Gaz de schiste: la prudence guide Questerre

Le président de la gazière Questerre, Michael Binnion,... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Le président de la gazière Questerre, Michael Binnion, lors de son passage au Soleil

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) Si Lucien Bouchard recomman­de à l'industrie du gaz de schiste de marquer une pause dans ses activités, so be it, dit le président de la gazière Questerre, Michael Binnion. Le scénario est hautement hypothéti­que, mais il reste que le jour où le gaz de schiste québécois sera exploité ne s'approche pas à mesure que le temps passe : au contraire, il semble plutôt s'éloigner depuis quelques mois, a indiqué hier l'homme d'affaires lors de son passage au Soleil.

«On parle depuis un an des conditions préalables pour développer les gaz de shale, et ma lecture de la situation générale au Québec est que ces prérequis sont en train de régresser, pas d'aller de l'avant. Alors avant d'investir de grosses sommes dans un projet, nous pensons qu'il vaut mieux nous concentrer sur ces conditions préalables que sont l'acceptabilité sociale, une nouvelle loi, des services locaux [de forage et de fracturation], et acquérir davantage de données techniques», explique M. Binnion.

L'homme d'affaires dit avoir pas­sé énormément de temps sur la rive sud du Saint-Laurent au cours des derniers mois pour rencontrer la population et les organismes du milieu. Avant la tourmente médiatique que l'on sait, 90 % des résidants acceptaient que Questerre mène des relevés sismiques sur leur propriété, affirme M. Binnion. Mais cette proportion a chuté jusqu'à environ 30 % l'automne dernier - et ces relevés procurent des informations essentielles sur la géologie d'un endroit. Il ajoute qu'en discutant avec les propriétaires, il est possible d'en convaincre de 80 à 90 % de reprendre l'industrie chez elle, mais cela demande pas mal d'efforts.

Ce n'est pas seulement une question d'image publique ou de données géologiques, mais aussi de coûts. «Une équipe de fracturation coûte environ 500 000 $ par jour. Alors je ne payerai pas ce genre de tarif si le risque est trop grand qu'il y ait des manifestants qui s'enchaînent aux installations et qui empêchent l'équipe de travailler», dit M. Binnion.

Services locaux

Mais même avec une meilleure acceptation de la population, l'industrie ne serait pas encore certaine de pouvoir faire de l'argent au Québec, selon le dirigeant d'entreprise. Son puits de Saint-Édouard, dit-il, est celui où les volumes de gaz sont les plus élevés parmi tous ceux qui ont été forés dans la Belle Province (à part peut-être celui de Leclercville, dont les résultats ne sont pas connus), laissant entrevoir une production totale d'environ 2,5 milliards de pieds cubes de gaz (Gpc).

«C'est encourageant, mais nous devons essayer de l'accroître [... et] ce n'est même pas proche de passer le test de la commercialisation», commente M. Binnion. Au cours actuel du gaz naturel, ces 2,5 Gpc signifient des revenus de l'ordre de 10 millions $, alors que le puits a coûté 15 millions $ à construire - soit trois fois plus qu'en Pennsylvanie et en Colombie-Britannique. Et encore, cela ne compte pas d'autres dépenses comme les royautés.

Pour abaisser le coût de construction des puits, l'industrie compte en bonne partie sur la naissance d'un secteur local de services de forage et de fracturation, de manière à ne pas avoir à déplacer main-d'oeuvre et équipement sur de longues distances. «Juste pour amener une foreuse de l'Alberta, ça coûte 1 million $. [...] Si nous n'avons pas de services locaux, ce n'est pas jouable», dit M. Binnion. Mais on est encore très loin du compte. Pour faire travailler une équipe de fracturation à temps plein pendant une année, il faut forer entre 30 et 50 puits, estime M. Binnion, qui dirige également une entreprise de forage. «Alors on parle d'une décision d'affaires d'un demi-milliard de dollars.» Et sans acceptabilité sociale, le risque est trop grand.

Devant le tollé des derniers mois, d'ailleurs, Questerre a décidé en janvier de repousser à une date indéterminée des projets de levés sismiques et de construction d'un gazoduc qu'elle avait à Saint-Édouard. Le temps de travailler sur «les prérequis».

Et si le nouveau président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, Lucien Bouchard, con­cluait (hypothétiquement) qu'il n'y a pas moyen d'éviter un moratoire pour calmer la grogne? a demandé Le Soleil à M. Binnion. «Eh bien, si c'est la bonne solution, je dirais que nous avons déjà tout arrêté en ce moment et que nous n'aurons qu'à attendre encore.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la liste:248:liste;la boite:268:box

En vedette

  • La route des jardins

    Courez la chance de gagner un certificat-voyage VIA Rail pour deux personnes en première classe... »

  • Notre Québec

    Participez et courez la chance de gagner l'un des 3 forfaits golf inoubliables au Château... »

Précédent

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Les plus populaires sur Auto

image title
Fermer