«Je suis le premier à revendiquer que les gouvernements fassent une bonne utilisation de l'argent que nous leur confions, notamment pour éviter les abus à l'assurance emploi», expose M. El Gaied. «Ce que j'ai lu, par contre, sur la réforme mise de l'avant par le fédéral à l'égard des travailleurs saisonniers m'agace énormément.»
Son entreprise a recours exclusivement à des travailleurs saisonniers. Ils sont plus d'une vingtaine comme Dave Marcoux. «Je commence à la mi-avril et je fais des semaines de travail qui peuvent atteindre 50 heures jusqu'au 1er décembre», témoigne ce colosse qui travaille «au pic et à pelle» depuis maintenant 22 ans. «C'est tough, mais j'aime ça.»
«On commence le matin à 6h et on roule jusqu'à 16h, 16h30», ajoute Guillaume Bédard, qui vit son baptême de feu dans le monde de l'aménagement paysager. «Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne veille pas tard le soir!»
Marc Bolduc, lui, enseigne l'aménagement paysager. Il aime venir se salir les mains et suer à grosses gouttes. «C'est dur, ce que les gars font sur les chantiers. Quand l'hiver arrive, ils ont besoin de temps pour recharger leurs batteries.»
Pour Dave Marcoux, il ne fait pas doute qu'avec les changements annoncés à l'assurance emploi, «il va y avoir une maudite gang qui va partir» pour aller travailler dans les entreprises manufacturières qui offrent, en général, des salaires plus élevés et de meilleurs avantages sociaux.
Cette éventualité fait frissonner Mehdi El Gaied.
Son entreprise fait des pieds et des mains pour garder son monde. Elle a des ententes avec un centre de ski et une entreprise de fabrication de portes et fenêtres pour permettre à ses employés de prolonger leur période de travail. On songe même à faire l'acquisition d'une érablière pour être capable de fournir des emplois 12 mois par année.
«Trouver des jeunes qui veulent travailler fort physiquement en pleine canicule, c'est comme trouver de l'or. Si on veut les obliger à travailler à l'année, ils vont aller voir ailleurs. Des jobs plus faciles que de faire de l'aménagement paysager, il y en a à la pelletée», avance M. El Gaied, qui évalue que ses employés travaillent autant d'heures en sept ou huit mois (1500 à 1600 heures) qu'un employé d'usine en un an (1600 à 2000 heures).