Les maires canadiens pour les péages sur les routes

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Il existe un seul pont à péage au Québec, entre Laval et Montréal.

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(Québec) Un pont à péage? Une route à péage? Au Québec, où le contribuable déjà lourdement taxé s'attend à rouler gratuitement, l'idée est une aberration. Il existe un seul pont à péage au Québec, entre Laval et Montréal, et la levée de boucliers devant le péage que le fédéral veut imposer sur le pont Champlain montre à quel point il peut être coûteux, politiquement, de faire payer les automobilistes. Or à l'autre bout du pays, presque tous les maires de la région de Vancouver viennent de s'entendre pour faire exactement cela...

Au début du mois, presque tous les maires du grand Vancouver (21 sur 22) ont approuvé un plan de développement des transports pour les 30 prochaines années. Plusieurs des mesures proposées sont des sortes de «figures imposées» pour les exercices du genre : service de bus amélioré, nouvelles lignes de métro et de train léger, pistes cyclables allongées, etc. Mais curieusement, ces mêmes maires, ces mêmes élus qui habituellement fuient les annonces de nouvelles taxes comme la peste, ont du même souffle appuyé un péage pour un nouveau pont ainsi que des formes à définir de road pricing.

Seul le maire de Burnaby, une banlieue collée sur Vancouver, s'est prononcé contre la «vision» à long terme de ses collègues. Tous les autres - dont plusieurs villes de banlieue, milieux pourtant traditionnellement opposés aux routes et aux ponts à péage - l'ont approuvé.

À l'heure actuelle, seulement deux ponts de la région imposent un péage, contre une dizaine qui sont gratuits. Et encore, l'un d'eux, le Port Mann Bridge, qui traverse la rivière Fraser en banlieue de Vancouver, a vu sa fréquentation diminuer de 20 % en début d'année quand son tarif a été doublé au 1er janvier 2014, passant de 1,50 $ à 3 $ le passage. Pour savoir quelle mouche peut bien avoir piqué tous ces élus, Le Soleil a donc posé quatre questions à l'un d'entre eux, Richard Stewart, maire de Coquitlam, une bourgade de 135 000 habitants dont la moitié ouest est essentiellement une banlieue de Vancouver.

Q : Pourquoi vous, des élus, avez décidé de proposer des péages, malgré les risques politiques évidents que cela comporte? Le trafic est-il si terrible à Vancouver?

R : Ce n'est pas que le trafic est lourd, c'est qu'en ce moment, nous avons des mesures d'utilisateurs payeurs, mais seulement sur deux ponts. Donc, les habitants de certaines villes payent significativement pour les routes, tandis que les autres ne paient rien. Nous devons trouver d'autres sources de revenus pour nos transports en général [...] et les maires jugent que les taxes sur la propriété, qui sont notre seul outil fiscal, ne peuvent pas le soutenir. [...] Donc, nous cherchons d'autres avenues qui pourraient, en même temps, envoyer un signal de prix au public à propos des choix que nous faisons.

Q : Et c'est habituellement à ce moment que la banlieue se rebiffe, disant être suffisamment taxée. Le maire de Burnaby a d'ailleurs rejeté le plan commun. Quelle est la réaction dans la partie banlieusarde de votre ville?

R : Eh bien, dans la région, il y a essentiellement trois villes, Vancouver, Burnaby et New Westminster, qui ont déjà un excellent système de transport en commun. Burnaby a plus d'arrêts par habitant que n'importe quelle autre ville des environs. Alors, c'est facile, quand vous êtes déjà bien desservi, de dire que vous ne voulez pas payer pour améliorer le transport en commun.

De la même façon, à Vancouver, ils ont un bus toutes les 15 minutes dans les deux sens tous les quatre pâtés de maisons. Nous, à Coquitlam, on a des lignes espacées par un kilomètre, et les bus passent toutes les heures. Alors, notre communauté est prête à investir là-dedans. Nous avons un SkyTrain qui entrera en opération en 2016, après 25 ans d'attente, mais il ne pourra vraiment être utile que si nous avons des trajets d'autobus qui s'y rendre, parce qu'on ne peut pas faire assez de places de stationnement pour tout le monde.

Q : Quand même, vous devez bien avoir des automobilistes, à Coquitlam, qui ne voient rien de tout cela d'un bon oeil...

R: Oui, c'est vrai. La plupart de notre monde se déplace en voiture. Alors, nous devons trouver un équilibre entre cette réalité, où la majorité des automobilistes resteront dans leurs véhicules, et le besoin d'améliorer le transport en commun et les routes. On n'a pas le choix, notre population augmente. Alors, ce que nous disons au public, c'est ceci : ou bien nous mettons des centaines de millions de dollars dans le transport en commun, ou alors nous devons mettre des milliards de dollars, pour élargir les routes et construire plus d'autoroutes, à la manière de ce qui s'est fait à Los Angeles.

Q: Quelles formes ces péages pourraient-ils prendre?

R: Comme nous avons déjà deux ponts à péage, les discussions ont beaucoup tourné autour de : au lieu de demander 3 $ par passage sur deux ponts, pourquoi ne pas faire payer 1 $ par passage sur tous les ponts de la région et ainsi répartir le fardeau. Mais cela créerait sans doute d'autres problèmes. Cela ferait payer les gens de la rive sud plus que les autres. À Burnaby, ils n'ont pas eu à débourser un cent pour avoir leurs transports en commun. À Surrey, ils ont besoin d'allonger la ligne de train, alors ils seraient sans doute prêts à payer pour ça, mais il faut que ce soit juste. [...] C'est une région compliquée, 1,5 million de personnes réparties dans 22 villes.

En plus, un des ponts qui mènent à North Vancouver et West Vancouver [le Lion Gate Bridge, qui traverse la baie Burrard, dans le Pacifique, NDLR] a été construit il y a longtemps par la famille Guinness qui voulait développer ses propriétés de West Vancouver, et ils ont imposé un péage pour se rembourser. Alors, les gens de West Vancouver ont déjà payé pour leur pont, et si vous leur demandez maintenant de payer ne serait-ce qu'un dollar par passage pour payer les ponts des autres, ça va crier. Ce n'est vraiment pas simple.

Nous regardons aussi d'autres options, comme une taxe sur le carbone. C'est d'ailleurs une des principales recommandations : trouver un mécanisme qui payera pour les infrastructures tout en diminuant notre empreinte carbone.

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