L'amiante, première cause de décès au travail

Comme les cancers liés à l'exposition à l'amiante... (Photo Archives Le Soleil)

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Comme les cancers liés à l'exposition à l'amiante prennent de 30 à 40 ans à se développer, des gens aujourd'hui malades le sont parce qu'ils ont été en contact avec l'amiante voilà de nombreuses années.

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<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) L'amiante représente de loin la principale cause de mortalité au travail pour le Québec. Durant les huit premiers mois de 2009, l'exposition à ce minerai a causé 60 % de tous les décès de travailleurs, actifs ou retraités.

Selon les statistiques de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), 104 personnes ont péri d'un accident de travail ou d'une maladie professionnelle, entre le 1er janvier et le 9 août 2009. De ce nombre, 61 ont perdu la vie à la suite d'une exposition à l'amiante, indique le relevé compilé par la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Ces chiffres effarants se répètent chaque année. Pour la même période, les données de la CSST indiquent que 58 personnes sont mortes, en 2008, et 64, en 2007, d'un cancer du poumon provoqué par l'amiante, de l'amiantose ou de mésothéliome.

Cette dernière maladie est aussi appelée le cancer de l'amiante. Il s'agit d'une pathologie qui s'attaque notamment à l'enveloppe des poumons. Fulgurant, ce mal incurable emporte sa victime en 6 à 18 mois.

Selon Roger Valois, de la CSN, «c'est une grosse année. Nous ne sommes pas rendus à la fin». Le responsable du dossier amiante indique qu'il n'est pas surpris par les chiffres. «Mais ça nous choque. Et il ne s'agit que des cas acceptés, déclarés par la CSST.»

Selon des spécialistes en santé publique, un important contingent de victimes n'apparaît pas dans le bilan. Dans un courriel expédié à Pierre Gosselin, médecin en santé environnementale, Larry Stoffman, du Congrès canadien du travail, avance que le nombre de victimes au Québec devrait être d'au moins 400 morts. Le syndicaliste se base sur les travaux d'un comité mis sur pied en Colombie-Britannique et sur la taille des deux provinces.

Données sous-estimées

En se fiant à des enquêtes épidémiologiques, la Dr Louise De Guire, de l'Institut de santé publique du Québec (INSPQ), évalue que «les chiffres de la CSST sous-estiment la situation». Une des raisons réside dans le fait que le malade n'est pas toujours en mesure de faire le lien avec une exposition à l'amiante, suggère Mme De Guire.

Le cancer prend de 30 à 40 ans avant d'éclater. «Pour un mineur, c'est évident» de savoir qu'il a été en contact avec l'amiante. «Pour un travailleur de la construction, c'est moins évident.» Et pour apparaître dans les statistiques, encore faut-il «avoir l'énergie de soumettre un dossier à la Commission», rapporte la spécialiste.

L'extraction d'amiante, qui se concentre dans la région de Thetford Mines, a subi un déclin brutal depuis les années 70. La prévalence des maladies associées au minerai, elle, s'est déplacée de la catégorie de mineurs vers celle des travailleurs de la construction.

De 1998 à 2003, révèle une étude de l'INSPQ, 55 % des décès découlant d'une exposition à l'amiante ont été le fait d'ouvriers de la construction et de travailleurs en entretien ou en rénovation. La proportion de mineurs a été de 23 %.

À la CSN, qui a lancé les chiffres à l'occasion de la Semaine de la santé et sécurité au travail, M. Valois reproche à Québec de ne pas dire «où il en a mis, de l'amiante» dans les édifices et infrastructures. Le leader syndical est convaincu qu'il y en a dans la tuyauterie de tous les hôpitaux.

Difficile à identifier

Dans un autre rapport, daté de 2005, l'Institut de santé publique relève «les problèmes d'identification des matériaux contenant de l'amiante dans les édifices publics». Il signale «le non-aboutissement des démarches visant à assurer la traçabilité des édifices publics et privés contenant de l'amiante».

Porte-parole de la CSST, Pierre Turgeon confirme le lourd bilan, en termes de morts. Il indique à son tour que «les employés de la construction sont davantage à risque parce que trop souvent, ils ne savent pas qu'ils travaillent avec de l'amiante».

Le syndicaliste Roger Valois donne l'exemple d'ouvriers qui s'apprêtaient à scier le ciment d'une section du boulevard Métropolitain, à Montréal. Il n'a jamais pu savoir du gouvernement s'il y avait de l'amiante dans le tronçon de route. Or, de tels travaux dégagent beaucoup de poussière, et l'amiante n'est toxique qu'en inspirant des fibres du minerai.

Roger Valois insiste que la CSN tente depuis un bon moment d'obtenir une certification pour des entrepreneurs qui se spécialiseraient dans l'enlèvement de l'amiante.

«Ça n'avance pas du tout», fulmine-t-il au sujet des travaux en cours à la CSST pour définir une accréditation qui exigerait formation et équipements particuliers. «C'est un comité de tournage en rond!»

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