La Davie vouée à la sous-traitance

Selon le professeur d'économie Yves Bélanger, la Davie... (Photo La Presse Canadienne)

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Selon le professeur d'économie Yves Bélanger, la Davie devrait se ranger derrière l'un ou l'autre des deux chantiers retenus par Ottawa pour la construction de grands navires - Irving Shipbuilding de Halifax (photo) et Vancouver Shipyards (Seaspan).

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Gilbert Leduc

Gilbert Leduc
Le Soleil

(Québec) La sous-traitance. Voilà l'avenir réservé au chantier Davie. Si, évidemment, un nouvel acquéreur finit par se montrer le bout du nez!

«Je ne suis pas trop optimiste pour l'avenir du chantier», laisse tomber Yves Bélanger, professeur en économie politique à l'Université du Québec à Montréal et directeur du Groupe ressource sur l'industrie militaire et la sécurité.

«J'ai l'impression que le sort de Davie s'est joué au moment où il n'a pas été sélectionné pour les travaux de construction de grands navires dans le cadre de la Stratégie nationale d'approvisionnement en matière de construction navale. La meilleure piste qui pourrait s'ouvrir à Davie, ça serait de se ranger derrière l'un ou l'autre des deux chantiers retenus par Ottawa - Irving Shipbuilding et Vancouver Shipyards (Seaspan) - en fonction de ce qu'ils ont à offrir.»

«Il y a définitivement un rôle pour Davie», affirme Terry Liston, major-général à la retraite et ancien dirigeant de la MIL Davie, en vantant les «excellentes facilités» de ce «gros chantier» situé à la porte d'entrée de la navigation continentale en Amérique du Nord.

Il pense, entre autres, aux contrats pour la construction des 116 petits navires d'une valeur estimative de 2 milliards $ qu'Ottawa n'a pas encore attribués et aux travaux d'entretien et de réparation de la flotte. Mais ça demeure des «miettes» par rapport aux lots de 33 milliards $ accordés à Halifax et à Vancouver.

Acheteurs potentiels

Samedi, Le Soleil révélait que le propriétaire de Davie Canada - Upper Lakes - et le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation avaient mis en place un processus afin d'obtenir des propositions d'intérêt de groupes intéressés à prendre la relève du maître des lieux en vue de la relance du chantier. L'identité de la firme qui pilotera la procédure d'appel d'offres devrait être connue d'ici la fin de la semaine.

Le Soleil a demandé à deux spécialistes d'identifier des acheteurs potentiels. Rappelons que deux groupes ont déjà manifesté leur intérêt. Des armateurs étrangers, représentés par Michel Juneau-Katsuya, qui ont une soixantaine de navires à faire construire sont sur les rangs. Le Groupe maritime Verreault est aussi dans le portrait.

Est-ce qu'Irving Shipbuilding ou Seaspan pourraient avoir des visées sur Davie?

«Je doute fort qu'ils veuillent acheter Davie pour accroître leur capacité de production», estime Terry Liston. «Les deux chantiers sont très dépendants de l'appui de leurs gouvernements respectifs qui ont investi massivement pour créer de l'emploi chez eux et non pas au Québec. De plus, ils ne veulent pas être pris avec le chantier. Ça va être plus simple, pour eux, d'accorder des sous-contrats à Davie que de l'acheter.»

Yves Bélanger fait remarquer qu'Irving Shipbuilding, qui vient de recevoir un prêt de 300 millions $ du gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour moderniser ses installations, possède les équipements nécessaires pour réaliser les travaux relatifs aux 21 navires de combat. «Il n'est pas exclu qu'Irving puisse avoir besoin de déménager une partie de sa production à un moment donné. Ce transfert pourrait alors se faire davantage vers les autres chantiers des provinces maritimes plutôt qu'au Québec.»

«Par contre, Seaspan n'a pas les installations les plus spectaculaires», ajoute M. Bélanger. «Il pourrait être intéressé à utiliser la cale sèche de Davie. Par contre, il n'est pas interdit de penser que, d'ici l'amorce des travaux, le fédéral et le gouvernement de la Colombie-Britannique investissent à leur tour au chantier de Vancouver pour ajouter de nouveaux équipements.»

Et sur l'échiquier mondial, de grands constructeurs salivent-ils en pensant à Davie?

Terry Liston et Yves Bélanger en doutent fortement, pour la simple et bonne raison qu'il existe présentement une surcapacité de production à l'échelle mondiale. «Le marché est complètement mort», constate M. Liston en signalant que les revenus des joueurs de l'industrie avaient chuté de 25 % l'an dernier. «Les déboires financiers en Europe et l'augmentation du coût du carburant font en sorte que les armateurs ont de la misère à survivre.»

Pour M. Liston, il serait préférable que le chantier ne tombe pas entre les mains d'étrangers, «mais plutôt de gens d'ici qui ne partiront pas dès l'apparition des premières difficultés».

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