Les coûts estimés par Hydro-Québec pour démanteler sa seule centrale nucléaire sont inscrits noir sur blanc dans son dernier rapport annuel produit il y a à peine quelques mois.
La société d'État estime notamment à 951 millions $ les coûts de démantèlement de la centrale de 675 mégawatts située à Bécancour, près de Trois-Rivières.
À cette somme, Hydro-Québec note qu'elle devra ajouter 624 millions $ pour évacuer le combustible nucléaire irradié de sa centrale ainsi que 320 millions $ d'obligations financières pour financer le démantèlement de Gentilly-2.
Or, Hydro-Québec souligne dans son plus récent rapport annuel qu'elle a déjà mis de côté 409 millions $ pour fermer sa centrale nucléaire. On arrive donc à une facture totale de 1,53 milliard $.
Il faut savoir que le gouvernement du Québec (principal actionnaire d'Hydro-Québec) a parallèlement déjà fourni une garantie financière irrévocable de 685 millions $ à la Commission canadienne de la sûreté nucléaire pour le démantèlement de Gentilly-2.
Mercredi, personne chez Hydro-Québec n'était disponible pour commenter les coûts du démantèlement de Gentilly-2, pourtant bien chiffrés dans le dernier rapport annuel de la société d'État.
La porte-parole Marie-Élaine Deveault a laissé entendre que la société d'État s'employait plutôt à mettre à jour les différents scénarios financiers afin d'en livrer les résultats rapidement au cabinet de la première ministre Pauline Marois.
Coûts réalistes
Professeur titulaire en génie électrique et en génie informatique de l'Université Laval, Michel Duguay croit que les coûts avancés par Hydro-Québec sont réalistes. «Cela ressemble beaucoup à ce que l'on observe ailleurs sur la planète pour ce type de travaux», a-t-il souligné mercredi.
Le professeur Duguay, opposé à la réfection de Gentilly-2, s'en remet d'ailleurs au cas du démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis, en France, par Énergie de France (EDF), dont la facture totale s'élève à tout près de 1 milliard $CAN.
D'après l'ancien patron de la Standard Life et administrateur Claude Garcia, Hydro-Québec pourrait toutefois «devoir passer» directement dès l'an prochain à son bilan financier les coûts de ce démantèlement de Gentilly-2. «C'est évident que ça va faire mal aux dividendes versés au gouvernement», a-t-il fait valoir mercredi en précisant toutefois qu'il était favorable à la fermeture de la centrale nucléaire en raison notamment des importants surplus énergétiques d'Hydro-Québec.
«Un non sens»
Pour le chercheur et économiste Jean-Thomas Bernard de l'Université d'Ottawa, Hydro-Québec doit oublier au plus vite la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2 à un coût maintenant estimé à plus de 3 milliards $.
Le professeur Bernard, qui penchait jusqu'à tout récemment pour la réfection de Gentilly-2, dit avoir refait ses devoirs après la tragédie de la centrale de Fukushima, au Japon. «Hydro-Québec n'a plus d'affaire dans le nucléaire. L'aventure ne sera pas rentable», a-t-il dit en rappelant que les nouvelles normes de sécurité ont fait exploser les coûts de réfection des centrales nucléaires un peu partout sur la planète.
Chemin faisant, le coût de chaque kilowattheure d'électricité produit par Gentilly-2 (une fois rénovée) s'élèvera à plus de 12 ¢. «Un non-sens», a soutenu M. Bernard, alors que les Québécois paient en moyenne 7,5 ¢ chaque kilowattheure consommé et qu'Hydro-Québec exporte de l'électricité ces temps-ci à moins de 5 ¢ le kilowattheure aux États-Unis.
M. Bernard soutient que la faiblesse des prix du gaz naturel (issu notamment des schistes aux États-Unis) aura finalement le dessus sur la filière nucléaire chez Hydro-Québec. Les économistes ne s'attendent pas à une remontée des prix du gaz d'ici 10 ans.