Marie-Clarisse II: en cale sèche faute d'argent et d'amour

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(Québec) Parmi la quarantaine de voiliers qui caboteront jusqu'au port de Québec cet été dans le cadre du Rendez-vous 2017, aucune goélette québécoise n'y jettera l'ancre (*). La Marie-Clarisse II, qui avait été du voyage des grands voiliers de 1984, est en cale sèche faute d'argent et d'amour.

Pourtant, de l'amour, son propriétaire, le Musée maritime de Charlevoix, lui en donne depuis 10 ans. Mais ce n'est pas suffisant, affirme le capitaine Yvan Desgagnés, qui a été président du musée situé à Saint-Joseph-de-la-Rive dans la municipalité des Éboulements pendant 25 ans. 

Depuis 2015, la Marie-Clarisse II ne navigue plus puisque Transport Canada a jugé qu'elle était en trop mauvaise condition pour larguer les amarres. Elle est donc entreposée aux côtés d'autres bateaux sur la rive à l'arrière du musée, autrefois un chantier naval, en attendant de savoir quel sort on lui réserve. 

Et pendant ce temps, Yvan Desgagnés se désole d'être incapable de pavaner la goélette québécoise d'adoption dans le cadre d'un événement maritime international visant à célébrer le 150e anniversaire de la Confédération canadienne, d'autant plus, rappelle-t-il, qu'elle est classée bien patrimonial du Québec depuis 1978. 

Beaucoup moins célèbre que le Bluenose II, Marie-Clarisse II est aussi née en Nouvelle-Écosse en 1923, soit deux ans après la goélette qui apparaît sur les pièces de 10 cents. Elle a été baptisée du nom de son propriétaire, Archie F. Mackenzie, et était destinée à la pêche. Jusqu'au milieu des années 40, c'est chargée de sel qu'elle partait pour de longs voyages avant de revenir remplie de poissons. 

Nouvelle identité québécoise

Lorsqu'elle a changé de mains, la goélette a été convertie en caboteur à moteur par ses nouveaux propriétaires terre-neuviens. Et c'est désormais essentiellement du charbon qu'elle transportait. En 1976, alors qu'elle effectuait un voyage à Beloeil pour aller y chercher de la dynamite, elle se blessa en cours de route, à la hauteur de Montmagny. Amochée, elle finit par sombrer dans le port de Québec. 

Elle renaîtra québécoise puisqu'un Chicoutimien la renfloua pour en faire un navire-école. L'aventure ne dura pas longtemps, mais assez pour donner envie à la famille Dufour de L'Isle-aux-Coudres de la restaurer selon les techniques de l'époque pour qu'elle retrouve sa splendeur et ses voiles d'antan. Le maître-charpentier Paul Mailloux a été le principal artisan de cette importante réparation. 

La cure de jeunesse a été si réussie que le gouvernement de René Lévesque la classa bien culturel. Elle a été rebaptisée Marie-Clarisse II en l'honneur de la dernière goélette construite en 1901 au même chantier de Saint-Bernard-sur-Mer où elle fût restaurée. La nouvelle vie du voilier était consacrée aux croisières aux baleines. En 1984, elle a participé au défilé des grands voiliers sur le Saint-Laurent dans le cadre du 450e anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier.

C'est en 2000 que l'homme d'affaires charlevoisien entre en jeu. Alors qu'il se trouve à son bord, le capitaine et fondateur du groupe Desgagnés remarque que le bateau n'est pas dans sa meilleure forme. Yvan Desgagnés convainc Loto-Québec de l'acheter et de le restaurer une nouvelle fois. Le charpentier Paul Mailloux est encore du coup. Mais la société d'État décide de s'en départir cinq ans plus tard et la vend pour une somme symbolique au Musée maritime de Charlevoix.

Le capitaine Yvan Desgagnés a été pendant 25... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Le capitaine Yvan Desgagnés a été pendant 25 ans président du Musée maritime de Charlevoix, qui est propriétaire de la Marie-Clarisse II.

Le Soleil, Patrice Laroche

Avenir incertain

«On l'a opérée jusqu'en 2015, mais c'était des sorties payantes parce qu'un tel bateau, pour naviguer trois mois, ça coûte jusqu'à 250 000 $ par année», explique M. Desgagnés qui a reçu Le Soleil au Musée de Saint-Joseph-de-la-Rive pour lancer un appel à l'aide afin de préserver la goélette. Sous la gouverne de l'institution muséale, elle a servi de navire-école dans le Saguenay puis a été exposée au bassin Louise dans le port de Québec en 2014. Elle devait y revenir l'été suivant, mais a été freinée par une inspection des agents de Transport Canada qui l'ont mise hors service pour des raisons de sécurité. 

Depuis sa mise en cale sèche, le Musée maritime de Charlevoix a entrepris des démarches auprès du ministère de la Culture pour tenter de la sauver. En septembre 2016, des spécialistes du Centre de conservation du Québec ont inspecté le bâtiment et depuis, M. Desgagnés est dans l'attente. «À la suite de la réception du rapport d'expertise, le Ministère pourra reprendre les discussions avec le Musée maritime de Charlevoix afin de déterminer des pistes pour l'avenir de la MCII», explique la porte-parole Annie Legruiec dans un courriel, sans donner davantage de détails sur la suite des choses.

Cet été, la goélette demeurera donc la cour arrière du musée. «On aurait espéré être à la grande rencontre», soupire Yvan Desgagnés, au sujet de RDV 2017 où une quarantaine de voiliers seront reçus cet été dans le port de Québec pour marquer l'anniversaire du Canada. Mais il consacre désormais toutes ses énergies à tenter de célébrer le propre anniversaire de la Marie-Clarisse II qui pourrait souffler ses 100 bougies dans six ans si le gouvernement du Québec ou un mécène décide qu'elle mérite de lui insuffler une nouvelle vie.

Trois options de restauration explorées

Construite en Nouvelle-Écosse en 1923, la goélette Marie-Clarisse II a été radoubée à L'Isle-aux-Coudres en 1976. Mais curieusement, c'est tout ce qui a été fait il y a près de 40 ans au Québec qui est à changer. 

«Parce que le bois d'épinette rouge et les autres essences qui ont été utilisées ont pourri», explique Yvan Desgagnés, du Musée maritime de Charlevoix. «La partie de 1923, qui est en chêne, est encore correcte», poursuit-il ajoutant que le bois que l'on retrouve dans la province maritime est connu pour sa durabilité. 

Essentiellement, c'est la membrure du bateau, l'équivalent de sa cage thoracique, qui doit être remplacée. L'opération est importante et nécessite que la goélette soit complètement «déshabillée». Pour ce faire, trois options sont explorées, explique M. Desgagnés.

Depuis 2015, la Marie-Clarisse II ne navigue plus... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 4.0

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Depuis 2015, la Marie-Clarisse II ne navigue plus puisque Transport Canada a jugé qu'elle était en trop mauvaise condition pour larguer les amarres.

Le Soleil, Patrice Laroche

La première consiste à refaire le tout avec les techniques de l'époque en allant chercher dans la forêt le bois pour les membrures. «Mais nous n'avons plus les hommes pour faire ça!» Les seules façons d'y parvenir seraient de faire venir la main-d'oeuvre de l'étranger ou encore, d'envoyer Marie-Clarisse II au chantier de la Nouvelle-Écosse où le Bluenose II a été restauré. Dans tous les cas, la facture pourrait s'élever à plus de 20 millions $. 

La deuxième option consiste à utiliser des méthodes modernes, soit utiliser du bois lamellé-collé, pour reconstruire la membrure. Yvan Desgagnés croit trouver facilement l'expertise au Québec, et plus précisément à Trois-Rivières, pour y parvenir. Les coûts avoisineraient 15 millions $. 

Finalement, la troisième option consisterait à faire des réparations beaucoup moins importantes, soit de l'ordre de 5 millions $, pour être capable de garder la goélette dans la cour du musée et la faire visiter l'été. «Mais le but c'est qu'elle retourne à la mer et je crois que c'est aussi ce que souhaite le gouvernement», souligne M. Desgagnés.

RDV 2017: aucun voilier du Québec

«On reçoit sur le Saint-Laurent les grands voiliers du monde, mais le Québec ne sera pas représenté. Pourtant, le pays a été bâti sur le fleuve!»

L'ethnologue maritime, muséologue et auteur Alain Boucher n'arrive pas à concevoir que l'organisation de RDV 2017 ne fera pas honneur au patrimoine maritime québécois lors de son événement où une quarantaine de grands voiliers caboteront le long du fleuve avant de s'arrêter à Québec et Lévis du 18 au 23 juillet. 

Il convient que la province n'en est pas une de «grands voiliers», mais plutôt de plus petites goélettes en bois comme la Marie-Clarisse II ou encore la Saint-André. Or, les deux sont hors d'usage et entreposées au Musée maritime de Charlevoix. La responsable des communications de l'événement, Julie Drolet, confirme d'ailleurs que pour être de la flotte, il fallait que les embarcations soient inscrites à la Sail Training Association, une organisation internationale faisant la promotion de l'éducation des jeunes à bord de grands voiliers. 

Les grands frères

Mais M. Boucher est d'avis que de petites voiles ou encore d'autres embarcations de construction québécoise auraient pu accueillir leurs grands frères dans les eaux de la province. «C'est comme si on recevait les dignitaires de ce monde en pyjama», s'indigne-t-il. 

L'ethnologue natif des Éboulements ajoute que la dizaine de musées maritimes du Québec auraient aussi pu être mis à contribution lors des quelques jours où les mastodontes des mers seront à quais pour tenir des kiosques ou encore exposer l'histoire maritime de la province.

Les étapes du rendez-vous

  • 13 au 16 avril, Royal Greenwich (Royaume-Uni): départ de la course
  • 29 avril au 1er mai, Sines (Portugal): première course
  • 1er au 5 juin, Bermudes: deuxième course
  • 17 au 22 juin, Boston (États-Unis): troisième course
  • 30 juin au 20 août: cabotage, arrêt dans plus de 35 ports canadiens 
  • 18 au 23 juillet: festivités à Québec et Lévis
  • 1er août, Halifax (Canada): quatrième course
  • 31 août au 3 septembre, Le Havre (France) 

*Précision

Dans le texte publié le 14 avril dernier sur la Marie-Clarisse II, Le Soleil écrivait qu'aucune goélette québécoise ne participait au RDV 2017, cette course de grands voiliers qui caboteront dans les eaux du Saint-Laurent en juillet pour souligner le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Or, plusieurs lecteurs nous ont fait remarquer que le voilier-école Roter Sand ferait partie de la flotte. Il est vrai qu'il s'agit d'une embarcation québécoise puisqu'elle a son port d'attache à Rimouski, mais le bâtiment est de construction allemande contrairement à la Marie-Clarisse II ou la Saint-André, toutes deux classées bien patrimonial du Québec, la première en raison de son importante rénovation dans les années 1970 au chantier de L'Isle-aux-Coudres et la deuxième parce qu'elle a été entièrement conçue et fabriquée dans la province. Il y aura donc un voilier québécois qui prendra part au RDV 2017, mais celui-ci n'est pas originaire du Québec, ce que regrettaient nos interlocuteurs dans l'article.  Annie Mathieu 




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