Le danger des marcheurs «zombies»

Le phénomène de marche distraite ou «distracted walking»... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Le phénomène de marche distraite ou «distracted walking» inquiète l'Association américaine des chirurgiens orthopédistes.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Il n'y a pas qu'au Québec que les décès de piétons sont à la hausse. La tendance est la même aux États-Unis et une cause a été identifiée : la distraction des marcheurs accros à leurs appareils électroniques portables.

La semaine dernière, l'organisme à but non lucratif Governors Highway Safety Association (GHSA) révélait que 2660 piétons ont perdu la vie sur les routes des États-Unis pendant les six premiers mois de 2016. En projetant ces statistiques sur une base annuelle, le nombre de piétons tués devrait croître de 11 % par rapport à 2015 et 22 % par rapport à 2014. L'organisme parle d'un sommet inégalé.

Plusieurs causes sont avancées. La reprise économique et les prix relativement bas de l'essence encouragent le recours à l'automobile aux États-Unis. En même temps, de plus en plus de personnes choisissent de se déplacer à pied pour des raisons de santé ou environnementales. GHSA pointe aussi l'utilisation accrue des téléphones intelligents, «une source de distraction mentale et visuelle à la fois pour les marcheurs et les conducteurs». 

Le phénomène de marche distraite ou «distracted walking» inquiète l'Association américaine des chirurgiens orthopédistes. Les médecins américains ont remis de l'avant les résultats d'un sondage récent rapportant que quatre Américains sur dix ont déjà été témoins d'incidents dus à la distraction piétonne tandis que 78 % des adultes considèrent que c'est un enjeu sérieux de santé publique. 

Pour sensibiliser la population et réduire les accidents, les chirurgiens orthopédistes ont lancé une campagne publicitaire mettant en vedette un «zombie digital» qui marche sans avoir conscience de ce qui se passe autour de lui. 

Dr Robert Turcotte, président de l'Association d'orthopédie du Québec, constate lui aussi les effets des appareils électroniques sur les piétons comme sur tous les autres usagers de la route. Au-delà des morts, il y a bien des chevilles et des poignets cassés après une mauvaise chute. 

«Je ne pense pas que les Québécois ou les Canadiens soient plus intelligents ou différents des Américains. C'est une réalité partout où la technologie est disponible», dit l'orthopédiste. «On perd un peu conscience de ce qui nous entoure quand on regarde à terre, les yeux sur son écran.»

Dr Turcotte croit comme ses collègues américains qu'il faut sensibiliser les piétons au danger des textos, car «ils ont une part de responsabilité dans ce qui leur arrive». En même temps, il est un peu fataliste. «Quand c'est rendu que les gens textent en auto malgré des pénalités importantes, je peine à croire qu'on va les convaincre de lâcher leur téléphone quand ils marchent», soupire-t-il. 

Étienne Grandmont, directeur général d'Accès transports viables, conseille lui aussi aux piétons de faire attention, mais il fait valoir du même souffle que les automobilistes qui textent sont autrement plus dangereux «parce qu'ils conduisent une tonne de métal et de verre et ils ont plus de chances de causer des dégâts». 

L'organisme à but non lucratif a d'ailleurs proposé à la récente consultation sur la sécurité routière de déposer des accusations criminelles contre les automobilistes qui causeraient des accidents mortels ou avec blessés graves en raison de l'utilisation du cellulaire au volant, comme c'est déjà le cas pour l'alcool. 

Lourd bilan

Mardi, lors du dévoilement du dernier bilan routier, on apprenait que 63 piétons sont décédés sur les routes du Québec en 2016, une hausse de 40 % en un an et de 8,6 % par rapport à la moyenne sur cinq ans. 

La présidente et chef de la direction de la SAAQ, Nathalie Tremblay, a qualifié la situation de «préoccupante» et «prioritaire». Elle n'était toutefois pas été en mesure d'identifier les facteurs ayant contribué à l'augmentation des décès de piétons. «On n'a pas encore le détail fin», a-t-elle mentionné. 

La haute fonctionnaire n'hésite cependant pas à dire que la distraction - au volant, derrière le guidon ou sur deux pieds - est désormais «un fléau» au même titre que l'alcool au volant ou la vitesse, les deux autres principales causes d'accidents routiers au Québec.

Quelques conseils de sécurité

› Quand vous marchez, soyez attentif aux gens, aux objets et aux obstacles devant et autour de vous.

› Ne circulez pas et ne traversez pas une intersection en regardant votre téléphone ou un autre appareil électronique.

› Traversez aux endroits indiqués, idéalement aux feux de circulation, tout en demeurant conscient du flot de piétons ainsi que des automobiles et des bicyclettes sur la route. 

› Regardez devant vous et non par terre dans les courbes, aux intersections et à l'approche des escaliers.

› Si vous devez parler à quelqu'un, utiliser votre téléphone ou texter, arrêtez-vous et éloignez-vous de la circulation. 

› Si vous utilisez des écouteurs, réglez le volume pour entendre quand même les sons du trafic et des environs. 

Source : Association américaine des chirurgiens orthopédistes




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