Le promoteur Sébastien Leboeuf a l'immobilier dans le sang

Sébastien Leboeuf avec ses fils, Charles-Olivier, 7 ans,... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Sébastien Leboeuf avec ses fils, Charles-Olivier, 7 ans, et Félix, 12 ans, devant l'édifice qui abritait autrefois le Café Bobon. Le promoteur aimerait bien les voir prendre la relève de Leboeuf Société immobilière.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) C'est en travaillant comme serveur au défunt Café Bobon, le resto qu'il a convaincu ses parents d'ouvrir rue Saint-Jean dans les années 90, que Sébastien Leboeuf a amassé les 30 000$ qui ont servi à acheter ses premiers immeubles dans le Vieux-Port de Québec. Vingt ans plus tard, il mène de front trois projets d'écoquartier d'une valeur de 900 millions$.

Le président de Leboeuf Société immobilière était à peine adolescent qu'il savait qu'il ferait carrière dans l'immobilier. La faute de son papa Jacques, agent de la faune, qui possédait quelques immeubles locatifs à Val-d'Or, en Abitibi, où a habité la famille Leboeuf jusqu'en 1989. Petit, Sébastien accompagnait son père dans sa tournée de logements et ses projets de rénovation comme il l'a toujours suivi dans la forêt.

«Si mon père avait été avocat, peut-être que j'aurais été avocat», philosophe-t-il, à la fois conscient et content de cette influence.

À la fin du secondaire, Sébastien s'amène à Québec pour visiter le Séminaire Saint-Augustin, une école privée d'enseignement collégial qui se faisait une spécialité d'accueillir les jeunes des régions. Il va souper dans le Vieux-Québec et tombe amoureux de la ville, dont il n'avait jamais rien vu d'autre que le Château Frontenac en photo. «Il n'y avait pas d'Internet à l'époque!» rigole-t-il.

L'aîné des quatre enfants Leboeuf avait pris la décision de s'exiler quand les médecins diagnostiquent un cancer des os à l'une de ses soeurs. Ses parents quittent l'Abitibi pour la faire soigner à l'Hôpital Sainte-Justine de Montréal, mais ils choisissent Québec pour s'installer.

À peine débarqué, Sébastien arpente les rues de la capitale à la recherche d'immeubles. Il en déniche deux, pas chers, rue Saint-Jean. Son père les achète. Puis il le convainc d'ouvrir un restaurant, le Café Bobon, qui finit par se spécialiser dans les déjeuners. Toute la famille y travaille et habite l'appartement au-dessus.

Après quelques années de ce régime, le jeune homme a assez d'argent pour acheter ses trois premiers immeubles, moitié-moitié avec son père. Il s'agit des 303, 307 et 311, rue Saint-Paul, juste devant l'ancien centre de tri de Postes Canada, où on trouve aujourd'hui des restaurants ethniques. Dans la plus pure tradition familiale, les Leboeuf retaperont eux-mêmes les bâtiments délabrés.

Sébastien est en train de décrocher de l'université, où il s'était inscrit en génie informatique. Son père le charge de dégoter un prêt à son propre nom pour exploiter un pub dans ses nouveaux quartiers. «Les banquiers ont ri de lui», se rappelle Jacques Leboeuf, qui parle de son fils comme d'un homme intelligent et pas stressé. À force de cogner aux portes, le jeunot de 21 ans a fini par trouver du financement. Le pub Bobon roulera pendant deux ans.

Le spot, le spot, le spot

Fin des années 90, Sébastien jette son dévolu sur le quartier Montcalm. Il cogne à la porte de tous les immeubles qui l'intéressent, en achète un par-ci, par-là, le retape, augmente les revenus, baisse les dépenses, puis il passe au suivant. Pourquoi Montcalm? «Mon père m'a toujours dit: "Le spot, le spot, le spot." Au Monopoly, j'achetais toujours Avenue du Parc.»

Suivra un complexe de 72 logements, puis un autre de 24, dans Sainte-Foy. Sébastien s'occupe de la gestion. Son petit frère devenu grand, Jérémi, s'occupe de l'entretien et des rénovations. Il est aujourd'hui directeur des opérations de Leboeuf Société immobilière.

En 2004, tanné de la routine des petites annonces, des baux et des chèques de loyer, Sébastien vend une partie de ses propriétés et se met à acheter des terres à bois dans le secteur de L'Ange-Gardien. Il approfondit ses connaissances de la forêt, s'achète une débusqueuse et va bûcher tous les matins avec un «vrai bûcheron». Il revend le plus beau du bois franc à des industriels et livre lui-même le reste en bois de chauffage pendant une année «presque sabbatique».

«Ce n'était pas une business florissante comme l'immobilier, mais c'était ben l'fun», se souvient-il. Le désormais père de famille en profite pour acheter, par les soirs, beaucoup de terres forestières dans le même secteur, terres qu'il possède encore aujourd'hui et qu'il transforme en pourvoirie.

Des points rouges sur la carte

En 2005, Sébastien Leboeuf décide de devenir promoteur. Il consulte le plan métropolitain d'aménagement et de développement de la Communauté métropolitaine de Québec pour voir quels secteurs sont prêts pour le développement résidentiel. «C'était facile: il y avait des points rouges sur la carte.» Le secteur de Charlesbourg attire son attention. Il vend ce qui lui reste dans Montcalm, passe à la banque et achète des terrains d'une valeur de 2,2 millions$ dans le prolongement de la rue des Platanes, qu'il tapisse de maisons unifamiliales.

Il réalise ce projet avec CRD Construction, une entreprise familiale où tout le monde va à la chasse et à la pêche, comme chez les Leboeuf. L'allié de la première heure est encore dans le décor, puisqu'il travaille sur les projets Silva à Lac-Beauport et Quartier 40 à Stoneham. Jean-François Castonguay, président de CRD, parle de son partenaire d'affaires comme d'un gros travaillant, «un gars qui rentre dans le tas, dynamique, qui a des fois de la misère à retenir ses mots».

La prochaine grosse bouchée, c'est Rivière-des-Roches, un ensemble résidentiel qui vaut son baptême médiatique à Sébastien Leboeuf. En 2009, des arbres sont coupés sans permis. Des citoyens s'en plaignent; des délais s'en suivent. Les acheteurs sont furieux, certains demandent remboursement.

Après quelques mois d'attente, le jeune millionnaire se pointe au conseil municipal pour que son projet débloque. «Quand un promoteur décide de déboiser une forêt sans permis, il ne faudrait pas trop qu'il nous pousse dans le dos. Je suis désolé pour les propriétaires, mais on vit en société et il y a des règlements», lui rappelle publiquement le maire Régis Labeaume, impitoyable.

M. Leboeuf parle aujourd'hui de cet épisode comme d'une «étape dure mais bénéfique», où il dit avoir appris à respecter à la fois la réglementation et l'environnement.

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