Hydro-Québec devrait oublier la réfection de Gentilly-2, prévient un économiste

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Hydro-Québec évalue que les coûts de réfection de la centrale nucléaire de Bécancour dépasseront assurément les 3 milliards $.

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(Québec) Hydro-Québec doit oublier au plus vite la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2 à un coût maintenant estimé à plus de 3 milliards $, estime un chercheur économiste universitaire.

«Hydro-Québec va commettre une grave erreur si elle va de l'avant avec Gentilly-2», prévient le professeur Jean-Thomas Bernard, du Département de science économique de l'Université d'Ottawa.

Spécialiste des questions énergétiques depuis plus d'une quarantaine d'années, notamment à l'Université Laval, le professeur Bernard ne croit tout simplement plus en l'avenir de la filière nucléaire au Canada. Trop lourde, trop chère et surtout incontrôlable au chapitre des dépassements de coût, assure-t-il.

Pour l'heure, Hydro-Québec évalue que les coûts de réfection de la centrale nucléaire de 675 mégawatts (MW) située à Bécancour dépasseront assurément les 3 milliards $. La direction de la société d'État est toutefois incapable de chiffrer le coût exact de la facture finale.

La fin de la vie utile du réacteur de Gentilly-2 est prévue l'an prochain (été 2013). Le réacteur doit être mis en arrêt d'ici le 31 décembre 2012. Or, sans dévoiler publiquement son jeu, Hydro-Québec a pourtant déjà engagé plus de 850 millions $ pour rénover son seul réacteur nucléaire.

M. Bernard, qui penchait jusqu'à tout récemment pour la réfection de Gentilly-2, dit avoir refait ses devoirs après la tragédie de la centrale de Fukushima, au Japon. «Hydro-Québec n'a plus d'affaire dans le nucléaire. L'aventure ne sera pas rentable», dit-il en rappelant que les nouvelles normes de sécurité ont fait exploser les coûts de réfection des centrales nucléaires un peu partout sur la planète. Chemin faisant, le coût de chaque kilowattheure d'électricité produit par Gentilly-2 (une fois rénovée) s'élèvera à plus de 12 ¢. «Un non-sens», soutient-il, alors que les Québécois paient en moyenne 7,5 ¢ chaque kilowattheure consommé et qu'Hydro-Québec exporte de l'électricité ces temps-ci à moins de 5 ¢ le kilowattheure aux États-Unis.

Les prix du gaz

M. Bernard soutient que la faiblesse des prix du gaz naturel (issu notamment des schistes aux États-Unis) aura finalement le dessus sur la filière nucléaire chez Hydro-Québec. Les économistes ne s'attendent pas à une remontée des prix du gaz d'ici 10 ans. Selon le professeur, la construction d'une nouvelle centrale au gaz naturel de 600 mégawatts (MW), soit presque l'équivalent de la production de Gentilly-2, coûterait à Hydro-Québec 600 millions $.

«Sur une période de 25 ans, ça veut dire que le coût moyen de production s'élèverait à 6 ¢ du kilowattheure pour une centrale au gaz», a-t-il calculé.

Il faut savoir qu'Hydro-Québec, en raison d'importants surplus énergétiques, verse actuellement 150 millions $ par année à la société albertaine TransCanada Energy à titre de dédommagement pour qu'elle garde fermée sa centrale au gaz naturel de 507 MW à Bécancour.

Hydro-Québec n'a d'ailleurs jamais acheté un électron produit par cette centrale au gaz depuis 2008. Hydro-Québec dit avoir ainsi versé en moyenne 150 millions $ par année à la société albertaine pour suspendre son contrat ferme d'approvisionnement de 20 ans en vigueur depuis 2006. Depuis 2008, la société d'État aura ainsi versé plus de 750 millions $ en dédommagement à TransCanada.

Michel Duguay, professeur titulaire en génie électrique et... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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Michel Duguay, professeur titulaire en génie électrique et génie informatique de l'Université Laval

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Une facture de 4 milliards $?

De son côté, le professeur titulaire en génie électrique et génie informatique de l'Université Laval Michel Duguay croit que le coût minimum de la réfection-reconstruction de Gentilly-2 sera de 4 milliards $.

Le professeur Duguay, farouche opposant à la réfection de Gentilly-2, s'appuie notamment sur un estimé fourni par la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) calculant que les coûts de la filière nucléaire se situent maintenant dans une fourchette de 4500-7500 $US par kilowatt.

En appliquant cette formule de prix au cas de Gentilly-2 (675 MW), les coûts de reconstruction pourraient alors s'élever entre 4 et 6 milliards $.

Le coût de chaque kilowattheure produit par la centrale passerait ainsi de 7,2 ¢ (estimé actuel d'Hydro-Québec) à plus de 15 ¢, précise-t-il.

Difficile à justifier

L'énergie nucléaire serait d'ailleurs «très difficile à justifier», a fait valoir le grand patron du conglomérat General Electric (GE), Jeff Immelt, lors d'une entrevue accordée récemment au Financial Times de Londres.

Le pdg de GE, qui est pourtant l'un des principaux fabricants de réacteurs nucléaires dans le monde, note que l'essor du gaz naturel rend un investissement dans le nucléaire non rentable. «C'est juste difficile à justifier, le nucléaire, très difficile. Le gaz est tellement bon marché qu'à un moment, l'économie décide», a-t-il évoqué au quotidien financier à la fin du mois de juillet.

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