Ce calendrier permet au gouvernement d'assainir ses finances deux ans plus tôt que prévu en novembre dernier, si le contexte économique le permet.
Ce premier budget majoritaire du ministre des Finances confirme le rehaussement attendu de l'âge de la retraite de 65 à 67 ans à partir de 2023.
Cette mesure touchera tous les Canadiens âgés de moins de 54 ans samedi, soit à la fin de l'année fiscale en cours, dans le but de «garantir la viabilité du Programme de la sécurité de la vieillesse», a dit le ministre devant les parlementaires.
Le régime de retraite des parlementaires et des fonctionnaires sera également touché, l'objectif étant d'augmenter leur contribution aux dépens de celle de l'État.
Ce huitième budget de M. Flaherty ne modifie en rien les déclarations de revenus des contribuables et son seul effet à court terme sur les consommateurs se limite à l'abolition de la pièce d'un cent à l'automne.
Le ministre cachait mal sa bonne humeur, en conférence de presse, et disait sa fierté de présenter son plus gros budget depuis 2006, soit un document de 564 pages qu'il décrit comme «très songées et planifiées».
Maintenant libre de ses choix, le gouvernement conservateur amorce en effet une série de changements majeurs sur le rôle et la philosophie du gouvernement.
D'abord, M. Flaherty soutient que la question des transferts vers les provinces est réglée jusqu'à 2024, ce qui rend environ le quart du budget fédéral prévisible, tout comme pour les provinces qui reçoivent cet argent.
Puis il se définit comme un «pragmatique modéré» qui ne pousse pas le conservatisme aussi loin que le voudraient plusieurs de ses partisans.
Mais il veut surtout limiter l'intervention gouvernementale et promet par exemple une refonte totale du processus d'évaluation environnementale des grands projets énergétiques.
Le budget évoque au passage, à titre d'exemple à ne pas répéter, les délais qui accompagnent le projet Rabaska, à Lévis, où il a fallu attendre deux ans pour que commence l'examen fédéral.
Dans un langage pour le moins cru dans un document officiel, le gouvernement estime en effet que «les retards et les tracasseries administratives sont une vraie plaie pour les projets qui comptent peu de risques pour l'environnement».
M. Flaherty fait cependant l'impasse sur la façon d'évaluer ce risque environnemental minime pour éviter ce qu'il appelle «un labyrinthe complexe formé d'exigences et de processus réglementaires».
Ce volet du budget s'inscrit dans la course aux grands projets mis de l'avant dans le milieu des ressources naturelles et énergétiques qui, pour le ministre, «constituent pour notre pays d'énormes atouts au sein de l'économie mondiale».
Le ministre soutient qu'au cours des 10 prochaines années, plus de 500 grands projets d'une valeur totale de 500 milliards$ s'ajouteront à l'économie canadienne.
Tout en promettant de respecter les compétences des provinces, Ottawa s'engage à simplifier le processus d'examen des grands projets, y compris ceux du Plan Nord du gouvernement québécois, «un projet, un examen», a promis M. Flaherty.
Économies de 5,2 milliards $
Sur le plan des coupes budgétaires, le ministre annonce des économies de 5,2 milliards $, soit 6,9 % de l'assiette des programmes visée par le dernier examen gouvernemental.
Ce montant représente moins de 2% des dépenses fédérales prévues en 2016-2017, une fois les compressions actuelles terminées, et forcera l'abolition de 19 200 postes.
Pour le ministre, il s'agit là d'une réduction «modérée et sensée» des dépenses publiques qui proviendront essentiellement, selon lui, de l'élimination du gaspillage lié aux activités internes du gouvernement.
M. Flaherty soutient que le Canada «s'est mieux tiré d'affaire que la plupart des autres pays industrialisés» pendant les années de crise et qu'il est un des deux seuls pays du G7 à avoir récupéré tous ses emplois perdus.
Dans ce contexte, a-t-il dit, «nous n'avons pas besoin de procéder à des coupes draconiennes» comme d'autres pays ont dû le faire, ni de «recourir aux mesures d'austérité radicales» du gouvernement de Jean Chrétien, en 1995.