Hier, des sources proches des compagnies lorgnant les gisements de minerai de la Côte-Nord ont indiqué que le projet suscite une certaine méfiance. Le CN et la CDPQ investiraient 5 milliards$, d'ici 2017.
Une seconde voie ferrée se rendrait à Schefferville et serait prolongée jusqu'à une centaine de kilomètres plus au nord. Le long du trajet, plusieurs firmes mènent des travaux d'exploration prometteurs, tels Century Iron Mines, New Millenium, Champion Minerals, Adriana et Alderon Iron Ore.
Mardi, le pdg de Century Iron Mines, Sandy Chim, a exprimé ses réserves dans un courriel au Soleil. Pour soutenir l'industrie à long terme, le train doit être «un coût [pour] l'industrie plutôt qu'un centre de profit pour des tiers», a signalé l'homme d'affaires, sans dire explicitement que les «tiers» sont la Caisse et le CN. Dans une entrevue parue dans le site Internet du magazine Les Affaires, l'avocat de Century, David Blair, a ajouté que «la position de ma cliente et d'autres minières, c'est qu'elle n'est pas nécessairement en accord de faire affaire avec une compagnie de chemin de fer de classe 1», le CN, de toute évidence. Il confesse que «la mention [du projet] dans le budget a été un peu surprenante». Plusieurs sources ont dit partager cette surprise, même si elles étaient au courant de l'existence des tractations entre le transporteur ferroviaire et la Caisse, dépositaire du bas de laine des Québécois. Les réticences les plus manifestes sont à l'endroit du CN.
«Les mines, c'est une business de logistique, s'est fait dire Le Soleil. Si tu ne contrôles pas les coûts, tu n'es plus compétitif.» Le fait que les deux partenaires nommés dans le budget Bachand semblent s'ajouter au partage des profits agace également.
Des compagnies minières sont en contact pour examiner la possibilité de se doter d'un chemin de fer, à leurs frais. Plusieurs informateurs ont fait remarquer que l'industrie minière a financé elle-même le coût d'une telle infrastructure. C'est ainsi qu'est né l'actuel lien vers Schefferville. ArcelorMittal est propriétaire de son train, pour amener le minerai extrait à Fermont, jusqu'à Port-Cartier.
L'attaché de presse du ministre Clément Gignac (Ressources naturelles) a indiqué que le gouvernement a retenu la proposition du CN et de la Caisse en vue «d'envoyer un message clair pour éviter la multiplication de voies ferrées». Jolyane Pronovost a insisté pour présenter le projet «rassembleur» comme une «initiative privée» malgré la participation de la Caisse de dépôt.
La CDPQ, qui injectera le tiers des capitaux à même les fonds de l'épargne des Québécois, qualifie le projet de la même manière. «C'est privé à 100%», a répondu son porte-parole Maxime Chagnon. «Nous agissons comme un investisseur privé, nous sommes une société d'État complètement autonome face au gouvernement.»
L'alliance avec le CN repose sur le fait que, pour se lancer dans une telle aventure, «il faut un opérateur de classe mondiale». La responsable des communications au CN a renchéri que l'entreprise a l'envergure et l'expérience nécessaires.
Julie Sénécal n'a pas voulu dire si le CN a eu vent des discussions entre les minières pour un projet qu'elles piloteraient.
«Nous sommes heureux que le gouvernement voie d'un bon oeil notre projet», un projet présenté par «un opérateur neutre», pour répondre aux besoins de «plusieurs usagers».