Soleil celui qui se voit à l'Industrielle Alliance pendant encore «cinq à sept ans», soit jusqu'au moment où l'heure de la retraite sonnera.

Au sein de l'Industrielle Alliance, la quatrième société d'assurances de personne en importance au Canada, Clément Gignac agit à titre de porte-parole sur les questions économiques. Il travaille notamment en collaboration avec les gestionnaires de portefeuilles à l'élaboration des stratégies de répartition d'actif pour les fonds de placement individuels. «La gestion du patrimoine n'est pas la partie la plus importante en termes d'actifs, mais il s'agit d'un volet en forte expansion en termes de croissance des bénéfices.»

La vie politique et le militantisme sont dorénavant des choses du passé pour Clément Gignac.

«Quand, à titre d'économiste, j'émettrai un point de vue, n'y cherchez pas un agenda caché d'un éventuel retour en politique. C'est fini», affirme celui qui se décrit comme un fédéraliste et qui se plaît à dire qu'il a été approché par tous les partis politiques à un moment ou l'autre de sa carrière.

«À l'époque, à la Banque Nationale, j'ai toujours pu dire ce que je voulais tout en pensant bien à ce que je disais.»

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