Conseil de l'industrie forestière du Québec: changement de ton

Au fil de sa carrière, André Tremblay a,... (Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

Au fil de sa carrière, André Tremblay a, entre autres, négocié des con­ventions collectives et travaillé dans le domaine de l'arbitrage. Il remplace le coloré politicien Guy Chevrette à la tête du CIFQ.

Le Soleil, Patrice Laroche

Le Soleil

(Québec) André Tremblay s'assoit dans le fauteuil de pdg du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) avec la volonté de rétablir les ponts avec les écologistes, mais aussi avec les fonctionnaires.

Le changement de garde au poste de grand patron du Conseil de l'industrie forestière du Québec se traduira par un changement de ton.

Guy Chevrette, un politicien dans l'âme, au langage coloré et à l'esprit batailleur, a cédé, à la fin de 2010, les rênes du CIFQ à André Tremblay, un avocat spécialisé dans le droit du travail, porté sur la conciliation.

M. Chevrette avait accédé à la direction de l'organisme, en 2005, lorsque ce secteur économique est entré dans une de ses pires crises. Auparavant, Guy Chevrette avait notamment passé 25 ans (de 1976 à 2001) à l'Assemblée nationale, à titre de député de Joliette et ministre responsable de plusieurs portefeuilles.

Au fil des ans, M. Tremblay a, entre autres, négocié des con­ventions collectives et travaillé dans le domaine de l'arbitrage. Il a eu quelques mandats pour représenter l'État lors de tractations sectorielles avec les agents de la faune ou encore les infirmières.

Depuis 2004, il était directeur général de Produits forestiers Saguenay, une filiale d'AbitibiBowater. Il était d'ailleurs directeur des relations de travail pour le secteur Forêt et scieries pour l'entreprise lors des négociations qui ont diminué de 11 % les salaires.

À sa première entrevue au Soleil, le président et directeur général du CIFQ a affiché une attitude différente de son prédécesseur par rapport au nouveau régime forestier dont le Québec sera doté, en 2013.

M. Chevrette s'était élevé avec véhémence contre certains aspects. Il décriait les dispositions qui visaient à déposséder, selon lui, les industriels de la gestion de leurs territoires de coupe, dispositions qui présageaient de l'embauche de centaines de fonctionnaires, dénonçait-il.

L'analyse est rigoureusement exacte «si on regarde la loi, telle qu'elle est écrite, a répondu M. Tremblay. Mais, cela dit, quand on travaille sur les comités [avec les hauts fonctionnaires] pour voir comment tout ça peut s'articuler dans la réalité, on voit que c'est un gros contrat de donner l'ensemble des responsabilités» du privé aux employés de l'État.

«La volonté politique n'est pas là», croit-il. D'autant que les leaders régionaux ont beaucoup insisté sur la nécessité de régionaliser ce qui découle du régime forestier, a-t-il ajouté. De ses tractations avec les fonctionnaires et politiques du ministère des Ressources naturelles, il retient l'impression que «nous en sommes à cerner la grandeur de nos carrés de sable respectifs.

«Notre principal souci est de ne pas augmenter nos coûts et mettre en péril notre compétitivité, a expliqué le pdg. Je pense qu'à un moment, le ministère va arrêter. C'est cette ligne» de démarcation que le Conseil et le ministère sont à tirer.

Les relations entre Guy Chevrette et les verts ont été houleuses. Là aussi, le climat devrait changer. Parce que le contexte, lui, a changé, a soumis André Tremblay.

Guy Chevrette est arrivé en scène non seulement sur fond de crise économique, mais aussi en pleine controverse environnementale, a rappelé M. Tremblay. La sortie du documentaire L'erreur boréale et les «attaques de Greenpeace» ont amené l'ex-politicien «à faire ce qu'il avait à faire, défendre nos pratiques forestières sur toutes les tribunes». Dans cette confrontation, l'industrie avait été laissée à elle-même, même si la forêt appartient à l'État, a relevé André Tremblay.

Depuis, a-t-il repris, les grandes compagnies forestières et les grou­pes environnementaux majeurs du Canada ont «signé l'Entente boréale», une «entente unique au monde», qui balise l'exploitation de la forêt. Le CIFQ continuera de rencontrer les groupes écologistes pour comprendre leurs revendications, a poursuivi le porte-parole de l'industrie.

Attirer les jeunes

Les cinq longues années de remous économiques, qui ont provoqué la perte de plus de 18 000 emplois dans les usines transformant le bois, incitent André Tremblay à la prudence. «Il faut espérer qu'il n'y aura pas d'autres fermetures.»

Par contre, les temps difficiles ont amené les entreprises à se doter par la force des choses «de structure de coûts relativement compétitive. Chaque entreprise a fait un méchant ménage.

«Tous les coûts ont été examinés [pour] cha­que poste de travail. Les con­ventions collectives ont été rouvertes. Les travailleurs ont fait des concessions importantes. Il s'est fait tout un revirement. Les usines qui tournent actuellement sont en position de continuer de rouler.»

Le secteur névralgique des pâtes et papiers demeure en position précaire. Cependant, a suggéré M. Tremblay, l'avenir est encourageant pour un autre créneau traditionnel du secteur forestier, le bois d'oeuvre.

«Pour le bois de charpente, je n'ai pas peur», a lancé le pdg. Selon lui, «la courbe démographique aux États-Unis est là» et garantit une reprise à court terme du domaine de la construction domiciliaire.

De plus, un phénomène international nouveau se produit, a-t-il rapporté : la Chine s'intéresse de plus en plus au bois canadien parce que la Russie s'est mise à imposer des quotas sur les quantités de bois qu'elle lui exportait. M. Tremblay a rappelé que les exportations de bois de la Colombie-Britannique vers le marché chinois offriront un nouveau débouché à ce que produisent les usines québécoises.

Le problème n'est pas tant l'avenir de l'industrie forestière que l'image qu'elle projette, a soulevé André Tremblay. «Il faut comprendre que nous allons avoir un moyen problème, tout à l'heure, un problème de main-d'oeuvre.

«Non seulement nous faisons face au problème des baby-boomers qui partent à la retraite, mais nous faisons face à la perception [par les jeunes] qu'il n'y a plus d'avenir dans les forêts. Ce qui fait qu'il n'y a plus d'étudiants en génie forestier, en techniques forestières.

«Les dirigeants de cégep s'arrachent les cheveux», faute de candidats, malgré un «taux de placement de 100 %. Depuis quatre ou cinq ans, on ne forme plus de monde. Nous avons un très sérieux problème. C'est là que le bât blesse. Parce que ce n'est pas une industrie qui est has been, mais qui est prometteuse d'avenir.»

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer