TGV: plus vite et plus rentable, dit un économiste

Jean-Pierre Lessard présentera lundi sa réflexion à l'Association des... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Jean-Pierre Lessard présentera lundi sa réflexion à l'Association des économistes québécois, après l'avoir exposée dans l'ouvrage Maximiser le potentiel économique du Québec, paru au printemps.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Alors que VIA Rail mousse son projet de train à grande fréquence (TGF) entre Québec et Toronto, l'économiste Jean-Pierre Lessard plaide qu'il vaudrait mieux investir dans un train à grande vitesse (TGV). Plus rapide, comme son nom le suggère, le TGV serait plus attractif et générerait davantage de retombées économiques pour le Québec, selon l'associé et fondateur d'AVISEO Conseil. Le Soleil s'est entretenu avec lui et résume son propos.

Q Que pensez-vous du projet de train à grande fréquence de VIA Rail? Quelles sont ses forces et ses faiblesses?

R Je pense que ce n'est pas la bonne solution, que c'est une vieille idée. La force du TGF, c'est effectivement la fréquence. C'est une des conditions pour qu'un transport interurbain fonctionne. À ce titre, VIA Rail répondrait à un besoin parce que trois ou quatre [NDLR jusqu'à cinq] départs de Québec par jour, ce n'est pas assez. Il y a donc plusieurs personnes qui migrent vers la voiture ou l'autobus. Cela dit, ça reste un moyen de transport extrêmement confortable, qui favorise le travail et se déplace d'un centre-ville à l'autre. 

Le TGF, en soi, ce n'est pas la technologie 2016. Ça va être une mauvaise allocation de ressources. Ce n'est pas logique de payer 5 milliards $ pour ça, alors qu'on devrait payer 20 milliards $ pour un vrai TGV et avoir beaucoup plus de bénéfices. Le TGF n'offre pas assez d'économie de temps. Il n'y aura pas vraiment de changement de comportement. 

Q En quoi un TGV serait-il plus pertinent et plus performant? 

R Un TGV, c'est beaucoup plus rapide. On parle de Québec--Montréal en 1 heure 10, Montréal-Toronto en 2 heures 30. Ça répondrait à 25 millions de déplacements à terme (entre Québec et Windsor). Ça réunirait les 16 régions métropolitaines. C'est une route qui représente la moyenne des routes qui se font en Europe. Il ne faut pas se comparer avec l'Asie. 

On a besoin de ce genre d'infrastructures pour les aspects environnementaux aussi. Même économiquement, on a tout ce qu'il faut. On a le génie, les constructeurs, l'expertise. La technologie est éprouvée. C'est une question de vision, de volonté. Les coûts, c'est une excuse, ça fait peur à beaucoup de gens. On n'est plus habitués au Québec de faire des grands projets alors que c'était notre renommée avant. 

Q Quel effort supplémentaire serait requis en termes d'infrastructures et de financement pour mettre en place un TGV? 

R Un TGV, c'est quatre fois plus cher qu'un TGF. C'est certain que c'est une mauvaise ligne à dire, mais c'est la réalité. Les bénéfices sont toutefois plus grands et le succès commercial est plus facile parce qu'on peut changer les comportements. 

Un TGV doit être en site propre [voies réservées], c'est certain que ça va être un défi. Les gens qui ont fait les études disaient que oui, c'est un chantier important, mais ça serait un des TGV les plus faciles à construire parce que c'est plat. On ne rentre pas dans les Alpes ici. Il n'y a pas l'océan, les tsunamis. Après, c'est la question de bien cibler les trajets. 

Le TGV pourrait se déplacer sur la rive nord ou la rive sud. Les deux côtés sont possibles. Quand la SNCF [Société nationale des chemins de fer français] a fait ses études en 2009, ce n'était pas un problème, c'était essentiellement le même coût. 

Q Quelles retombées peut-on en espérer pour la ville de Québec et la province? 

R On est un peu dans le cul-de-sac de l'Amérique. On est le pôle métropolitain le plus éloigné. Donc, imaginez de se connecter directement avec Montréal et Toronto! Sur toutes les cartes aux États-Unis, il y a aussi un lien entre Montréal, New York, Boston, ajoutez Washington. En termes d'écosystème économique, c'est incroyable. En bas de 800 kilomètres [à parcourir], ce qui est plus efficient, c'est un TGV. Ça permettrait de réallouer des ressources aéroportuaires vers des routes qui en ont plus besoin. 

Des gens d'affaires pourraient tout faire de Québec : partir le matin, aller signer un contrat à Montréal, dîner dans le TGV, aller faire une autre entente à Toronto, revenir et embrasser leurs enfants le soir. Ça peut se faire en Europe en ce moment. 

Q Est-ce que le Québec et le Canada ont les moyens de se doter d'un TGV? 

R On n'a pas les moyens de ne pas en avoir. C'est là qu'on est rendu. Il faut connecter les deux métropoles de l'est, Montréal et Toronto, la capitale du Québec et la capitale du Canada, Québec et Ottawa. On n'a pas les moyens de continuer à prendre du retard comme ça. On est vraiment arriérés.

Q Ne serait-il pas plus sage, comme le suggère VIA Rail, d'adopter une approche étapiste en aménageant d'abord un TGF qui serait éventuellement transformé en TGV?

R Je ne veux pas entrer dans un débat avec VIA Rail, mais je pense qu'ils [les dirigeants] auraient eu raison en 1980. Mais on est en 2016 et on a les moyens d'aller tout de suite au TGV. Si j'étais audacieux, je dirais même : faites un TGF Toronto--Montréal, mais faisons un TGV Québec-Montréal. On n'a pas besoin d'attendre après le fédéral. On est créatifs, on a trouvé des façons de financer une bonne partie du transport collectif à Montréal [la Caisse de dépôt et placement du Québec paiera pour le train électrique]. Il y a plein de fonds à travers le monde qui regardent ce genre d'investissement parce qu'on est dans une ère où les rendements sont moins élevés et les infrastructures offrent des rendements assez stables. 

Q Le maire Régis Labeaume est l'un des derniers partisans du TGV à Québec, même la chambre de commerce s'est positionnée en faveur du TGF. Comment faire pour ressusciter le projet selon vous? 

R En ce moment, il n'y a pas de promoteur fort. Le politique devrait suivre la voie de M. Labeaume. Malheureusement, on est un peu trop «tout-à-l'auto». Le ministère de Transports s'occupe un peu trop de ses clientèles. Il faudrait que le ministère de l'Économie prenne la relève. Si Mme [Dominique] Anglade s'en occupait, ça serait déjà une belle direction, car un TGV, c'est un actif économique. Il faudrait aussi que des entreprises d'Europe viennent ici et en fassent la promotion, qu'ils expliquent les bénéfices.

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