Le MTQ largué par des déneigeurs

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Cette année, dans la Capitale-Nationale, cinq des six contrats susceptibles de se poursuivre n'ont pas été renouvelés par les sous-traitants.

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(Québec) Après un hiver difficile, sept entrepreneurs ont renoncé à neuf contrats de déneigement du ministère des Transports du Québec (MTQ) dans les régions de Québec et Chaudière-Appalaches.

Les contrats de déneigement des routes et autoroutes du réseau provincial sont d'une durée d'un an, mais renouvelables pour une à trois années supplémentaires. À la fin de chaque hiver, au plus tard le 30 avril, l'une ou l'autre des parties peut y renoncer sans pénalité. 

Cette année, dans la Capitale-Nationale, cinq des six contrats susceptibles de se poursuivre n'ont pas été renouvelés par les sous-traitants. Ont ainsi été abandonnées les autoroutes Henri-IV et Félix-Leclerc, la route de la réserve faunique des Laurentides, la 138 aussi, de Château-Richer à Petite-Rivière-Saint-François. Dans Chaudière-Appalaches, le score est de trois contrats résiliés sur une possibilité de trois. 

«On ne peut pas présumer des raisons», mentionne Guillaume Paradis, porte-parole du MTQ, puisque les entreprises ne sont pas tenues de se justifier. 

Neige abondante

Des déneigeurs à qui nous avons parlé, mais qui refusent d'être nommés par crainte de nuire à leurs relations avec les fonctionnaires, ont toutefois pointé l'abondance de neige et les nombreux épisodes de gel-dégel dans la grande région de Québec. 

Contrairement à la Ville de Québec, qui ajuste ses tarifs en fonction des précipitations, le ministère des Transports paie un montant forfaitaire, faisant abstraction du nombre de centimètres de neige et de pluie reçus. 

En fait, ce sont les entrepreneurs qui déterminent leur paie lors des appels d'offres publics. Le gouvernement choisit le plus bas soumissionnaire qui se conforme aux exigences du devis. Or, ces dernières années, les entrepreneurs ont eu tendance à soumettre des prix très bas, faisant le pari d'un hiver doux pour remporter la mise. L'un d'entre eux nous a expliqué que c'est un moyen de pallier au ralentissement des activités de construction pendant l'été. 

Ce choix vient toutefois de leur coûter cher puisque les déneigeuses et les saleuses sont sorties beaucoup plus souvent cette année que la précédente. À l'aéroport de Québec, 284 centimètres de neige sont tombés au sol, rapporte Environnement Canada. La moyenne est de 303 centimètres. Les quantités étaient plus importantes en périphérie. Dans la réserve faunique des Laurentides, on parle par exemple de 391 centimètres, soit presqu'un mètre de plus. 

Les deux hivers précédents, les précipitations étaient vraiment sous les moyennes dans la capitale. Et pourtant, selon les témoignages sur le terrain, les profits n'étaient pas au rendez-vous. «On ne peut pas manger de l'argent année après année», dit un interlocuteur qui prédit une hausse des prix. Un autre croit que le gouvernement devrait tenir compte de la qualité des services offerts et pas seulement du prix au moment de choisir ses sous-traitants, car, dit-il, cela a un impact sur la sécurité routière. 

En 2008, des compensations avaient été négociées avec le ministère des Transports pour un hiver hors du commun. Cette année, l'Association des propriétaires de machinerie lourde du Québec (APMLQ) a aidé des membres à rédiger des réclamations ciblées, mais n'a pas encore statué sur la pertinence d'une offensive commune, indique Olivier Dufour, responsable des communications et du marketing.

Surveillants critiqués

La rigueur des fonctionnaires qui surveillent les contrats de déneigement du ministère des Transports (MTQ) fait des mécontents.

Pour Claude Lavoie, propriétaire de Transport Lavoie, dont le siège social est à Beauport, c'est la goutte qui fait déborder le vase. Celui-ci a laissé tomber deux contrats cette année, dont la Réserve faunique des Laurentides où il s'activait depuis plus de 10 ans, et ne fera plus de déneigement pour le MTQ. Ce sont 6,5 millions $ qu'il laisse ainsi sur la table.

«Je suis à bout, plus capable de travailler avec le Ministère», grogne l'entrepreneur, après avoir écopé des pénalités de 30 000 $ cet hiver et de presque 20 000 $ l'hiver dernier. Selon lui, c'est le résultat du zèle des surveillants, motivés par les plaintes des citoyens «qui prennent tout en photo». 

Après l'incident de l'autoroute 13, où des automobilistes sont demeurés coincés pendant des heures les 14 et 15 mars, le ton s'est encore durci et pas seulement dans la région de Montréal, selon M. Lavoie. «Ce n'est pas une impression, ils nous l'ont dit : ils ne laissent plus rien passer», témoigne le déneigeur. 

Dans Le Devoir, la semaine dernière, le directeur général de l'entreprise la plus pénalisée par le MTQ ces deux dernières années, Excavation Loiselle, se plaignait du comportement des inspecteurs, particulièrement dans la Capitale-Nationale. «On n'est pas les bienvenus, je peux juste vous dire ça. Je ne retourne plus à Québec pour faire de la neige», a déclaré Paul Béluse, qui vient de renoncer au contrat des autoroutes Félix-Leclerc et Dufferin-Montmorency à Québec et à Boischatel. 

Pénalités à la baisse

Les données du Ministère révèlent que le nombre de réprimandes avec ou sans pénalité est à la baisse ces dernières années à l'échelle de la province. C'est toutefois dans la Capitale-Nationale que les pénalités ont été - et de loin - les plus importantes en 2015-2016 et 2016-2017, dépassant les 75 000 $ et représentant 30 à 40 % du total provincial. Les montants sont déterminés en fonction des risques pour la sécurité du public, du type de route et du nombre de kilomètres entretenus. 

Le porte-parole du MTQ ne se laisse pas émouvoir par ces blâmes. «On va continuer à surveiller chaque circuit d'entretien hivernal avec rigueur. On va continuer à appliquer les dispositions prévues au cahier des charges et devis généraux pour le déneigement et le déglaçage. C'est un incontournable», a statué Guillaume Paradis en entrevue téléphonique au Soleil.




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