Dans une lettre ouverte, Gérard Bélanger, de l'Université Laval, et Jean-Thomas Bernard, maintenant professeur invité à l'Université d'Ottawa, avancent que le premier ministre Jean Charest se trompe lorsqu'il dit que ce type de contrat pour vendre de l'énergie à la multinationale est rentable.
Les deux experts commentent les propos que M. Charest a tenus le 2 février. Ils reviennent sur une entrevue portant sur «la rentabilité des projets hydroélectriques actuels et à venir [...] où une partie de cette électricité servira à satisfaire» les nouvelles entreprises industrielles, nées du Plan Nord.
Les deux économistes reprochent au premier ministre de confondre coût marginal et coût moyen de la production d'énergie. Le premier concept a trait au prix pour fabriquer l'énergie destinée à de nouveaux utilisateurs. Selon eux, il faut compter 0,10 $ le kilowattheure pour les futures centrales de La Romaine, sur la Côte-Nord.
Le coût moyen, poursuivent les deux experts, prend en compte ce qui sort des centrales, y compris les plus anciennes, et ce qui proviendra de futures turbines. Ce prix est estimé à 0,0214 $/kWh, rappellent-ils.
La semaine dernière, le Parti québécois a critiqué le gouvernement Charest d'avoir accordé à la minière ArcelorMittal le tarif L, dont bénéficient les grands consommateurs industriels d'énergie. Le taux est alors de 0,045 $/kWh.
«Il n'est pas rentable de développer de l'électricité à 0,10 $/kWh pour la vendre à 0,045 $\kWh, laissent tomber MM. Bernard et Bélanger. La moyenne des coûts de l'ancienne et de la nouvelle électricité n'a pas de rôle à jouer dans une analyse de rentabilité.»
Jean-Thomas Bernard a souvent critiqué le recours au tarif préférentiel L pour attirer des entreprises. Le Soleil a publié, en novembre, un article où l'économiste a calculé que le nouveau contrat d'approvisionnement à Aluminerie Alouette, pour un bloc d'énergie de 500 mégawatts, coûtera aux Québécois 174 millions$ par an, pendant 30 ans.
Lors d'un entretien téléphonique, l'ex-professeur au département d'économique de Laval a réitéré que la méthode de facturation de l'énergie équivaut à «exporter l'électricité à travers les lingots [d'aluminium]. C'est plus rentable de l'exporter par des fils».
Mais ce n'est pas non plus un gage de profitabilité, a terminé M. Bernard, en faisant référence au contrat de vente qu'Hydro a conclu avec l'État américain du Vermont. Le prix est de 0,052 $ le kilowattheure, près de deux fois inférieur à la production des nouvelles centrales.