Kevin Page met Stephen Harper au défi de le virer

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Kevin Page

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Avec quatre mois à écouler à son mandat, Kevin Page met au défi Stephen Harper de le virer sur-le-champ s'il le juge un peu trop mouche du coche. «Je suis prêt à partir», déclare celui que le premier ministre du Canada avait nommé, en mars 2008, au poste de directeur parlementaire du budget. Il se dit même prêt à occuper un boulot de jardinier ou de couvreur s'il le faut!

«Essayez de me dire de ne pas faire mon travail pour voir!» lance cet ancien haut fonctionnaire dont le mandat à titre de chien de garde budgétaire est de fournir au Parlement une analyse objective et indépendante de l'état des finances publiques, des prévisions financières du gouvernement et des tendances de l'économie canadienne.

Kevin Page était l'invité, jeudi, de l'Association des économistes québécois. Il a entretenu son auditoire de son rôle et de ses responsabilités.

Il a fait état de ses relations «difficiles» avec le gouvernement Harper qui l'accuse d'être partisan et qui attaque le mandat de sa petite équipe composée d'une dizaine de personnes et qui dispose d'un maigre budget de 2,8 millions $. Il a rappelé qu'au moment de sa nomination par Stephen Harper, les partis d'opposition l'accusaient d'être une sorte de béni-oui-oui à la solde des conservateurs. La publication de ses rapports sur les coûts de la mission canadienne en Afghanistan et de l'acquisition des avions F-35 l'a rendu impopulaire dans les rangs conservateurs.

«Le gouvernement ne m'aime pas et les présidents de la Chambre des communes et du Sénat sont en beau fusil contre moi», a reconnu M. Page qui a décidé, mercredi, d'aller cogner à la porte de la Cour fédérale dans l'espoir de voir se régler l'un de ses litiges avec les conservateurs. Kevin Page veut savoir s'il a le droit d'exiger du gouvernement qu'il lui fournisse tous les détails sur l'effet des coupes annoncées dans le dernier budget qui annonçait les compressions de 5,2 milliards $.

Au début du mois de novembre, le directeur parlementaire du Parlement avait menacé de recourir aux tribunaux à la suite du peu de collaboration obtenue de la part des ministères et des organismes. À peine le quart d'entre eux avaient pris la peine de lui transmettre les informations demandées concernant les conséquences des compressions sur les services offerts aux Canadiens. Et bien souvent, les informations reçues étaient inadéquates. Mercredi, Kevin Page a donc décidé de passer de la parole aux actes.

Pour lui, il est «nécessaire de prendre des risques et d'écouter son instinct» quand vient le temps de faire respecter le mandat pour lequel on a été nommé.

Secret et contrôle

Dans son allocution, M. Page a dénoncé la «tradition de secret et de contrôle» qui se perpétue à Ottawa.

«Les ministères refusent de partager l'information. Quand vous fournissez une analyse différente de celle que le gouvernement s'attend à recevoir, il croit que vous voulez l'attaquer. Nous avons un gouvernement à Ottawa - je peux maintenant le dire, car il ne me reste plus que quatre mois à faire - qui n'aime pas beaucoup les débats. Et en démocratie, c'est une bonne chose que d'avoir des débats», a déclaré M. Page en rappelant qu'aux États-Unis, le Congressional Budget Office - l'équivalent du bureau du directeur parlementaire du budget - publiait à l'occasion des rapports dévastateurs qui, ensuite, servaient à bonifier les interventions gouvernementales.

Pour Kevin Page, le travail d'éplucher les dépenses publiques et de démasquer les cas de dilapidation de l'argent des contribuables est nécessaire afin de laisser aux générations futures une maison en ordre. «Il est important de mettre de la pression sur les politiciens afin qu'ils pensent un peu plus à la génération qui s'en vient et un peu moins à la prochaine élection.»

Par ailleurs, Kevin Page encourage les provinces à créer des postes de directeur parlementaire du budget en évitant, toutefois, de répéter les mêmes erreurs qu'à Ottawa. Par exemple, le directeur parlementaire du budget ne doit pas être nommé par le premier ministre, mais par le Parlement afin de lui garantir toute l'indépendance requise.

Au Québec, la Coalition avenir Québec en a fait un cheval de bataille. Le Parti québécois a aussi flirté avec l'idée de créer un poste de directeur parlementaire du budget, mais il a fait marche arrière depuis son accession à la gouverne du Québec.

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