Rareté, incertitude et encadrement

Louis Tanguay

Louis Tanguay
Le Soleil

(Québec) Pour les petits investisseurs, une des approches intéressantes du marché des actions peut être par l'intermédiaire des sociétés dont ils ont occasionnellement la chance de rencontrer les dirigeants, histoire de mieux comprendre localement les enjeux d'activités qui peuvent et qui devraient, dans bien des cas, avoir une portée globale.

Le problème, c'est la rareté des options.

Le phénomène a été doublement souligné ces derniers jours en commençant par l'économiste Alain Paquet, ci-­devant ministre délégué aux Finances du Québec.

Il s'adressait à une assemblée commune de membres de l'Association des économistes québécois et du Cercle finance à Québec.

Pour l'ensemble du monde des affaires québécois, il regrettait que nos PME soient maintenant moins portées à se financer sur le marché boursier et que beaucoup d'entre elles ne considèrent même pas cette option.

Ce que le ministre appelle des «occasions manquées» pour la croissance des entreprises se traduit par un éventail limité de possibilités pour composer un portefeuille diversifié.

Force est de constater que l'incertitude et la volatilité des marchés financiers, ces derniers temps, ont tout ce qu'il faut pour faire hésiter ceux qui voudraient augmenter cette offre.

Y a-t-il aussi un manque d'information chez les entrepreneurs? Pure coïncidence ou reflet d'une réalité difficile à faire évoluer, des dirigeants de la Bourse de Toronto utilisaient presque les mêmes termes que M. Paquet devant un groupe de chefs d'entreprise réunis dans la capitale quelques jours plus tard.

Louis Doyle, vice-président de la Bourse de croissance TSX, rappelait que, de 49 qu'il était il y a cinq ans, le nombre de sociétés cotées en Bourse dans la région de Québec n'est plus que de 31.

Et, toujours pour la région de Québec, depuis le début de 2012, une seule nouvelle inscription est apparue à la liste des titres négociés à la Bourse de croissance TSX. L'adresse postale est à Québec, mais son téléphone est à Montréal et ses communiqués sont diffusés depuis Calgary.

Dans toute l'année 2011, la liste fournie par la Bourse de Toronto n'inclut qu'une seule nouvelle entrée pour la région, soit la junior d'exploration minière Ressources Monarques, apparentée à Nemaska, une autre société québécoise active dans le même domaine.

En fait, la plus récente arrivée sur le parquet torontois pour une société qui a son siège social à Québec et qui poursuit ses activités dans la région est celle de Innoventé. Cette entreprise d'énergie verte est en train de mettre en place une centrale de cogénération d'électricité à partir de biomasse séchée par un processus microbiologique breveté.

Cet ajout date de décembre 2010.

Pour encourager un plus grand nombre de sociétés à ouvrir leur capital au marché public, le gouvernement du Québec a annoncé dans le dernier budget la création d'un nouveau crédit d'impôt pour couvrir une partie des frais reliés à un premier appel à l'épargne publique.

Cette nouveauté n'a cependant pas retenu l'attention de la demi-douzaine d'experts, financiers, administratifs ou juridiques qui ont participé à l'échange avec les éventuels candidats à une inscription boursière.

Pour sa part, Richard Painchaud, président d'Innoventé, commentait ensuite en privé qu'un tel coup de main (inexistant en 2010) aurait facilité les choses, puisque les dépenses reliées à cet accès à du nouveau capital ont été plus élevées qu'il ne le prévoyait au départ.

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Difficile de parler d'inscriptions en Bourse sans rappeler l'éternel débat sur la responsabilité de l'encadrement du commerce des valeurs mobilières.

On croyait la question close depuis l'avis de la Cour suprême donnant raison aux autorités québécoises et albertaines en jugeant inconstitutionnelle la formule choisie par le gouvernement fédéral pour créer une seule autorité dans ce domaine.

Ottawa parle maintenant de «mettre sur pied un organisme commun de réglementation des valeurs mobilières».

Québec tend la main tout en disant qu'une «délégation de pouvoir» par les provinces n'est pas l'avenue à poursuivre.

Il est possible d'améliorer l'harmonisation déjà en place des règles sans arriver à une uniformisation qui ne tiendrait pas compte de la nature même de marchés qui diffèrent d'une province à l'autre.

Ce qui importe finalement, c'est d'assurer la meilleure protection possible des épargnants et des investisseurs.

Il ne faudrait surtout pas que la querelle revienne devant les tribunaux pendant encore des années.

Citation de la semaine

«Nous sommes convaincus qu'un investisseur bien informé et bien avisé pose les questions pertinentes, comprend ce qui est offert sur les marchés financiers, améliore sa propre sécurité financière, tout comme sa capacité à détecter et éviter les fraudes.»

- Alain Paquet, ministre délégué aux Finances du Québec, responsable de l'Autorité des marchés financiers

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