Hier, leur marge de profit s'élevait à plus de 15 ¢ pour chaque litre d'essence produit à partir d'un pétrole de type Brent. Au début janvier, cette marge se situait plutôt à 7,8 ¢.
Chez CAA-Québec, on s'explique d'ailleurs mal ces imposantes marges à cette période-ci de l'année. «Disons qu'il y a matière à poser un tas de questions», signale l'analyste Philippe St-Pierre.
Au Québec, les raffineries d'Ultramar (Lévis) et de Suncor (Montréal) utilisent principalement du pétrole de type Brent lorsqu'elles fabriquent de l'essence. Ce pétrole est importé par bateaux de la mer du Nord et du Moyen-Orient.
Avec la dégringolade de 30 % des cours du pétrole observés ces dernières semaines, force est de constater que les prix de l'essence n'ont pas suivi la même trajectoire à la pompe, baissant seulement de 9 %.
Au début du mois d'avril, le prix du baril de pétrole Brent s'échangeait autour des 125 $US alors que le prix du litre d'essence valait pour sa part 1,42 $.
Hier, le baril de Brent se vendait 95 $US sur les marchés. En suivant cette régression des cours, le prix du litre d'essence ordinaire devrait ainsi se situer autour de 1,18 $ à 1,20 $ à Québec. Ce qui est loin d'être le cas à 1,294 $.
Moins de raffineurs
Il faut dire que l'industrie du raffinage est en pleine mutation en Amérique du Nord. Depuis deux ans, la fermeture de cinq raffineries dans le nord-est du continent et l'arrêt récent de production (temporaire) de deux autres raffineries sur la côte ouest ont mis une pression énorme sur les capacités de production des raffineurs nord-américains.
Conséquence : les prix (voire les marges) évoluent rapidement vers le haut. La capacité de production des raffineurs de la côte est américaine compte pour 40 % de la consommation totale d'essence des États-Unis.
Selon l'analyste Patrick DeHann du site GasBuddy.com, ces fermetures de raffineries ont déjà un effet sur les capacités de production de l'industrie, où un manque à gagner de 90 000 barils d'essence par jour est observé auprès des automobilistes de la côte est américaine.
Pour l'an prochain, les analystes prévoient une offre insuffisante de 180 000 barils d'essence par jour si jamais la pétrolière Sunoco décidait de fermer sa raffinerie de Philadelphie qui produit 335 000 barils par jour.
Très rentables
Cette hausse des marges bénéficiaires au raffinage a d'ailleurs un effet direct sur les prises de profits des grandes pétrolières depuis le début de l'année.
Au Canada, le bénéfice de la pétrolière Impériale a bondi de 30 % au dernier trimestre, à un peu plus d'un milliard de dollars (ou 1,19 $ par action).
La société de Calgary propriétaire de la bannière Esso, qui avait affiché un bénéfice net de 781 millions $ pour la même période l'an dernier, a aussi vu ses revenus avancer de 9 %, passant de 6,9 à 7,5 milliards $.
Chez Valero Energy aussi, société-mère d'Ultramar, les affaires sont bonnes. Au premier trimestre, la société du Texas a rapporté des revenus de 35,2 milliards $US, en hausse de 34 %.
N'eut été de la radiation (605 M $US) d'une de ses raffineries, Valero aurait rapporté des profits nets en forte progression au premier trimestre.
Au premier trimestre de l'année, les raffineurs de la côte est américaine qui s'alimentent surtout avec du pétrole de type Brent (qui coûte plus cher que le pétrole de type West Texas) disent avoir ainsi réalisé un bénéfice d'exploitation par baril raffiné de 6,92 $US, loin derrière les raffineurs du centre du continent nord-américain dont le bénéfice d'exploitation par baril raffiné s'est élevé à 13,80 $US.
Or, les analystes qui suivent les titres des grandes sociétés de raffinage s'attendent à des marges bénéficiaires imposantes d'ici le reste de l'année pour les raffineurs de la côte est.
La raison? La baisse subite des cours du brut devrait permettre à ces raffineurs d'améliorer grandement leurs prises de profits puisque leurs marges bénéficiaires au raffinage se seront grandement appréciées alors que leur coût de production (prix du baril de pétrole) aura chuté.