«Pourquoi simplifier quand c'est si facile de compliquer?»
La boutade entendue il y a des décennies m'est bizarrement revenue à l'esprit en relisant dans une publication spécialisée un article paru il y a plusieurs mois sur l'évolution des fonds indiciels négociés en Bourse (FINB). Pour beaucoup de petits investisseurs, ils sont devenus le meilleur moyen de diversifier leur portefeuille, sans subir l'érosion de leur rendement par les lourds frais de gestion associés à la majorité des fonds communs de placement (FCP souvent appelés fonds mutuels).
À plusieurs reprises lors de rencontres avec des experts, ce thème a été abordé avec, chaque fois, une mise en garde contre les risques de choisir des véhicules de placement dont on comprendrait mal le fonctionnement.
Leur point commun, c'est que l'institution financière construit un panier de titres reflétant un indice.
Le panier en question est vendu en Bourse comme une seule action de société cotée.
Quand il s'agit d'indices de marchés étrangers, l'investisseur doit choisir s'il paye ou non pour couvrir le risque de fluctuation du dollar canadien par rapport à la devise du pays visé. Jusque-là, pas de problème.
Les subtilités les plus difficiles à saisir apparaissent cependant quand le gestionnaire applique à la sélection un filtre ou une stratégie de gestion active; s'il utilise des contrats à terme ou encore un levier financier pour multiplier le rendement (ou la perte).
Pourquoi y revenir? Parce que la semaine dernière j'ai eu l'occasion de participer à un séminaire sur ces outils de placement, organisé à l'intention de professionnels de l'investissement par BMO Fonds Guardian, l'équipe de la Banque de Montréal spécialisée dans les FINB.
La documentation comprenait un aide-mémoire énumérant quelque 175 fonds canadiens à long terme classés selon une vingtaine de thèmes et désignés par des abréviations portant parfois à sourire: de CAB pour des obligations canadiennes à ZUT pour le secteur canadien des services aux collectivités en passant par COW pour l'agriculture mondiale et par GAS pour le gaz naturel.
Trêve de plaisanterie: quatre heures de présentations et de panels par et avec des gestionnaires et des analystes de haut niveau, venant de plusieurs institutions financières. On était bien au-delà du cours Fonds 101. Il n'en fallait pas plus pour se convaincre d'une chose: ce qui paraissait simple au début des années 2000 atteint aujourd'hui un très haut niveau de sophistication.
Le choix de trois indices offert au Canada en 1999 s'est multiplié à plus de 260. À l'échelle mondiale, Pat Chiefalo de la Financière Banque Nationale parlait de 2600 options regroupant 1400 milliards$US d'actif.
Ces derniers jours, il s'est ajouté au moins deux produits nouveaux au Canada.
La popularité des fonds sur indices obligataires s'accroît constamment.
Les Canadiens y ont investi presque les deux tiers des 716 millions$ qui ont gonflé la valeur des FINB au cours du seul mois d'avril.
Dans cette catégorie, l'éventail offert au Canada permet de combiner les échéances longues, moyennes ou courtes, ici et un peu partout dans le monde.
Dans les actions, le spectre est encore plus étendu. Dans la seule sous-catégorie des actions canadiennes de sociétés à grande capitalisation, quatre fournisseurs proposent chacun sa version de l'indice des 60 plus grandes sociétés cotées à la Bourse de Toronto.
Parier par exemple sur la valeur des actions des petites sociétés aurifères? Miser sur une baisse du prix du gaz naturel? Tout ou presque est possible, mais ça exige à tout le moins une bonne capacité à anticiper les tendances des marchés.
Comme le disent plusieurs spécialistes, on peut, en faisant un bon choix d'indices, composer un portefeuille moins volatil et moins risqué que si on se limitait à un petit nombre de titres.
Il faut toutefois prendre garde de ne pas transformer en pur pari spéculatif ce qu'on pourrait percevoir au départ comme une stratégie d'investissement à long terme.