Pour améliorer les perspectives de croissance du Québec, «il faudrait que le gouvernement agisse de manière stratégique sur les trois piliers de la croissance : la main-d'oeuvre, l'investissement et la productivité. Mais, à en juger par le programme économique qu'il propose, le nouveau gouvernement du Québec aura du mal à apporter les changements novateurs et positifs qu'il faudrait», écrit le vice-président principal et économiste en chef du Conference Board, Glen Hodgson, dans un commentaire publié jeudi.
Au chapitre de la productivité, par exemple, «avec sa nouvelle plateforme, le gouvernement du Québec ne nous incite pas à penser qu'il se soucie de faire fonctionner l'économie avec plus d'efficacité pour faire croître la productivité. Au contraire, il y a le risque qu'il augmente les barrières protectionnistes pour servir ses intérêts politiques à court terme.»
Capital humain
Par ailleurs, plutôt que de chercher à adopter des politiques actives du marché du travail en vue de contrer le déclin démographique et de permettre aux entreprises à dénicher de la main-d'oeuvre qualifiée, «le nouveau gouvernement a proposé des politiques qui découragent l'immigration. Et en gelant les frais de scolarité des universités et des collèges, il a dissuadé les jeunes Québécois de prendre de sages décisions d'investissement à long terme dans l'éducation et le capital humain. Il n'y a donc pas vraiment lieu d'espérer que le Québec profitera d'une croissance plus solide de sa main-d'oeuvre et de son capital humain à l'avenir.»
«Et que dire de l'investissement?» ajoute l'économiste. «Peut-on espérer que l'investissement privé augmentera plus rapidement dans le Québec de demain? C'est peu probable. Au contraire, la croissance de l'investissement risque d'être entravée par l'incertitude politique que laisse planer la perspective imprécise d'un éventuel référendum sur la séparation du Québec. Le PQ a aussi proposé d'augmenter l'impôt des sociétés et des personnes à revenu élevé, ce qui n'améliorera pas le climat d'investissement.»
En plein déni
Dans un autre ordre d'idée, le Conference Board - qui se décrit comme un organisme objectif et non partisan - déplore que la campagne électorale n'ait pas suscité de «discussions de fond» sur l'avenir économique du Québec. «Rares sont les Québécois qui semblent conscients de ce qui les attend», avance M. Hodgson.
«Avec certains dirigeants politiques qui semblent en plein déni face à la réalité économique future de la province et qui sont coincés dans des choix politiques limités, il sera difficile pour le Québec de renforcer sa croissance économique comme il devrait le faire pour continuer d'assurer les services publics auxquels il tient et faire croître le niveau de vie de ses citoyens.»
Selon le Conference Board, l'économie québécoise devrait croître de 1,4 % en 2012 et de 1,8 % en 2013. «C'est bien moins que la moyenne nationale.» Et après 2015, la croissance annuelle devrait se situer aux alentours de 1,5 %.
«Malheureusement, une croissance économique annuelle réelle de 1,5 % ou moins ne permettra pas, ou difficilement, au Québec de financer ses régimes publics de soins de santé et d'éducation dans leur forme actuelle», tranche Glen Hodgson en rappelant que la dette publique du Québec - à 50 % de son PIB - est «de loin» la plus élevée de toutes les provinces.
Le retour à l'équilibre budgétaire est donc incontournable, selon lui. «Comme la nouvelle première ministre a déclaré qu'elle avait l'intention d'équilibrer le budget comme prévu en 2013-2014, on ne peut espérer davantage de croissance à court terme du côté du secteur public. Il faudra donc que la modeste croissance attendue vienne de la consommation et de l'investissement privé.»
En conclusion, le Conference Board suggère au nouveau gouvernement d'entreprendre un examen approfondi de ses politiques économiques et de «clarifier sa position» devant l'éventualité de la tenue d'un référendum sur la souveraineté. «Autrement, les Québécois doivent se préparer à payer plus d'impôts à l'avenir pour le maintien des services publics ou à s'attendre à une érosion de la qualité de ces services.»