Commission Charbonneau: dommages collatéraux pour Canam

Les composants d'acier pour la construction du stade... (Photo fournie par le groupe Canam)

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Les composants d'acier pour la construction du stade Citi Field des Mets de New York ont été fabriqués à l'usine du Groupe Canam à Saint-Gédéon-de-Beauce.

Photo fournie par le groupe Canam

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Commission Charbonneau
Commission Charbonneau

Après plus de deux ans de refus, Jean Charest a institué le 19 octobre 2011 une commission d'enquête sur la construction au pouvoir restreint et qui ne pourra distribuer aucun blâme. Celle-ci sera présidée par la juge France Charbonneau. Le «ménage» tant attendu mettra-t-il fin à la controverse dans laquelle le gouvernement est plongé? »

Gilbert Leduc
Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) Le Groupe Canam a une façon originale d'exprimer sa gratitude à l'endroit de ses partenaires d'affaires. Un merci sucré sous la forme d'une bonne bouteille de sirop d'érable typiquement beauceron, évidemment.

«La tricherie n'a pas de métier» - Marc... (Le Soleil, Steve Deschênes) - image 1.0

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«La tricherie n'a pas de métier» - Marc Dutil, président et chef de la direction du Groupe Canam

Le Soleil, Steve Deschênes

«Chez Canam, on ne donne pas de bouteille de vin et très rarement des billets pour aller à un match de hockey. On donne du sirop d'érable», a raconté, jeudi, le président et chef de la direction du Groupe Canam, Marc Dutil, à l'occasion d'une conférence prononcée devant la Chambre de commerce et d'industrie de Québec.

L'entreprise de Saint-Georges est spécialisée dans la conception et la fabrication de produits de construction. Elle a réalisé des ventes de 880 millions $ en 2011 et procure un gagne-pain à 3500 personnes au Canada, aux États-Unis, en Roumanie, en Inde et en Chine.

Or, depuis la divulgation des premières allégations de collusion, de corruption et d'intimidation dans le monde de la construction, un épais brouillard de suspicion est venu envelopper cette industrie. Les premiers témoignages entendus à la commission Charbonneau contribuent à alimenter ce climat de méfiance.

«Savez-vous ce que font maintenant certains clients? Ils nous retournent les bouteilles de sirop d'érable! Ils nous disent qu'ils ne peuvent pas accepter un cadeau d'une firme de construction. Ben voyons! Je t'offre une bouteille parce que l'on a travaillé ensemble et que l'on a fait une bonne job. Pas pour te corrompre. Je ne te paie pas un voyage à Las Vegas avec ta blonde. Je te donne du sirop d'érable. Ça vaut 6,95 $.»

Marc Dutil est courroucé par tout ce qu'il lit et entend sur l'industrie de la construction. Il a encore en tête un titre dans Le Soleil : «Dans les égouts de la construction». «C'est mon métier, ça! Nous sommes 230 000 à y gagner notre vie. C'est 47 milliards $ d'investissements. C'est 6 milliards $ en salaires. C'est plus que l'aéronautique, les pâtes et papier et l'aluminium ensemble.»

Marc Dutil avait pris soin, jeudi, d'intituler sa conférence Le noble métier d'entreprendre et de construire - L'autre côté de l'industrie de la construction. Pendant une trentaine de minutes, il a cherché à défendre l'intégrité du monde de la construction dans son ensemble. Il a surtout insisté pour démontrer que «la tricherie n'avait pas de métier» et qu'il allait pratiquement de soi, aujourd'hui au Québec, d'essayer de contourner les lois, notamment en matière de fiscalité.

Il a rappelé les résultats d'un récent sondage de Léger Marketing révélant que, pour 83 % des jeunes de 25 ans, il était normal de chercher à ne pas payer ses taxes et ses impôts.

«Quel message nous envoyons à nos enfants lorsque nous confions la rénovation de notre salle de bain à un travailleur au noir parce qu'il va nous charger 800 $ de moins si on le paie cash? En tolérant la petite offense, on sème les graines de la grande.»

Part de risques

Dans la construction, il y aura toujours une part de risques. Le Groupe Canam en sait quelque chose. Bon an mal an, il dépose entre 25 000 et 30 000 soumissions. Il réalise en moyenne 12 000 projets.

Marc Dutil raconte que, de plus en plus, dans les contrats publics, les dirigeants politiques et les fonctionnaires font porter aux entreprises la majeure partie du risque dans les projets importants. Il soulève un cas à la Ville de Montréal où, sur la vingtaine d'entreprises qui s'étaient pointées à une rencontre d'information au sujet d'un projet de 400 millions $, aucune n'avait répondu à l'appel d'offres. «Un entrepreneur, ça gère du risque, mais il ne veut pas le faire tout seul.»

Le patron du Groupe Canam ne s'oppose pas à l'établissement d'une réglementation serrée à l'égard des entrepreneurs en construction. Il cite le cas du secteur de la restauration où des mesures ont été prises au cours des dernières années pour enrayer le fléau de l'évasion fiscale.

«Aujourd'hui, un restaurateur sait que si son compétiteur de l'autre côté de la rue fait de bonnes affaires, c'est parce qu'il a trouvé la bonne formule pour attirer les clients et non pas parce qu'il a triché le fisc.»

Selon lui, l'obligation d'arrêter son choix sur le plus bas soumissionnaire dans l'attribution des contrats publics n'a pas de sens. Il verrait d'un bon oeil un recours plus large à un processus de double qualification qui obligerait les entrepreneurs à montrer patte blanche - notamment pour vérifier ces antécédents en matière de respect des lois - avant d'espérer décrocher un contrat public.

Vite, le retour à la stabilité

Marc Dutil craint que la hausse projetée des impôts sur les gains en capital et les dividendes va entraîner une fuite des investissements à l'extérieur du Québec. «La communauté d'affaires, ce qu'elle recherche, c'est la stabilité», a dit, hier, le patron du Groupe Canam. Or, avec les tergiversations du gouvernement Marois sur les moyens à mettre de l'avant pour combler le manque à gagner créé par l'annulation de la taxe santé, c'est tout le contraire de la stabilité qui règne à l'heure dans les milieux économiques.

«Personne ne sait à quoi s'en tenir», a déploré M. Dutil.

Une hausse des impôts ne se fera pas sans provoquer des contrecoups sur l'économie québécoise. «Il est plus facile de laisser partir des investisseurs que de les ramener. Il faut faire attention», a-t-il exprimé en signalant que, personnellement, il trouvait qu'il «en donnait pas mal» au gouvernement du Québec, et ce, sans compter les taxes scolaires et municipales et l'essence à 1,45 $ le litre qu'il met dans son véhicule.

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