Minuit moins cinq pour le pont de Québec

«L'acier perd de son épaisseur, ce qui pourrait... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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«L'acier perd de son épaisseur, ce qui pourrait à courte ou moyenne échéance provoquer un problème de stabilité du pont et donc un danger pour le public, les usagers, mais aussi un problème pour la longévité du pont», a estimé Bruno Saverys, président-directeur général de Zingametall.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Un spécialiste mondial de la peinture et de la corrosion estime qu'il faut lancer les travaux de peinture du pont de Québec d'ici cinq à dix ans, à défaut de quoi les atteintes à la structure seront «irréversibles».

Bruno Saverys a travaillé pendant 30 ans comme assureur spécialisé pour les fabricants de peinture, dont le pire ennemi est évidemment la rouille. Il s'est donc trouvé à gérer les garanties anticorrosion de nombreux ponts, navires, plateformes pétrolières et autres ouvrages en acier.

Aujourd'hui, il est président-directeur général de Zingametall, une entreprise belge qui vend depuis 30 ans un film galvanisant au zinc d'une grande durabilité. Le siège social est situé en Belgique, mais le produit vedette, Zinga, est en vente dans une centaine de pays. 

De passage à Québec à l'invitation d'un de ses distributeurs québécois, Toitures R. Martin, M. Saverys en a profité pour inspecter le pont de Québec. Ce qu'il a vu l'a déçu. «Ouf... ouf... ouf...» a-t-il commencé par soupirer quand Le Soleil l'a questionné. «Il y a à faire. Ce pont est vraiment malade. On voit qu'il y a eu des retouches qui ont été faites, des petits entretiens. Mais moi je dis : ce pont, il a le cancer et mettre un sparadrap sur quelqu'un qui a le cancer, ça ne va pas l'aider.»

«L'acier perd de son épaisseur, ce qui pourrait à courte ou moyenne échéance provoquer un problème de stabilité du pont et donc un danger pour le public, les usagers, mais aussi un problème pour la longévité du pont», a poursuivi l'expert, qui refuse d'envisager la disparition d'une telle «icône». 

Selon lui, le temps presse. «Des petites parties que j'ai vues, je dirais que dans cinq à dix ans, je suis persuadé que certaines parties vont casser. Pour moi, la fenêtre qui reste, c'est d'aujourd'hui à dans cinq ans» pour au moins lancer les travaux, a insisté M. Saverys. 

Celui-ci considère qu'il faut décaper l'acier avec un mélange d'eau et de sable, sous confinement bien sûr pour ne pas polluer le Saint-Laurent. Puis il suggère bien sûr d'appliquer deux couches de Zinga, un produit composé à 96 % de zinc, qui équivaut selon le fabricant à une galvanisation à chaud.

Bruno Saverys, président-directeur général de Zingametall, montre le... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Bruno Saverys, président-directeur général de Zingametall, montre le stade national de Beijing, emblème des Jeux olympiques de 2008, sur lequel son produit vedette a été appliqué. Les intersections peintes avec du Zinga sont intactes, dit-il, mais les poutres peintes avec un produit local sont déjà rouillées.

Le Soleil, Patrice Laroche

Le travail serait fait pour «au moins 20 ans sans maintenance» et après il serait possible d'y aller par retouches, avance M. Saverys. «C'est bien moins cher que de remplacer des poutres à droite et à gauche» comme le fait le CN, assure-t-il. 

Pour l'homme d'affaires, la facture estimée de 400 millions $ pour les travaux de peinture apparaît d'ailleurs un peu salée. Au mètre carré, on parle d'un peu plus de 800 $. «Pour 700 $ le mètre carré, je vous peins le plus beau yacht au monde et ce sont des artisans qui font tout à la main», compare-t-il. 

René Martin, le propriétaire de Toiture R. Martin, croit fermement que le Zinga permettrait de repeinturer le pont de Québec pour moins cher et «ferait une super job». Il compare le produit à de la teinture pour le bois. «Ça rentre dans le métal donc ça n'écaillera pas. Pour faire l'entretien, on met une autre couche par-dessus tout simplement», explique-t-il. «Et en plus le mélange n'est pas nocif pour la santé», souligne l'entrepreneur. 

À Québec, le film galvanisant a été utilisé pour le terminal de l'aéroport international Jean-Lesage. Les ponts Kalvoya en Norvège et Burdekin en Australie, qui peuvent s'apparenter à celui de Québec, font également partie de la longue liste de réalisations de Zingametall.

Le pont Pierre-Laporte rajeuni à la fin mars

La cure de rajeunissement du pont Pierre-Laporte débutera à la fin mars avec des travaux de peinture de 12 millions $ qui permettront de rénover environ le quart du tablier. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) se prépare également à installer les barrières antisuicide promises il y a plusieurs années déjà.

Le pont Pierre-Laporte, ouvert à la circulation en 1970 et long d'un kilomètre, figure au plan québécois des infrastructures (PQI) 2016-2026 dans la catégorie des grands projets «en planification». Les travaux de réparation de la charpente, de métallisation et de peinture sont estimés à plus de 50 millions $.

Guillaume Paradis, porte-parole du MTQ, insiste sur l'importance d'«assurer la pérennité» de la structure considérée comme «stratégique». Ironique quand on sait que le pont de Québec, propriété du CN, rouille lentement mais sûrement à ses côtés.

Une première phase du vaste programme sera réalisée dès ce printemps. Les ouvriers s'activeront sous le tablier du pont Pierre-Laporte, entre la culée et le pilier du côté sud, pour remplacer des éléments de charpente abîmés, métalliser l'acier - une fois décapé, une couche de zinc est appliquée à chaud pour le protéger - et ensuite le peinturer.

Le contrat de 12 millions $ a été remporté par l'entreprise de Québec Construction Injection EDM, habituée des travaux sur les ponts de la région.

Un contrat pour des spécialistes en contrôle de la qualité avait également été accordé par le MTQ l'an dernier, laissant croire au lancement du chantier, mais il aura fallu attendre un an avant de sortir les pinceaux.

M. Paradis précise que les travaux ne causeront pas d'entraves sérieuses à la circulation. Il est possible que des voies soient retranchées à l'occasion pendant la nuit pour la livraison de matériaux, mais sans plus.

Toujours cet été, de l'asphaltage est aussi prévu sur le pont Pierre-Laporte. Le porte-parole du MTQ parle de «réparer durablement des déficiences ponctuelles», pelades et nids-de-poule. Il y en a pour 1 à 5 millions $, incluant des interventions semblables sur les deux ponts de la rivière Chaudière à proximité.

Enfin, la programmation des travaux routiers pour la période 2017-2019 prévoit l'installation de barrières dissuasives ou antisuicide. En 2013, une première série de barreaux métalliques ont été installés aux deux entrées, nord et sud, du pont Pierre-Laporte. Prenant la forme de longs pics (2,5 mètres de haut) recourbés vers l'intérieur, ceux-ci compliquent considérablement l'accès à la structure. Une solution plus complète est à l'étude depuis.

«Effectivement, ça fait longtemps qu'on en parle parce que c'est quelque chose qui a nécessité la réalisation d'études élaborées. C'est un pont qui est suspendu alors on devait prendre en compte le type de structure, les vents, le climat, l'entretien, le débit de circulation pour arriver à la meilleure solution», explique M. Paradis, qui refuse de s'avancer sur le design retenu et la distance qui sera couverte.

Une enveloppe de 1 à 5 millions $ est réservée pour ces travaux qui doivent être effectués au cours des deux prochaines années.




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