D'un seul coup, l'entreprise se retrouve avec 410 employés, des usines à Vallée-Jonction, à Saint-Apollinaire et à Moorewood et une capacité totale de production de 1,6 million de pieds carrés.
Et, parole d'André Turcotte, la marche triomphale du fabricant numéro un de maisons modulaires usinées au Québec - Pro-Fab en fabrique et en livre 550 par année - ne fait que commencer.
«Par la voie d'acquisitions, comme celle que nous venons de conclure en Ontario, nous allons reproduire partout au Canada le modèle que nous avons réussi à bâtir au Québec depuis notre fondation en 1989», affirme le président de Pro-Fab en entrevue au Soleil. «L'industrie de la fabrication de maisons modulaires au Canada n'a pas encore connu sa période de consolidation. Eh bien, cette consolidation d'un océan à l'autre, c'est nous qui allons la faire!»
André Turcotte trace le profil des entreprises qui sont dans la mire de Pro-Fab qui, pour la septième année consécutive, vient de mériter le prix Choix du consommateur. «Des manufacturiers qui ont une excellente réputation et qui affichent des relations exemplaires avec leurs clients, leurs fournisseurs et leurs employés. Des entreprises qui possèdent de solides équipes de management et qui détiennent un fort potentiel de croissance. Des entreprises qui, aussi, sont rentables», énumère le patron de Pro-Fab, qui prévoit faire des emplettes au Québec, une province qui compte encore beaucoup de joueurs dans l'industrie de la fabrication de maisons modulaires usinées.
Wynnchurch Capital
L'arrivée dans le décor de Wynnchurch Capital a donné des ailes à Pro-Fab, qui compte pas moins de 7000 mises en chantier depuis sa fondation.
En juillet 2010, cette société de capital-investissement de Chicago s'associait avec la direction de Pro-Fab pour faire l'acquisition de l'entreprise. L'apparition de ce partenaire américain qui investit ses billets verts dans les petites et moyennes entreprises manufacturières a permis à l'entreprise québécoise d'aller de l'avant avec son plan d'affaires axé sur l'expansion territoriale. Plutôt que de bêtement intégrer Pro-Fab dans son portefeuille et de lui voler sa personnalité, Wynnchurch Capital en a fait une plate-forme de développement.
Dans l'année qui a suivi l'arrivée de Wynnchurch, qui gère des fonds dont le capital sous gestion dépasse 800 millions$US, Pro-Fab a investi 2 millions$ à Saint-Apollinaire pour se doter d'un centre de recherche et de développement et d'un centre de décoration où les acheteurs d'une maison neuve rencontrent des technologues, des cuisinistes et des designers pour personnaliser leur future résidence.
André Turcotte explique que son entreprise a bien changé au cours de la dernière décennie. Elle est révolue l'époque où le nouveau propriétaire ne recevait que quatre murs, un toit et un plancher. «Maintenant, nous habillons la maison de A à Z. À titre d'entrepreneur général, nous gérons le chantier du début à la fin. Nous nous occupons des fondations, de l'électricité, de la plomberie et la décoration.»
Les préjugés
Si la maison modulaire usinée représente plus de 90 % du marché dans les pays scandinaves et au moins 50 % en Nouvelle-Angleterre et dans l'Ouest canadien, elle ne représente à peine que 14 % du marché au Québec. Un pourcentage qui ne bouge pratiquement pas depuis deux décennies. «Ça veut dire qu'il reste 86 % du marché à aller conquérir. Un beau potentiel!», pousse à la blague André Turcotte en signalant que les préjugés avaient la vie dure. S'il fut un temps où un oeil averti pouvait facilement repérer une maison fabriquée en usine d'une autre plus «traditionnelle», ce n'est plus le cas aujourd'hui.
En raison des conditions climatiques, M. Turcotte estime que la construction hors chantier présente de nombreux avantages : les maisons sont produites à l'abri des intempéries, les processus de fabrication et d'assemblage sont effectués dans des aires de travail spécialisées et contrôlées ce qui permet, selon lui, d'atteindre les plus hauts standards de qualité, tout en optimisant les coûts et les délais de fabrication. Avant que la récession ne frappe sévèrement nos voisins du Sud, Pro-Fab, dont le chiffre d'affaires se situe à environ 125 millions$, réalisait près de 40 % de ses ventes en Nouvelle-Angleterre. Évidemment, le portait a changé depuis 2008. «Heureusement, nous avons réussi à transférer vers d'autres marchés, dont celui de l'Ontario, le volume des ventes réalisées aux États-Unis. Nous ne baissons pas les bras dans le cas de la Nouvelle-Angleterre. Nous avons conservé notre établissement de ventes au New Hampshire. Il y a des signes encourageants que nous percevons. Veut, veut pas, un jour, l'économie américaine va bien finir par se remettre en marche!»