Le dévoilement de l'appareil se fera à Washington à l'occasion d'un congrès réunissant des spécialistes des soins dits au point de service (point of care), c'est-à-dire près du lit du malade ou encore dans le cabinet du médecin. Par la suite s'enchaînera la participation de GenePOC à une série d'autres congrès médicaux d'importance à travers l'Amérique du Nord et l'Europe.
Pour le moment, le fameux microlaboratoire demeure ultrasecret. Lors de la visite effectuée au bureau de l'entreprise, Le Soleil a pu voir le prototype.
«Pas de photo, s'il vous plaît», a demandé le président et chef de la direction, Patrice Allibert.
GenePOC a été fondée par le docteur Michel G. Bergeron, qui est aussi directeur du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval.
En 1995, il avait mis au monde une autre entreprise, Infectio Diagnostic, qui a développé des tests diagnostiques permettant une identification rapide des infections à partir de l'ADN d'un patient en vue d'une intervention immédiate dans le cas d'un résultat positif.
En 2004, Infectio Diagnostic fusionnait avec la société californienne GeneOhm Sciences. Deux ans plus tard, la multinationale Becton Dickinson achetait l'entreprise et investissait 40 millions $ pour construire un centre de fabrication à Québec. Aujourd'hui, BD Diagnostics GeneOhm fait travailler près de 350 personnes dans le Parc technologique du Québec métropolitain.
Il va sans dire qu'Infectio Diagnostic sert de modèle à GenePOC, qui compte cinq employés. La recherche d'un partenaire de l'envergure de Becton Dickinson s'intensifiera au fur et à mesure qu'approchera la commercialisation du microlaboratoire.
Centrifugeuse portable
En lançant GenePOC, le docteur Bergeron voulait rapprocher le diagnostic moléculaire du cabinet du médecin.
Ce dernier n'aurait qu'à prélever un échantillon d'ADN de son patient, à le placer dans l'une des microchambres contenant des produits réactifs d'un disque compact et à introduire ce dernier dans le microlaboratoire - une sorte de centrifugeuse portable - qui, au bout de quelques minutes, fournirait un diagnostic de l'état du patient.
«L'introduction de la technologie dans le cabinet du médecin, ça demeure l'objectif de GenePOC», assure Patrice Allibert en expliquant que la crise économique avait incité l'entreprise à revoir sa stratégie de développement. «Il y a eu une accélération des choses. Le long terme est devenu du moyen terme.»
Des contraintes financières ont fait en sorte que des hôpitaux ont dû réduire des services, notamment ceux de laboratoire.
Peu d'hôpitaux, environ 10 % à 15 %, ont recours à la technologie du test moléculaire. La mise en culture des agents infectieux demeure la façon de faire. «Cultiver des bactéries, c'est long», lance M. Allibert. Avant d'obtenir un résultat, il faut attendre bien souvent jusqu'à 48 heures.
«Pendant ce temps, le patient a eu tout le temps pour infecter l'hôpital en entier. Les établissements n'arrivent pas à combattre les infections hospitalières comme le Clostridium difficile et autres. Avec les contraintes budgétaires qui forcent les administrateurs à regrouper les services de laboratoire, les délais pour la réception des résultats des tests se prolongeront. Ce qui pouvait prendre de 8 à 16 heures prendra dorénavant de 16 à 24 heures. Nous répondons donc à un besoin», affirme le docteur Allibert qui était auparavant vice-président à la recherche et au développement ainsi qu'à l'innovation moléculaire chez BD Diagnostics GeneOhm.
Méningites chez les nouveau-nés
Le premier test qui servira de rampe de lancement pour GenePOC sera utilisé pour détecter des streptocoques du groupe B chez les femmes enceintes pour prévenir les méningites chez les nouveau-nés.
«Actuellement, une femme est testée sept semaines avant l'accouchement», explique M. Allibert. «Si elle est diagnostiquée positive, elle sera traitée. Par ailleurs, il n'est pas impossible que la femme qui a été testée négative sept semaines avant l'accouchement en arrive à développer par la suite le streptocoque du groupe B.
Dans un monde idéal, il faudra repasser le test lors de l'accouchement. Le hic, c'est qu'avec les technologies actuelles de culture des bactéries, il faut attendre huit heures avant de connaître les résultats.
Avec un microlaboratoire installé tout près du lit de la future maman, le résultat sortira au bout de 60 minutes. Il sera encore temps de lui administrer un antibiotique qui circulera dans ses veines pour protéger l'enfant à la naissance.»
Le défi de GenePOC est de mettre au point une technologie peu coûteuse - l'appareil se vendra environ 30 000$ - et facile d'utilisation. «Pas plus compliqué qu'un test de grossesse ou de glycémie», conclut Patrice Allibert.