Marchés obligataires prisonniers des gouvernements

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L'expert Ed Devlin

Louis Tanguay

Louis Tanguay
Le Soleil

(Québec) «C'est juste une autre façon de décrire tout le concept de répression financière [financial repression]!»

Voici la réponse de l'expert Ed Devlin à une question du Soleil, à savoir si selon lui les marchés obligataires sont devenus prisonniers des autorités monétaires et gouvernementales.

Vice-président directeur à Londres pour la firme PIMCO, qui, basée en Californie, est le plus gros gestionnaire de titres à revenu fixe au monde, M. Devlin est passé par la capitale récemment, notamment pour faire une présentation aux membres de l'Association CFA Québec.

Les banques centrales et les gouvernements sont «explicitement en train de garder les rendements obligataires au plus bas pour financer leurs projets» à faible coût, précise le spécialiste.

C'est aussi une façon de forcer les gens à investir dans le marché boursier, dit-il.

Pendant ce temps, la dette des pays à l'économie en émergence devient de plus en plus attrayante pour les gestionnaires de portefeuilles obligataires.

En effet, l'écart des taux des obligations entre les économies émergentes ou développées s'est maintenant rétréci à peu de choses.

Il est notamment possible de trouver des titres obligataires de qualité du côté du Mexique ou du Brésil, par exemple, soutient M. Devlin.

Si le défi pour les pays en développement (notamment la Chine) demeure de se réorienter vers une moins grande dépendance aux exportations et une plus grande consommation intérieure, le chômage y diminue depuis 2009 plus rapidement que dans les pays du G7.

Économie américaine

Une autre condition essentielle à la croissance économique mondiale reste la capacité des dirigeants politiques américains d'éviter la «falaise fiscale» qui risquerait de provoquer en 2013 une contraction de 4,1 % de l'économie des États-Unis.

Celle-ci serait néanmoins avantagée par la demande pour de nouvelles automobiles et la croissance de l'emploi surtout dans le secteur manufacturier, même si l'immobilier contribue faiblement au mouvement à la hausse ou à la baisse.

M. Devlin voit peu de risque de fracture entre les pays de la zone euro.

Son évaluation des dettes souveraines des pays les plus surveillés fait clignoter un feu rouge pour la Grèce, le jaune pour l'Irlande et le Portugal, tandis que le feu reste au vert pour l'Espagne et l'Italie.

Ce dernier pays a d'ailleurs le deuxième marché obligataire en importance de la planète, insiste le spécialiste.

Quant au Canada, selon Ed Devlin, le financement de sa dette profite d'un large apport de capital étranger. À cet avantage, il oppose cependant que cet argent est plus hot ou moins stable que les placements des grandes caisses de retraite nationales.

Le Québec tire assez bien son épingle du jeu avec un taux de financement inférieur à celui de sa croissance économique.

Il ne croit pas que cette hypothèse se réalise, mais il rappelle, à la veille d'une campagne électorale, qu'une reprise du débat sur la souveraineté pourrait poser des problèmes aux finances publiques en réduisant la croissance et en effarouchant les investisseurs étrangers.

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