L'exportation des produits du phoque fondra de 25 %

Des militants du Fonds international pour la protection... (AFP)

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Des militants du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) ont dressé un phoque gonflable devant le Parlement européen, hier, alors que 550 des 640 députés présents ont voté pour l'embargo de tous les sous-produits du phoque.

AFP

Annie Morin
Le Soleil

(Québec) La fermeture des frontières de l'Europe aux produits dérivés du phoque ne signera pas la fin de la chasse au Canada, mais réduira d'un bon quart les débouchés des exportateurs. 

Le Parlement européen a voté mardi en faveur d'un embargo sur tous les sous-produits du phoque. Cela inclut les peaux et les accessoires de mode, mais aussi la viande, les organes ainsi que l'huile et la graisse, très populaires en raison de leur forte teneur en oméga-3. Exactement 550 députés ont voté en faveur du projet de règlement préalablement négocié par les États membres, 49 se sont prononcés contre et 41 se sont abstenus.

Deux exceptions sont prévues : une pour les communautés autochtones qui pratiquent une chasse de subsistance et une autre pour l'écoulement - sans profit - de petites quantités d'animaux tués pour réguler les populations. Le transit des produits destinés à d'autres marchés, lire l'Asie, sera également permis.

Le projet de règlement, qui doit encore être approuvé par le conseil des ministres de l'Environnement des 27 pays de l'Union européenne, devrait entrer en vigueur au début de 2010, donc avant la prochaine saison de chasse.

Le commerce mondial des produits dérivés du phoque est modeste. En 2007, le Canada en tirait un peu plus de 12 millions $, dont 2,4 millions $ étaient directement reliés au marché européen, qui s'intéresse surtout aux peaux. La Chine et la Russie, qui passe ses commandes par la Norvège, pays exclu de l'Union européenne, sont toutefois les principaux acheteurs de fourrures en provenance du Canada. Les consommateurs asiatiques sont également friands d'huile et de graisse, utilisées comme compléments alimentaires.

Néanmoins, la chasse aux phoques demeure une activité essentielle pour plusieurs communautés côtières, qui y tirent jusqu'à 35 % de leur revenu, selon le gouvernement fédéral.

Réactions

Denis Longuépée, président de l'Association des chasseurs de loups marins des Îles-de-la-Madeleine, où il s'abat environ 20 000 phoques chaque printemps, ne voit pas comment ses collègues et amis pourraient tirer un trait sur la chasse.

«Ces gens-là sont aussi des pêcheurs. Si on laisse la population de phoques augmenter, on va perdre nos stocks de poissons», fait-il remarquer, complètement découragé de l'aspect politique du dossier.

Bernard Guimont, président de Tamasu, seule entreprise de transformation du phoque au Québec, était à Strasbourg, ces derniers jours, pour tenter d'influencer les députés européens. En entrevue téléphonique au Soleil, mardi, il s'est dit «estomaqué» du niveau d'organisation et des moyens financiers des groupes de défense des animaux, qui poussaient pour un embargo depuis des mois, à grands coups de lobbying et de publicité. Selon lui, la proximité des élections au Parlement européen et la sensibilité de l'opinion publique ont grandement influencé le résultat du vote.

M. Guimont est d'avis que «nos propres messages devront être mieux structurés et plus percutants à l'avenir». Car il craint un effet d'entraînement, donc un mouvement de rejet, dans le reste du monde. L'exportateur se désole également de perdre l'accès aux grands designers de mode, qui dictent les tendances à partir de Milan et de Paris. «L'impact est difficile à chiffrer, mais il y en a un, c'est certain.»

M. Guimont ne s'inquiète cependant pas trop pour son entreprise, puisque la majorité de ses clients se trouvent en Asie. En période de pointe, une vingtaine de personnes travaillent à la première transformation des peaux de phoques aux Îles-de-la-Madeleine.

Les plans d'une usine de transformation, devant se spécialiser dans le traitement de la graisse et de l'huile, sont prêts. Les dirigeants de Tamasu décideront au cours des prochains mois s'ils vont de l'avant avec la construction, mais il est clair qu'ils fondent beaucoup d'espoir sur le marché des oméga-3 et celui des valves du coeur, qui pourraient éventuellement être implantées chez les humains.

Victoire

Les groupes de défense des animaux, eux, ont crié victoire toute la journée de mardi. Christophe Marie, coordinateur du bureau de protection animale de la fondation Brigitte-Bardot, a confié au Soleil depuis Strasbourg être «content que la voix des citoyens européens ait enfin été entendue».

Olivier Bonnet, directeur canadien du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), a pour sa part fait valoir que le travail de lobbying entamé il y a 40 ans n'était pas terminé. Son organisation compte maintenant mettre de la pression sur le gouvernement canadien pour qu'il abandonne la chasse complètement, d'autant que l'embargo européen «nous laisse supposer que le marché va s'effondrer», insiste-t-il.

 

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