L'ex-premier ministre du Canada était le conférencier vedette jeudi, dans la capitale, devant quelques centaines de décideurs du monde de l'investissement et du capital de risque réunis, sur invitation seulement, pour la Quebec City Conference.
M. Chrétien juge «irresponsable» la volonté des deux candidats à l'élection présidentielle de novembre de réduire les impôts alors que l'administration est incapable de boucler ses fins de mois.
Aux investisseurs privés et institutionnels de 29 pays de tous les continents, il a surtout rappelé les risques de continuer à imprimer de l'argent.
À la blague, il a ajouté que c'est comme si, dans les années 90, Réal Caouette, coloré chef du Crédit social, avait eu raison de prôner que le gouvernement fédéral utilise la presse à billets de banque pour enrichir les Canadiens.
Le monde d'aujourd'hui n'est pas tellement plus compliqué que celui d'hier, dit M. Chrétien. Mais tout le monde apprend tout ce qui se passe autour de la planète dans les secondes qui suivent.
L'insécurité a aussi mis le monde occidental sur la défensive parce que la croissance économique ne vient plus de son territoire, mais de la Chine et du Brésil, par exemple. Cela signifie à son avis que nos affaires ne sont pas très bien gérées collectivement, dit M. Chrétien, précisant que la dette publique des pays d'Europe atteint maintenant 90 % de leur produit intérieur brut commun.
Quelle crise?
Mais il n'y a pas de crise de l'euro, a soutenu en conférence d'ouverture Philippe Maystadt, universitaire et président sortant de la Banque d'investissement européenne. Si son propos a surpris plusieurs auditeurs, l'auteur de plusieurs livres sur l'économie européenne a vite expliqué comment plusieurs crises affectent diverses régions d'Europe.
Pour résoudre les contradictions entre l'utilisation d'une monnaie unique et la poursuite d'objectifs économiques nationaux, le professeur préconise non pas la création d'un «super-État européen», mais une forme originale de fédéralisme fiscal pour corriger les déficiences du cadre actuel.
Pour favoriser les échanges entre les 350 participants inscrits, les organisateurs de la neuvième rencontre de Québec en ont limité le nombre cette année. Mais, selon les chiffres recueillis sur place, une des quatre tables rondes tenues à huis clos mercredi réunissait à elle seule une trentaine de décideurs chargés de gérer des caisses de retraite et des fonds souverains dont la taille varie entre 50 et 700 milliards $.