Achat avorté de Rona: partie remise pour Lowe's

Au pays, RONA détient près de 20 %... (Photothèque le soleil, Steve Deschênes)

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Au pays, RONA détient près de 20 % des parts de marché dans la rénovation-quincaillerie avec ses quelque 800 points de vente.

Photothèque le soleil, Steve Deschênes

(Québec) Ne soyez pas surpris de voir le géant américain de la quincaillerie, Lowe's, revenir à la charge au cours des prochains mois pour mettre la main sur les magasins RONA et Réno-Dépôt. Ce n'est que partie remise.

Mardi, la direction de RONA a repoussé une nouvelle offre non sollicitée de 1,76 milliard $ de Lowe's. C'est la deuxième fois en moins d'un an que RONA refuse une avance du quincaillier de la Caroline du Nord.

En décembre dernier, la direction de Lowe's avait déposé une offre moins intéressante que celle proposée mardi. Aussitôt déposée, la requête avait été aussitôt rejetée par le conseil d'administration de RONA.

Cette fois-ci, la direction de RONA soutient que la nouvelle proposition de Lowe's «n'était pas dans le meilleur intérêt de ses actionnaires». Lowe's a pourtant offert 14,50 $ pour chaque titre de RONA en circulation, soit une prime de 22 % par rapport à son cours de clôture lundi soir (11,87 $) à la Bourse de Toronto.

Titre déprimé

Il faut dire que le titre de RONA est déprimé depuis un certain temps sur les marchés. Outre ses sommets atteints en 2007 (22 $) et en avril 2010 (17,35 $), l'action de RONA a vivoté ces derniers mois sous la barre psychologique des 10 $.

Depuis deux ans, la direction de RONA a surtout peiné à livrer de bons résultats à ses actionnaires en raison notamment de la féroce concurrence dans le secteur de la quincaillerie. Au dernier trimestre, RONA a notamment déclaré une perte nette de 13,3 millions $ tout en annonçant un plan de relance qui prévoit la fermeture de dizaines de magasins grandes surfaces en Ontario.

Pour l'analyste Wayne Hood chez BMO Marchés des capitaux, RONA s'est avérée une entreprise très «marginale» par rapport à sa rentabilité au cours des cinq dernières années, voire sous-performante alors que le secteur immobilier (construction et rénovation) a très bien fait au Canada.

Autrement dit, selon l'analyste, RONA aurait pu faire beaucoup mieux ces dernières années dans le secteur de la quincaillerie où elle n'est plus seule en raison de l'arrivée de féroces compétiteurs. Son titre aussi déprimé a ainsi rendu RONA très vulnérable.

Au pays, RONA détient près de 20 % des parts de marché dans la rénovation-quincaillerie avec ses quelque 800 points de vente. Canadian Tire, Home Depot et Lowe's revendiquent des parts combinées de 27 %. Le reste du terrain (près de 53 %) appartient à des petits marchands indépendants.

Lowe's a les moyens

Reste que la direction de Lowe's n'a pas l'intention de baisser les bras face au refus de la direction de RONA de se laisser courtiser. Si jusqu'à présent les deux offres présentées l'ont été de façon amicale, la prochaine pourrait tout simplement devenir hostile.

Dans ce cas, la direction de RONA n'aurait d'autre choix que de la présenter à tous ses actionnaires. C'est ce que prévoit la législation canadienne en matière de valeurs mobilières.

Le grand patron de Lowe's, Robert Niblock, a fait savoir mardi par voie de communiqué qu'il souhaitait toujours conclure une transaction avec RONA et qu'il étudiait maintenant toutes les possibilités. Lowe's dit avoir l'appui de plusieurs gestionnaires de fonds contrôlant environ 15 % des actions de RONA.

«Nous croyons qu'une combinaison de Lowe's et de RONA est très logique du point de vue des affaires, a indiqué le pdg de Lowe's qui s'est engagé à conserver le siège social de RONA au Québec (Boucherville) et de continuer à acheter à des fournisseurs québécois et canadiens.

Or, plusieurs analystes sont d'avis que d'importantes synergies seront à réaliser au cours des prochaines années si Lowe's devient propriétaire de RONA. «Et dans le commerce au détail, la première catégorie de dépenses où l'on rationalise, c'est du côté des achats», a rappelé mardi le ministre des Finances Raymond Bachand qui connaît bien le secteur pour avoir travaillé pendant neuf ans comme vice-président chez l'épicier Métro-Richelieu.

Le quincaillier Lowe's, qui n'est pas encore présent au Québec, a 31 magasins dans le reste du Canada, alors que RONA détient 800 points de vente d'un océan à l'autre. En comparaison, Home Depot détient 180 magasins en sol canadien.

Lowe's, qui compte 1745 magasins en Amérique du Nord, a déclaré au dernier trimestre un bénéfice net de 527 millions $US sur un chiffre d'affaires de 13,1 milliards $US.

RONA, durant cette même période, a généré une perte nette de 13,3 millions $ sur des revenus de 935 millions $.

Mardi, à la Bourse de Toronto, le titre de RONA (TOR:RON) a terminé la journée en forte hausse (+1,63 $), à 13,50 $, alors qu'à la Bourse de New York, le titre de Lowe's (NYSE:LOW) a perdu 1,49 $US, à 25,37 $US.

Pas dans l'intérêt du Québec, selon Bachand

L'offre amicale déposée par Lowe's pour acquérir le quincaillier québécois RONA a fait réagir la classe politique. Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, soutient que «cette transaction n'apparaît pas être dans l'intérêt du Québec ni du Canada». «Rappelez-vous ce qui est arrivé avec Provigo depuis que Loblaw en est devenu propriétaire», a souligné le ministre Bachand lors d'un point de presse téléphonique.

Se disant convaincu qu'il pouvait envoyer un message clair à la direction de Lowe's, le ministre a rappelé que RONA était un joueur incontournable dans l'économie du Québec en achetant pour 2 milliards $ de biens et services chaque année tout en fournissant tout près de 15 000 emplois directs et 33 000 autres indirects (fournisseurs) aux Québécois. Le ministre Bachand dit avoir donné le mandat à Investissement Québec d'investir directement dans le capital-actions de RONA. «Chose certaine, on ne nationalisera pas RONA», a-t-il précisé.

Important actionnaire de RONA, la Caisse de dépôt et placement a indiqué mardi qu'elle pourrait acquérir d'autres actions de RONA prochainement. La Caisse a notamment acheté dans la journée de mardi 2,4 millions d'actions du quincaillier québécois à un prix moyen de 14,16 $. La Caisse détient maintenant 15 % des actions en circulation de RONA.

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