En entrevue vendredi, Journée internationale des coopératives d'épargne et de crédit, Paul Ouellet, directeur général de la Caisse d'économie solidaire, et Chhoan Sokchiveneath, directeur principal du développement économique de la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec, soulignaient l'importance de ce pas dans les communautés du Nord québécois maintenant capables de faire leurs transactions par téléphone, par Internet et avec le système AccèsD de Desjardins, au lieu d'utiliser les billets de banque et les chèques.
«Pendant des années, précise M. Sokchiveneath, les coopératives des 14 villages effectuaient des opérations quasi bancaires pour rendre service à leurs membres, mais les habitants des villages n'avaient pas de compte bancaire», sauf ceux de Kuujjuaq ayant accès à la Banque CIBC, mais cette dernière n'avait pas l'intention d'installer des points de service ailleurs sur le territoire du Nunavik.
Puisque la Caisse d'économie solidaire, la fédération des coopératives et les coopératives elles-mêmes étaient depuis longtemps des partenaires financiers, un projet de points de service a été mis en place en 2007.
Conseillers sur la route
Aujourd'hui, tous les villages ont accès aux services bancaires grâce à la Coopérative de services financiers du Nunavik, sous la direction de la Caisse d'économie solidaire. La coop compte sept employés dans cinq points de service et plusieurs conseillers sur la route pour aider les membres à créer leur compte et à utiliser les outils pour gérer les transferts de fonds entre individus, le paiement des factures, les demandes de carte de crédit ou de prêt. Il n'y a ni caisse traditionnelle encore moins de guichets automatiques.
Avec une population de 11 624 personnes, dont de nombreux jeunes, l'objectif était d'avoir plus de 6200 ouvertures de comptes. Au 31 août, 4500 comptes personnels avaient été ouverts et 73 comptes commerciaux. Si l'implantation des comptes personnels se déroule bien, du côté des institutions (écoles, hôpitaux, CLSC ou autres), des entreprises et des organismes sans but lucratif, il reste encore du chemin à faire pour développer les habitudes, souligne M. Ouellet.
Contrairement à ce qui s'est passé ailleurs au Québec où les gens ont vécu le passage du carnet aux transactions en ligne sur une période de 40 ans, dans le Nunavik, le bond s'est fait en moins de cinq ans.
Par contre, avec les jeunes férus d'Internet, les achats en ligne et les nombreuses options du monde numérique, l'habitude de transiger avec un compte bancaire se prend plus rapidement. «On le voit avec l'augmentation des transactions en ligne, soulignent MM. Ouellet et Sokchiveneath. En juin, on dénombrait 8000 transactions en ligne. Pour les coopératives, il y a moins de chèques en circulation. Les salaires sont déposés dans les comptes, comme les prestations de pension ou celles de la Solidarité sociale, puisque les gouvernements effectuent les versements uniquement dans les comptes de banque. Plus de chèque.»
Le grand défi à relever demeure celui de convaincre le monde des affaires et les institutions pour assurer la pérennité et la santé financière de la Coopérative de services financiers du Nunavik pour qu'elle puisse devenir autonome.