«On remarque que les détaillants de Québec ne se battent plus pour aller chercher de nouvelles parts de marché. C'est déplorable», souligne Sophie Gagnon du CAA-Québec.
Pas de compétition, pas de meilleurs prix. À l'évidence même, le marché de l'essence de la capitale serait loin d'être actif. «C'est un marché passif», note George Iny, le président de l'Association pour la protection des automobilistes (APA).
Selon ce dernier, l'uniformité des prix de l'essence à Québec soulève d'ailleurs de sérieuses interrogations. «C'est clair que si un détaillant de Québec décidait de baisser son prix du litre de 2 ¢, il pourrait faire bondir ses ventes de 30 à 50 %. Pourquoi personne ne le fait?» se demande-t-il.
L'APA déplore d'ailleurs que les marges de profit des détaillants de la région ne reflètent pas celles observées dans le reste de la province. «C'est toujours plus élevé à Québec. Pourquoi?» s'interroge l'organisme.
Ainsi, les prix à la pompe fluctuent rapidement vers le haut lorsque les prix du baril de pétrole connaissent une remontée subite, alors que l'inverse se manifeste très lentement.
Les indépendants jouent le jeu
Chez CAA-Québec, on est d'avis que tout a basculé en 2001 dans la région de Québec. À l'époque, plusieurs grandes pétrolières se livraient une chaude guerre de prix pour gagner de nouvelles parts de marché.
Or, l'Association des indépendants du pétrole (AQUIP) et Pétroles F. Dufresne (stations Eko) ont demandé à la Régie de l'énergie d'imposer l'ajout de 3 ¢ le litre au coût d'approvisionnement de tous les détaillants de la région.
Avec le temps, cette marge de profit est passée de 3 ¢ à près de 8 ¢ à Québec. «Les indépendants jouent maintenant le jeu des grandes pétrolières», fait valoir Mme Gagnon.
Pour l'APA, la situation est drôlement gênante. À l'époque (2001), l'association avait pourtant plaidé en faveur des indépendants du pétrole devant la Régie de l'énergie.
«On se sent un peu trahi, reconnaît George Iny. Car aujourd'hui, on se retrouve devant une industrie qui n'a pas été très fidèle au régime qui a été mis en place. C'est très décevant.»
Le «parallélisme conscient» des pétrolières...
Des prix similaires et des mouvements de prix simultanés ne suffisent pas à répondre à la définition de complot au sens de la Loi sur la concurrence. Il faut faire la démonstration qu'il y a eu entente, signale le Bureau de la concurrence.
La question du «parallélisme conscient» a déjà été testée devant la Cour suprême et a passé la rampe. Il s'agit du principe selon lequel des entreprises d'une même industrie peuvent réagir de façon similaire mais indépendante. La modification de prix d'un vendeur entraîne une réaction en chaîne dans l'industrie. Cela n'est pas illégal.
«Dans le domaine de l'essence, les pétrolières ont des gens sur la route qui surveillent les prix de tout le monde», note Donald Plouffe, du Bureau de la concurrence. «Ça ne prend pas de temps qu'ils font les ajustements. C'est surprenant le nombre de personnes qui peuvent se promener sur un territoire pour surveiller les prix.»
Cartel ou parallélisme conscient, il reste que pour le consommateur, si quelqu'un décide d'amorcer un mouvement à la hausse, le résultat est le même. «Le consommateur va finir par payer plus cher, convient M. Plouffe. C'est difficile de faire la différence.»