Les compteurs de la colère

Les ratés dans le dossier des compteurs intelligents... (Photothèque Le Soleil)

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Les ratés dans le dossier des compteurs intelligents n'ont pas fini de faire jaser.

Photothèque Le Soleil

Pierre Couture
Le Soleil

(Québec) Chaque petite journée qui passe amène avec elle son lot de controverse dans le dossier des compteurs intelligents chez Hydro-Québec. À un point tel que l'on se demande maintenant si de réelles économies seront réalisées dans ce projet d'au moins un milliard de dollars.

Il faut dire que la crédibilité d'Hydro-Québec à présenter des prévisions réalistes sur ses projets d'investissement en a pris pour son rhume ces dernières années. Les économies potentielles découlant de cet investissement (changement de 3,75 millions de compteurs) viennent d'ailleurs d'être revues à la baisse. À l'origine, la société d'État prévoyait des économies de l'ordre de 300 millions $ sur une période de 20 ans.

Or, comme les nouveaux compteurs ont une durée de vie de 15 ans (comparativement aux vieux compteurs à roulettes durant 25 ans), Hydro-Québec a été invitée à refaire ses calculs par la Régie de l'énergie. Résultat : les économies potentielles sur papier sont passées en quelques mois de 300 à 172 millions $.

Ce n'est pas tout. Car plusieurs experts qui suivent de près le dossier des compteurs craignent maintenant un dépassement de coûts. Pourquoi? Parce que l'un des sous-traitants embauchés par Hydro-Québec pour le changement de ses vieux compteurs à roulettes est Capgemini Québec.

Capgemini Québec est une filiale de la société franco-suisse Capgemini, qui a notamment effectué et supervisé la réforme du nouveau service informatique destinée à la clientèle d'Hydro-Québec.

Ce nouveau système informatique devait d'ailleurs coûter à l'origine 270 millions $.

Vous savez quoi? Les coûts d'implantation de ce système ont explosé (d'au moins 230 millions $), passant à 500 millions $ ces dernières années.

Cette somme de 500 millions $ est d'ailleurs jugée conservatrice (certains parlent plutôt de 600 millions $) par des observateurs qui ont suivi de près le dépassement de coûts de ce projet informatique chez Hydro-Québec. À l'époque, la Régie de l'énergie avait pourtant demandé à Hydro-Québec d'effectuer un suivi serré des échéanciers d'implantation (et des coûts) de ce nouveau service informatique afin d'éviter aux abonnés de la société d'État des hausses sur leur facture d'électricité.

Trois fonctionnalités

Force est de constater qu'Hydro a lamentablement échoué dans ce dossier. Dans ses projections financières, Hydro prévoyait pourtant réaliser grâce aux gains de productivité de ce système informatique des économies variant entre 21 et 24 millions $ par année et de 27 à 30 millions $ par année en frais de service. Rien de tout cela n'est arrivé. Toujours dans ses savantes estimations, la haute direction d'Hydro prévoyait des économies de 80 millions $ et une mise en service à coût neutre.

En 2007, Hydro a été obligée de refaire ses calculs. Pour l'année 2008, l'ensemble des coûts de la division Distribution a augmenté de 39 millions $, dont 34,5 millions $ étaient liés à la mise en service du nouveau système informatique. Une facture qui a évidemment été refilée aux clients d'Hydro en douce.

Mais trêve d'égarement. Car revenons à nos compteurs (et à leurs fonctions). Car dans cet investissement d'un milliard de dollars, Hydro sera limitée à seulement trois fonctionnalités, soit la lecture à distance, la détection de la fraude et le branchement-débranchement. Pour le reste, il faudra payer des surplus pour des options supplémentaires.

Donc, pour les clients qui désireront connaître leur consommation en temps réel sur le Web et mettre en pratique des économies d'énergie, il faudra repasser. À moins que ces infos-clés ne soient fournies qu'en cas de souscription d'un nouveau service payant par la suite. Hydro ne le dit pas.

Radiofréquences nocives?

Les compteurs d'Hydro font également déjà l'objet d'un débat scientifique sur leurs radiofréquences émises. Le collectif Sauvons nos enfants des micro-ondes est d'avis que les micro-ondes émises par ces nouveaux compteurs seront dommageables pour la santé des abonnés de la société d'État.

Selon Hydro, les compteurs émettent environ un demi-kilowatt par mètre carré, entre trois et quatre secondes par jour, lorsqu'ils envoient directement les informations sur la consommation d'un ménage. Des normes qui répondraient à celles dictées par Santé Canada. Mais ce qu'Hydro ne dit pas, c'est que ses compteurs intelligents utilisent des radiofréquences qui viennent d'être classées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la catégorie des produits "potentiellement cancérigènes".

Et comme si ce n'était pas assez, on apprenait la semaine dernière par le journaliste Olivier Bourque de TVA que les nouveaux compteurs d'Hydro, qui doivent servir à un projet-pilote dans la région de Montréal, étaient entreposés dans un immeuble appartenant au clan Rizzuto, lié à la mafia montréalaise. Bref, un dossier décidément parti tout croche qui n'a pas fini de faire jaser les syndicats d'Hydro en cabale avec leur campagne de "compteurs en or".

Mais avant d'aller de l'avant, ce projet d'un milliard de dollars devra recevoir le feu vert de la Régie de l'énergie. À moins que le vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, vienne y mettre son nez. Ce qui ne serait pas une si vilaine idée après tout.

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