«Il y a des intérêts potentiels pour nous avec ce projet», a indiqué mardi au Soleil le directeur des affaires publiques d'Ultramar, Michel Martin. La multinationale albertaine TransCanada étudierait actuellement la possibilité d'étendre le réseau de distribution de pétrole des sables bitumineux vers l'est du pays. Le projet de 5,6 milliards$ appelé East Coast Pipeline Project permettrait de transporter plus de 625 000 barils de pétrole par jour vers le Québec (Montréal).
Une fois rendu à Montréal, le pétrole albertain pourrait être ensuite acheminé par le Saint-Laurent (par bateau) à la raffinerie Ultramar. TransCanada parle également de la construction possible d'un nouveau pipeline entre Montréal et Québec. Il faut dire que l'utilisation du pétrole albertain représenterait des économies substantielles pour Ultramar. Pour l'heure, sa raffinerie de Lévis traite du pétrole de type Brent qu'elle fait venir à grands frais par bateaux de l'Europe (mer du Nord), du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Chaque baril de pétrole de type Brent lui coûte ces temps-ci 125 $US.
Or, le pétrole en provenance des sables bitumineux se vend à partir du prix de référence du pétrole de type West Texas. Mardi, le prix du baril West Texas se négociait autour des 104 $US. «Comme n'importe quel raffineur, on a toujours le réflexe de trouver les sources d'approvisionnement les moins dispendieuses», a fait savoir le porte-parole d'Ultramar.
Chaque jour, la raffinerie d'Ultramar traite 265 000 barils de pétrole brut par jour pour fabriquer notamment de l'essence pour voitures et différents types de carburants et de distillats.
Pour la raffinerie d'Ultramar, il est actuellement impossible de mettre la main sur du pétrole de type West Texas, ce dernier n'étant disponible que dans le centre des États-Unis et en > > Alberta. La direction d'Ultramar croit également que l'utilisation du pétrole des sables bitumineux lui permettrait de faire des gains environnementaux importants. «Le pétrole des sables bitumineux, une fois extrait du sous-sol albertain, serait plus léger à traiter pour nous que le pétrole que nous importons en ce moment», a fait savoir Michel Martin.
Projet viable
Pour faire couler le pétrole albertain jusqu'au Québec, TransCanada s'appuierait sur de longs corridors de pipeline déjà construits. TransCanada parle notamment de convertir un pipeline de gaz naturel qui part de l'Alberta et qui descend jusqu'en Ontario. La construction d'un nouveau pipeline serait nécessaire entre Cornwall et Montréal.
Le pipeline existant de gaz naturel serait actuellement sous-utilisé puisque le Québec et l'Ontario consomment davantage ces temps-ci de gaz naturel issu (à meilleur marché) des schistes de la Pennsylvanie. Et tout porte à croire que cette tendance est là pour rester.
Le professeur en sciences économiques de l'Université d'Ottawa Jean-Thomas Bernard est convaincu que le projet de TransCanada verra le jour, et ce, très prochainement. «Ce n'est qu'une question de temps, d'ici quelques années tout au plus», souligne-t-il.
Il rappelle que l'Alberta doit trouver rapidement des avenues pour distribuer son pétrole. Les producteurs de pétrole albertains doubleront leur production d'ici quatre ans. La production quotidienne de pétrole passera ainsi de 1,5 million de barils par jour à plus de trois millions de barils par jour.
Volonté d'Ottawa
Le projet de TransCanada s'inscrit directement dans la volonté d'Ottawa d'encourager de grands projets énergétiques et économiques au cours des prochaines années. Dans le budget fédéral déposé la semaine dernière, Ottawa a dit souhaiter d'ailleurs «rationaliser» le processus d'examen environnemental des grands projets à retombées économiques en imposant la règle d'«un projet, un examen». En clair, le fédéral vise à établir un délai maximum pour effectuer un examen environnemental, entre 12 et 24 mois, selon le type de projet.
Keystone XL
Outre son projet East Coast, TransCanada attend toujours le feu vert des États-Unis pour construire son controversé pipeline Keystone XL, qui ferait couler le pétrole des sables bitumineux vers le sud du continent nord-américain.
TransCanada a aussi un projet, nommé Gateway, de construire un pipeline de l'Alberta vers la Colombie-Britannique. Le projet Gateway est fortement critiqué et contesté en raison de la forte opposition des nations autochtones.