Un scénario de plus en plus plausible, a prévenu mardi l'agence de cotation Moody's, tout en ajoutant que cela «déclencherait une série de chocs que les responsables politiques ne pourront qu'amortir à un coût très élevé».
Déjà que les avertissements de Moody's ont porté. La possibilité que les cotes Aaa des meilleurs élèves de l'euro (Allemagne, Pays-Bas et Luxembourg) soient rabaissées a soulevé l'indignation. Pour l'heure, seule la note triple A de la Finlande semble préservée de cette décote possible des meilleures économies européennes.
Or, en Allemagne, les voix se multiplient pour une sortie progressive de la Grèce de la zone euro. Les Allemands, déjà très troublés de devoir financer à coups de dizaines de milliards des plans de sauvetage semblant improvisés, ne cachent plus leur jeu.
Mardi, c'est dans l'entourage même de la coalition de la chancelière Angela Merkel que les appels sont venus. «Si la Grèce ne faisait plus partie de la zone euro, cela pourrait créer de la confiance sur les marchés», a lancé le secrétaire général du Parti libéral-démocrate (FDP), Patrick Döring, dans une entrevue accordée au quotidien Passauer Neue Pressem.
Une idée avancée il y a quelques jours à peine par le chef de file du FDP, Phillip Rösler, également vice-chancelier et ministre de l'Économie.
Du côté des Finlandais
Les Finlandais aussi semblent convaincus d'une sortie «honorable» de la Grèce. La Finlande, dont l'économie et le système bancaire sont pour l'instant à l'abri de la récession européenne, est même prête à sortir de l'euro plutôt qu'à payer les dettes des autres.
«La Finlande ne s'accrochera pas à l'euro à n'importe quel prix et nous sommes prêts à tous les scénarios, y compris à abandonner la monnaie unique européenne», a fait savoir le ministre des Finances, Jutta Urpilainen, au quotidien financier finnois Kauppalehti.
En Grèce, une délégation est arrivée à Athènes mardi pour évaluer l'avancée des réformes imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE). Le rapport de cette «troïka» servira à débloquer ou non une tranche de 31,5 milliards d'euros (38,8 milliards $) sur le prêt de 130 milliards d'euros (160,2 milliards $) accordé en février.
La Grèce, déjà en retard dans ses réformes, n'est d'ailleurs pas sortie de la récession, a averti mardi le premier ministre, Antonis Samaras. L'économie grecque, en récession depuis cinq ans, devrait reculer de 7 % cette année. La Grèce s'attend à renouer avec la croissance économique seulement en 2014.
Le moindre mal
La plupart des économistes s'attendent d'ailleurs à ce que la Grèce fasse faux bond de ses obligations envers le club des 17. «Si ce scénario semblait impensable il y a quelques mois encore, il ne paraît plus insensé aujourd'hui», a fait valoir mardi l'économiste Matthieu Arseneau, de la Financière Banque Nationale.
Au Mouvement Desjardins, on note que les marchés ne semblent plus croire à un sauvetage possible de la zone euro dans sa forme actuelle. «Ça pourrait créer un dangereux précédent et faire boule de neige. Car après la Grèce, les problèmes de l'Espagne, du Portugal et de l'Irlande demeureront présents», a fait valoir l'économiste Jimmy Jean, qui s'attend à ce que le dossier traîne en longueur.
Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a d'ailleurs répété mardi que l'intégration à l'euro n'est pas un processus irréversible, où l'on entre et l'on sort selon l'humeur du jour.
Reste que la BCE pourrait être appelée de nouveau à la rescousse pour repousser les flammes de l'incendie qui mine la zone euro et qui menace maintenant d'embraser l'Espagne.
Ainsi, dans un effort ultime pour sauver la zone euro de sa dislocation, on croit que la BCE n'aura pas d'autre choix que d'imiter la Réserve fédérale (Fed) des États-Unis en imprimant des euros pour racheter des titres obligataires de banques en difficulté et des titres de dette publique.
«Sans une action vigoureuse de la BCE, la zone euro pourrait bientôt perdre sa capacité à contrôler la panique sur les marchés», a résumé de son côté l'économiste Christian Schulz, de la banque Berenberg, à l'agence Reuters.