L'économiste Pierre Fortin, professeur à l'UQAM et chroniqueur à L'actualité, ne veut pas être alarmiste, mais il trouve «incontournable» de travailler plus longtemps et d'accroître l'épargne. Sa conférence sur ce thème, organisée hier par le Cercle Finance avec l'Association des économistes québécois, a attiré un nombre record d'experts de diverses disciplines reliées à la retraite.
Même Alban D'Amours, président du comité de réflexion indépendant sur les régimes de retraite formé à la demande du gouvernement du Québec à la fin de 2011, était du nombre. Autour de cet ex-président du Mouvement Desjardins, on trouvait aussi des hauts gradés de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale.
Le problème, dit Pierre Fortin, est que, depuis 60 ans, l'épargne des Québécois a diminué pendant que la durée moyenne de la retraite augmentait de 20 ans (de 5 à 25 ans) et que la vie active, elle, se raccourcissait de 10 ans.
Le professeur est d'accord pour qu'on cherche une façon de forcer les gens à épargner plus, mais il dénonce la façon «catégorique et radicale» choisie par le gouvernement Harper pour faire passer l'admissibilité à la prestation de la sécurité de la vieillesse (PSV) de 65 à 67 ans.
Selon lui, le chef conservateur «s'est tiré dans le pied», car les électeurs, à la prochaine occasion d'aller aux urnes, retiendront non pas la période de transitoire, mais les deux chiffres 65 et 67: «une bombe».
Il faut au contraire inciter les travailleurs à décrocher des «ancrages psychologiques» par lesquels ils fixent leurs objectifs de retraite sur l'âge «minimal» auquel ils deviennent admissibles soit à la PSV, à la rente du Régime de rentes du Québec ou à celle de leur régime d'employeur.
Mais il compare à un «coup de Kleenex» sur les doigts des cotisants les modifications récentes au calcul de la RRQ pour les inciter à recevoir leur rente plus tardivement. Il faudrait plutôt relever progressivement de 60 à 62 ans l'âge d'admissibilité à la rente de retraite de la RRQ.
Si, en 2011, on avait atteint un niveau comparable à celui de l'Ontario, des États-Unis ou de la Suède, pour la participation des gens de 55 ans et plus au marché du travail, on aurait ajouté entre 104 000 et 188 000 personnes à la population active pour un apport supplémentaire à l'activité économique évalué entre 6 et 12 milliards$. Sur ce front, dit l'économiste, il faut éliminer les obstacles.
Génération scolarisée
Et une part de l'amélioration pourrait venir automatiquement du fait que la génération qui suit les baby-boomers est plus scolarisée, ce qui favorise une plus longue participation au marché du travail. Du côté «épargne» de l'équation, le professeur Fortin calcule qu'une cotisation salariale supplémentaire de 7% en moyenne est nécessaire pour que les retraités atteignent à 65 ans un taux de remplacement souhaité de 70% de leur revenu de fin de carrière.
À son avis, l'initiative du gouvernement du Québec d'accélérer dans le dernier budget du ministre Raymond Bachand la mise en place des régimes volontaires d'épargne-retraite (RVER) ne va pas dans une mauvaise direction.
Mais le taux de cotisation par défaut suggéré à 4% n'est pas suffisant pour combler le besoin calculé plus haut. De plus, il craint les désistements permis par la formule annoncée et un déplacement des actuels régimes d'employeur vers des RVER.
Dans une moindre mesure, estime Pierre Fortin, le RVER pourrait détourner une part de l'épargne placée dans les régimes enregistrés d'épargne-retraite (REER). Il rappelle que seulement 12% du potentiel des REER est utilisé.