Yan Cimon: monsieur réseau

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Le but des recherches de Yan Cimon, professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, est assez simple: que les affaires des entreprises marchent.

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Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) «La force du réseau». On connaît bien l'expression, on nous la sert à toutes les sauces au courant d'une vie: réseau d'amis, réseau professionnel, réseau d'affaires... Yan Cimon, professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, s'intéresse davantage au réseau d'entreprises et à la gestion de ce réseau.

Cette spécialité est d'ailleurs un axe d'excellence de la Faculté. Le but des recherches de M. Cimon est assez simple: que les affaires des entreprises marchent. Plus spécifiquement, il veut comprendre comment les entreprises québécoises et canadiennes peuvent se positionner avantageusement dans ces réseaux dynamiques et beaucoup plus internationaux qu'on le soupçonne.

Yan Cimon y va d'emblée d'un exemple: «Quand on pense à l'industrie automobile, on a généralement la vision d'une chaîne avec à un bout le fabricant d'écrous et, à l'autre bout, le fabricant de voitures. En fait, c'est plutôt une toile sans structure, un réseau», indique-t-il.

Un des problèmes pointés par le chercheur, c'est que, bien souvent, les entreprises elles-mêmes ne se voient pas comme partie intégrante d'un réseau et développent donc des modèles d'affaires inadéquats. «L'entreprise qui souhaite prospérer ne peut plus se contenter de tout faire seule ou de se voir comme une étape dans une chaîne de production qui aboutira à un client final, dit-il. Elle doit tirer profit du réseau qui l'entoure.»

L'expert axe ces recherches sur la maîtrise efficace du réseau des entreprises. «Il faut savoir qui est dans le réseau et quelle est la relation entre eux», spécifie-t-il. Cette compréhension du réseau permet à l'entreprise de s'y positionner stratégiquement pour développer un avantage concurrentiel durable, tant mondialement que localement. «Comme ça, l'entreprise fournit, fait des affaires, ça pérennise les emplois et elle continue à donner des commandites à l'équipe de baseball du coin», rigole Yan Cimon.

Lecture du réseau

Une bonne lecture et une bonne gestion du réseau permettent d'éviter des écueils qui peuvent être dangereux. «La relation de dépendance à un joueur ou à un bassin limité de joueurs est à proscrire», d'indiquer Yan Cimon.

Nul besoin de regarder très loin pour illustrer ce problème. La catastrophe de Fukushima en mars 2011, bien qu'ayant eu lieu au Japon, a eu des répercussions majeures sur toute l'industrie automobile nord-américaine, qui n'arrivait plus à s'approvisionner de certaines composantes spécialisées. Résultat: plusieurs constructeurs de chez nous se sont vus forcés d'arrêter de livrer certains modèles de véhicules.

L'analyse poussée du réseau aurait pu mettre la puce à l'oreille des industriels automobiles nord-américains, ils auraient pu constater que le Japon représentait un goulot d'étranglement, trop d'industriels s'y approvisionnant en composantes spécifiques. «Il n'y a pas eu de contrôle du risque», conclut Yan Cimon.

Dans la même veine, GM a failli en ne diversifiant pas assez ses fournisseurs, mais les résultats ont été plus dommageables économiquement. Delphi est un fournisseur important des composantes techniques des moteurs de GM. Or, GM et Delphi, dans le contexte de la crise économique mondiale, se sont retrouvés en difficulté simultanément.

«Pour ne pas se retrouver encore plus dans le trou, GM a dû injecter de l'argent dans Delphi, au moment où l'argent manquait», relate Yan Cimon en ajoutant que certaines entreprises ont dû acheter leur fournisseur pour éviter la faillite, ce qui est une contrainte énorme.

Cartographier

Une saine gestion du réseau consiste aussi à cesser de penser qu'être au centre des relations est garant du succès de l'entreprise. Être en périphérie peut être plus payant. Pour cela, il faut regarder quelles sont les relations les plus profitables. L'idéal, selon le chercheur, est de «cartographier le réseau, mais pas seulement avec ses propres fournisseurs et partenaires, mais avec les partenaires des partenaires et les fournisseurs des fournisseurs. C'est comme ça qu'on peut trouver la niche payante», martèle Yan Cimon en précisant que les meilleurs joueurs pensent réseau.

Les recherches d'Yan Cimon tournent beaucoup autour des industries de l'automobile et de l'aérospatiale, mais tous les types d'entreprise connaissent les mêmes défis, en ce qui a trait au réseau. «Nos meubles, notre café du matin, nos automobiles, les avions qui nous déposent sur les plages du Sud, en fait, la très grande majorité de tous les biens et services que nous consommons de nos jours est issue de ces réseaux qui ne connaissent plus de frontières», conclut-il.

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