Lors d'un entretien téléphonique, le premier vice-président Déposants et chef des opérations de la Caisse, Bernard Morency, n'a eu besoin que de deux chiffres pour démontrer l'extrême rentabilité de l'investissement chez les fabricants de cigarettes.
«Ce n'est pas un gros investissement, 500 millions$. Mais c'est un gros profit, 200 millions$», a précisé ce haut dirigeant de l'organisme chargé de faire fructifier l'épargne pour la retraite des Québécois. «Est-ce que cela a été payant, l'an dernier? La réponse est oui, énormément.»
Moins de 1 % du «bas de laine»
M. Morency a tenu à mettre en perspective la participation de la Caisse dans un secteur dont les produits sont cancérigènes. Le rapport annuel de la CDPQ signale que le «bas de laine» des Québécois se compose de 73 milliards$ en actions.
Au 31 décembre 2011, 538 millions$ - «c'est moins de 1% du total» - étaient placés chez des cigarettiers. Mais aucune part ne se trouve dans une des filiales canadiennes des multinationales du tabac.
Le vice-président a mentionné que, l'an dernier, ces compagnies ont enregistré une profitabilité «35% plus élevée que les marchés boursiers». Alors que le rendement général pour les actions était de - 4,2% à la Caisse, il s'est élevé à 30% pour le tabac, a-t-il souligné.
Autre nuance, a réitéré Bernard Morency, la CDPQ ne gère pas directement un portefeuille dans l'industrie des cigarettes. La Caisse, a-t-il insisté, n'est engagée dans ce secteur que par «gestion indicielle. Ce n'est pas nous qui décidons» de détenir de telles parts. «Ce sont les déposants qui réclament que nous investissions tant dans les indices» boursiers de référence.
Les porte-parole de la Caisse n'ont jamais nié que le tabac est nocif pour la santé. Le vice-
président a reconnu que le gouvernement du Québec est signataire d'un traité international stipulant que «les organisations gouvernementales et leurs organes ne devraient pas avoir d'intérêt financier dans l'industrie du tabac».
«Lorsqu'il y a [interdiction] légale» d'un secteur d'activité, la Caisse n'hésite pas à respecter un engagement international, a commencé par dire M. Morency. Par le passé, la CDPQ a déjà fourni l'exemple de la fabrication des mines antipersonnel, que des conventions prohibent.
«Mais, pour le tabac, ici et partout ailleurs dans le monde, c'est légal», a plaidé le dirigeant à la Caisse. «C'est le statu quo [sur ces investissements] jusqu'à nouvel ordre. Il y a une réflexion» qui a cours à l'interne, a-t-il nuancé.
Aucun horizon dans le temps n'a été fixé pour une décision, mais il n'est pas impossible que la Caisse en vienne à demander aux gestionnaires de grands portefeuilles institutionnels de leur présenter des indices boursiers ne recelant aucun titre dans le tabac, a-t-il évoqué.
Bernard Morency a soutenu que la Caisse se préoccupe de l'éthique dans sa gestion. En matière d'investissement responsable, «nous avons été des précurseurs, dès 2004», avec une politique qui tient compte «de l'environnement, de l'engagement social et de la gouvernance» dans sa mission de faire fructifier l'épargne de retraite des Québécois.