Le projet mis de l'avant n'a pas le gigantisme de ses pendants sur la Côte-Nord où, par exemple, ArcelorMittal a annoncé, au printemps, l'investissement de 2,1 milliards $ pour agrandir ses installations du Mont-Wright, à Fermont.
Métaux BlackRock prévoit investir tout de même 600 millions $ dans l'aménagement d'une mine à ciel ouvert et d'un concentrateur de minerai, indique son président, Jean Rainville. Si ses intentions se matérialisent, un peu plus de 150 emplois permanents seront créés. La firme estime que, dans le meilleur des scénarios, les activités pourraient débuter à la fin de 2013.
La compagnie n'est pas cotée en Bourse. L'investissement proviendra strictement de capitaux privés. BlackRock avancera entre le tiers et la moitié de la mise de fonds.
Le reste pourrait provenir des sociétés appartenant à des intérêts chinois. En fait, BlackRock appartient à parts égales à des investisseurs du Canada et de Hong Kong.
La Chine compte de plus en plus dans le secteur minier québécois. Des sociétés de ce pays détiennent plus de 20 % du minerai extrait au lac Bloom, à Fermont. Elles sont parties prenantes de plusieurs projets d'extraction de minerai.
Celui du gisement de Chibougamau, situé à 250 kilomètres au nord-ouest du lac Saint-Jean, est d'ailleurs destiné à prendre la route vers l'Asie. La production serait acheminée vers le port de Québec ou celui de Grande-Anse, sur le Saguenay. Puis elle serait transbordée dans d'immenses vraquiers, en direction de la Chine.
Une entente a été signée, il y a quelques mois, avec un holding de l'empire du Milieu. Une première phase d'exploitation garantirait à ce consortium l'expédition de 2,5 millions de tonnes de minerai de fer par an; ce total pourrait atteindre quatre millions de tonnes.
Le minerai de fer recèle aussi du vanadium, un métal servant dans des alliages pour donner plus de résistance à l'acier. Lors d'un entretien téléphonique, Jean Rainville a indiqué que la Chine ne compte pas moins de 1500 aciéries, dont plusieurs possédent la technologie pour traiter fer et vanadium, ce qui ne serait pas courant.
Le potentiel prometteur du secteur investigué par BlackRock est connu depuis les années 60. La Société québécoise d'exploration minière - la SOQUEM - y a conduit des travaux.
M. Rainville a signalé qu'il devrait avoir en main d'ici un mois l'étude de répercussions environnementales de même que le rapport sur la faisabilité technique du projet. Le feu vert pourrait alors être donné, dès septembre.
L'emplacement examiné se trouve à une vingtaine de kilomètres de Chibougamau - soit à une cinquantaine de kilomètres par la route, puisqu'il faut contourner le grand lac Chibougamau. BlackRock devra dont s'entendre avec les Cris.
Lors d'un entretien téléphonique, la chef du Conseil de bande d'Oujé-Bougoumou a confirmé que les discussions ont débuté il y a deux ans. Louise Wapachee a mentionné que la moitié des postes reviendront à des membres de la communauté autochtone, advenant une mise en production.
Mais la leader crie a insisté qu'elle demeure prudente, en attendant les conclusions des examens d'impact. «Il subsiste des inquiétudes» sur l'impact de l'extraction du vanadium, en matière de santé, a-t-elle mentionné.
Dans l'est du Canada, l'industrie du fer se concentre autour des villes minières de Fermont, au Québec, et de Wabush et de Labrador City, dans le Labrador appartenant à Terre-Neuve. Plus au nord, en territoire québécois, la compagnie IOC (pour Iron Ore Company) a exploité des gisements à Schefferville de 1954 à 1982.
L'année 2010 a atteint un niveau de production record pour le minerai de fer, au Québec. Poussé par la demande de pays qui s'industrialisent, comme la Chine et l'Inde, le prix du fer a pratiquement quintuplé entre 2006 et l'an passé. Selon l'Institut de la statistique du Québec, 17 millions de tonnes de ce minerai ont été extraites des mines québécoises.