«Un de mes objectifs est de faire parler du modèle coopératif à travers le monde», insiste la présidente et chef de la direction de Desjardins au cours de l'entrevue. Et cela, aussi bien dans les cabinets comptables que dans les universités. Il s'est écrit beaucoup de choses sur la coopération sous l'angle social ou philosophique, mais il y a moins de référentiel sur les entreprises coopératives, leur gouvernance, leur croissance et leur financement.
Par exemple, dit Mme Leroux, «il nous faut du matériel sur l'agilité organisationnelle» des coops. Elles doivent conserver une approche locale, au service de leur communauté, «mais aussi avec une volonté de croître».
«Ça me turlupine, et une des études [à être publiées au Sommet] répond à ça», dit-elle en pointant son cartable, sans élaborer sur les conclusions du document en question. Elle indique néanmoins que la performance des coopératives est meilleure que celle des sociétés publiques au chapitre de la croissance organique, mais qu'elles sont beaucoup moins actives en matière de fusions, d'acquisitions et de partenariats.
Trois obstacles
Elle identifie aussi trois obstacles à l'essor des coopératives. D'abord, la méconnaissance du modèle qui est peu enseigné dans les collèges et les facultés de gestion, même si, au Québec, on en fait un peu plus qu'ailleurs. Ensuite, l'approche coopérative peut sembler moins naturelle aux jeunes entrepreneurs.
Enfin, les entreprises coopératives peuvent sembler introverties, occupées qu'elles sont à travailler sur leur régie interne. Il est donc plus difficile d'aller chercher la mobilisation des dirigeants à échanger entre eux sur leurs pratiques. Par opposition, les sociétés cotées en Bourse doivent continuellement alimenter le marché en nouvelles.
Le modèle coopératif ne donne pas réponse à toutes les questions, dit celle qui affiche sa foi dans une économie plurielle. Mais l'approche coopérative peut à son avis aider des gens qui ne se perçoivent pas naturellement comme des entrepreneurs à faire les premiers pas vers la création d'une entreprise.
Générer au Québec un enthousiasme plus grand pour la coopération est un autre objectif des organisateurs du Sommet. Il existe 10 000 entreprises coopératives au Canada et 750 000 qui créent 100 millions d'emplois dans 100 pays. Le Québec est loin de posséder les plus grandes, mais a un assez grand nombre de forces vives pour devenir «un centre mondial de référence du monde coopératif».
Il y a un an, Monique F. Leroux évoquait la possibilité que le sommet organisé à la faveur de l'Année internationale des coopératives décrétée par l'Organisation des Nations Unies pour 2012 devienne un événement répétitif. Maintenant, elle a surtout hâte de vérifier que l'initiative qui demande beaucoup d'énergie répond à un besoin. «Je veux le sentir», dit-elle, ajoutant qu'elle garde en tête l'hypothèse de telles rencontres aux deux ou trois ans.